DU POEME DIDACTIQUE
On appelle poésie didactique , celle qui se propose d'instruire, de tracer les lois de la raison, de guider les arts, d'orner la vérité sans lui faire perdre de ses droits. .
L'antiquité nous a transmis un poëme didactique d'Hésiode, que les uns croyent le contemporain d'Homère, et que d'autres font naître cent ans après lui ; ce poëme est intitulé les Travaux et les Jours.
Un poëme didactique peut encore être appellé religieux ou mythologique, selon qu'il représente les vérités de la religion ou les illusions de la fable.
Hésiode a composé un poëme mythologique, intitulé la Théogonie ou la naissance des dieux, dans lequel il chante là guerre des géans contre les dieux, tradition fabuleuse dont il est le premier inventeur.
Ovide , chez les latins , composa aussi un poëme mythologique, les Métamorphoses.
Nous avons les poëmes deDelille, dont nous ne citerons que le poëme des Jardins, sans vouloir proscrire ceux de Y Imagination , de la Nature, de la Pitié, etc. ; mais renfermés dans les bornes étroites d'un manuel, nous offrirons ce qui nous paraît devoir être , de préférence , proposé à nos élèves.
Virgile, qui , à juste titre , est désigné sous le nom du prince des poëtes latins, avait composé des géorgiques, que Delille avait traduites en vers dignes de son modèle. Virgile semblait avoir regretté de n'avoir pu chanter les jardins. Delille qui savait si bien
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rendra sa pensée, après avoir traduit les ge'orgiques , ne tarda pas à les chanter.
Le poëme des Jardins 9 divisé en quatre chants, n'offre point d'épisodes. On le regarde comme le meilleur ouvrage deDelille ; nous allons en offrir deux passages.
Description des bois pendant V automne.
Remarquez-les surtout lorsque la pâle Automne
Près de la voir flétrir , embellit sa couronne :
Que de variété , que de pompe et d'éclat !
Le pourpre , l'oranger , l'opale, l'incarnat ,
De leurs riches couleurs étalent l'abondance.
Hélas ! tout cet éclat marque leur décadence.
Tel est le sort commun : bientôt les aquilons
Des dépouilles des bois vont joncher les vallons.
De moment en moment, la feuille sur la terre,
En tombant, interrompt le rêveur solitaire ;
Mais les ruines même ont pour moi des attraits.
Là , si mon cœur nourrit quelques profonds regrets ,
Si quelque souvenir vient rouvrir ma blessure ,
J'aime à mêler mon deuil au deuil de la nature.
De ces bois desséchés , de ces rameaux flétris,
Seul , errant, je me plais à fouler les débris.
Ils sont passé ces jours d'ivresse et de folie ;
Viens , je me livre à loi , tendre Mélancolie ,
Viens , non le front chargé des nuages affreux
Dont marche environné le Chagrin ténébreux , t
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Mais l'œil demi voilé , maïs telle qu'en automne , A travers les vapeurs un jour plus doux rayonne : Viens , le regard pensif , le front calme et les yeux Tout prêts à s'humecter de pleurs délicieux.
A ce touchant tableau, opposons la grandeur et la magnificence. .
Description de Versailles et de Marly.
Venez , suivez mon vol au pays des prestiges , A ce pompeux Versaille ; à ce riant Marly , - Que Louis , la nature et l'art ont embelli.
C'est là que tout est grand , que l'art n'est point timide; Là, tout est enchanté , c'est le jardin dArmide ; C'est le jardin d'Alcine , ou plutôt d'un héros, Noble dans sa retraite et grand dans son repos , Oui cherche à vaincre encore, à dompter les obstacles, Et ne marche jamais qu'entouré de miracles.
Voyez-vous et les eaux et la terre et les bois , Subjugués à leur tour , obéir à ses lois ; A ces douze palais d'élégante structure , Ces arbres marier leur verte architecture , Ces bronzes respirer, ces fleuves suspendus , En gros bouillons d'écume à grand bruit descendus , Tomber, se prolonger dans des canaux superbes , Là , s'épancher en nappe , ici monter en gerbes ; Et dans l'air s'enflamraant au feu d'un soleil pur, Pleuvoir en gouttes d'or , d'émeraude et d'azur. Si j'égare mes pas dans ces bocages sombres ; Des Faunes , des Syl vains en ont peuplé Les ombres ;
Et Diane et Vénus enchantent ce beau Heu.
Tout bosquet est un temple et tout marbre est un dieu, Et Louis , respirant du fracas des conquêtes , Semble avoir invité tout l'Olympe à ses létes. -
Louis Racine, fils du poëte tragique, a donné deux poèmes religieux. Celui de la Grâce qui, quoique justement critiqué, renferme des beautés estimables ; et le poëme de la Religion, très-supérieur à celui de la Grâce, vrai chef-d'œuvre de piété et de versification, et dont le sujet est parfaitement embrassé , et qui est exprimé (fans un seul vers.
La raison dans mes vers conduit l'homme à la foi.
Le poème de la Religion est un de ces mo-* numens où le talent s'est prêté avec succès aux impressions du zèle , comme dans ce tableau touchant et poétique.
Où sont-ils ces objets de ma reconnaissance ? Est-ce un coteau riant ? Est-ce, un riche vallon?
Hâtons-nous d'admirer ; le cruel aquilon Va rassembler sur nous son terrible cortège , Et la foudre et la pluie et la grêle et la neige. L'homme a perdu ses biens , la terre ses beautés ; Et , plus loin, qu'offre-t-ellc à nos yeux attristés ? Des antres , des volcans , et des mers inutiles, Des abîmes sans ûn f des montagnes stérilet,
Des ronces , les rochers, des sables , des déserts. . Ici de ses poisons elle infecte les airs, • Là rugît le lion où rampe la couleuvre ;
Pe re Dieu si puissant voilà donc les chefs-d'œuvre
Et tu crois , Q mortel 1 qu'à ton moindre soupçon, Au pied du tribunal qu'érige ta raison , Ton maître obéissant doit venir te répondre ; Accusateur aveugle , un mot va te confondre : Tu n'aperçois encor qu'un des coins du tableau ;
reste t'est caché* sous Un épais rideau ; Et tu prétends déjà juger de tout l'puvrage ; A ton profit , ingrat, je vols une main sage Qui ramène pes maux dont tu te plains toujours . Notre art des poisons même emprunte du secours ; Mais pourquoi ces rochers , ces vents et ces orages ? paigne apprendre de moi leurs secrets avantages ,
Et ne consulte plus tes yeux souvent trempettrs.
La mer, dont le soleil attire les vapeurs, Par ces eaux qu'elle perd voit une mer nouvelle
Se former, s'élever et s'étendre sur elle ;
De nuages légers cet amas précieux Que dispersent au foin les vents officieux , Tantôt , féconde pluie , arrose nos campagnes , Tantôt retombe en neige et blanchit nos montagnes. Sur ces rocs sourcilleux , de frimats couronnés , Réservoirs des trésors qui nous sont destinés , Les flots de l'Océan , apportés goutte à goutte , Réunissent leur force , c% s'ouvrent une route.
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Jusqu'au fond de leur sein lentement répandus , Dans leurs veines errans , à leurs pieds descendus , On les revoit enfin sortir à pas timides , D abord faibles ruisseaux , bientôt fleuves rapides, etc.
: • * Chant I.