LÉONTINE
Je t'ai livre mon fils , et j'en aîme la gloire.
Sî je parle du reste , oseras-tu m'en croire ?
Et qui t'assurera que , pour Héraclius ,
Moi , qui t'ai tant trompé , je ne te trompe plus ? •
PHOCAS
N'importe , fais nous voir quelle haute prudence En des temps sî divers leur a fait confidence , A l'un depuis quatre ans , à l'autre d'aujourd'hui,
LfiONTINE.
Le secret n'en est su ni de toi ni de lui.
Tu n'en sauras non plu % les véritables causes.
Devine si tu peux , et choisis si tu l'oses.
L'un des deux est ton fils , l'autre ton empereur ;
Tremble dans ton amour, tremble dans ta fureur;
Je te veux toujours voir , quoique ta rage fasse ,
Craindre ton ennemi dedans ta propre race ,
Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi ,
N'oser être tyran ni père qu'à demi.
Tandis qu'autour de tous tu perdras ton étude ,
Mon âme jouira de ton inquiétude ;
Je rirai de ta peine ; et si tu m'en punis ,
Tu perdras avec moi le secret de ton fils.
PHOCAS
Et si je les punis tous deux sans les connaître, L'un comme Héraclius, l'autre pour vouloir l'être.
DE LITTÉRATURE. 3o3