‹ Manuel de littératureChapitre 32 sur 39 · LÉONTINE · texte numérisé non relu

LÉONTINE

Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le brat ; Et de ia même maîn , son ordre tyranique Venger He'raclius dessus son fils unique.

PHOCAS

Quelle reconnaissance , ingrate , tu me rends

Des bienfaits répandus sur toi , sur tes parent,

De Savoir confie' ce (ils que lu me caches !

D'avoir m\t en tes maint ce cœur que tu m'arraches I

D'avoir mit a tet piedt ma cour qui t'adorait 1

Rends-moi mon fils , ingrate!

Il m'en dés avoùrait ;

Et ce fila , quelqu'il toit, que tu ne peux connaître , A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l'être. Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros. Tout ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture, Dompte le mauvais sang qu'il eut de la nature. C'est assez dignement répondre à tes bienfaits Que d'avoir dégage ton fils de tes forfaits.

Séduit par ton exemple et par ta complaisance, Il t'aurait ressemblé s'il eût su sa naissance. Il serait lâche , impie , inhumain comme toi ; Et tu me dois oncor plus que je ne te doi.

Après ces vevs de force , après ce, style si

ao4 MANUEL

grand , si énergique , écoutons le sensible ,* l'harmonieux Racine.

Athalie tourmentée par le souvenir de ses crimes , et par un songe prophétique , veut interroger Joas qu'elle a vu ; c'est un enfant qui ne peut connaître l'intérêt qu'elle prend à découvrir le secret de sa naissance. 11 ne s'agit pas seulement de la vie de ce fils d'Achab, mais du salut de tout un peuple : Josabet tremblante l'amène avec son fils Zacharie.

JOSABET aux deux lévites.

O vous , sur ces enfans , sî chers , sî précieux , Ministres du seigneur , ayez toujours les yeux.

aune 11 à Josabet.

Princesse , assurez-vous , je les prends sous ma garde*

ATHALIE , à part.

O cîel ! plus j'examine , et plus je le regarde... , C'est lui : d'horreur encor tous mes sens sont saisis.

A Josabet.

Epouse de Joad , est-ce la votre fils ?

JOSABET.

Qui ? lui , madame ,

ATHALIE

Lui.

JOSABET. .

Je ne suis point sa mère

DE LITTÉRATURE. 3o5 Montrant Zacharie.

Voilà mon fils. ,

ATHALIE à Joas.

Et vous , quel est donc votre père ?

Jeune enfant , répondez?

JOSABKT.

* Le cîel jusqu'aujourd'hui...

ATHALIE

Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui ? ~*est à lui de parler.

JOSABET.

Dans un âge si tendre , Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre ?

B ATHALIE

Cet âge est innocent : son ingénuité N'altère point encor la simple vérité :

Laissez-le s'exprimer sur tout ce qui le touche.

JOSABET.

Paignc mettre, grand Dieu , ta sagesse en sa houcîie !

ATHALIE

Gomment vous nommez-vous ?

JOAS

* J'ai nom Elîacia,

ATHALIE

Votre pere ?

ao6 * MàKUEL

* JOAS

m Je suis , dît-on , un orphelin Entre les bras de Dieu Jeté dès roa naissance, Et qui de mes parens n'eus jamais connaissance.

ATHALIE

Vous êtes sans parens ?

JOA*.

Ils m'ont abandonne.

ATHALIE

? et depuis quand ?

Depuis que je suis né\ t ' ATHALIE.

Ne sait-on pas au moins quel pays est le votre ?

JOAS

Ce temple est mon. pays , je n'en connais point d'autre.

ATHALIE

Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?

JOAS

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.

ATHALIE

Qui vous mit dans ce temple ?

JOAS

Une femme inconnue f Qui ne dit point son nom , et qu'on n'a point revue.

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