LÉONTINE
Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le brat ; Et de ia même maîn , son ordre tyranique Venger He'raclius dessus son fils unique.
PHOCAS
Quelle reconnaissance , ingrate , tu me rends
Des bienfaits répandus sur toi , sur tes parent,
De Savoir confie' ce (ils que lu me caches !
D'avoir m\t en tes maint ce cœur que tu m'arraches I
D'avoir mit a tet piedt ma cour qui t'adorait 1
Rends-moi mon fils , ingrate!
Il m'en dés avoùrait ;
Et ce fila , quelqu'il toit, que tu ne peux connaître , A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l'être. Admire sa vertu qui trouble ton repos.
C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros. Tout ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture, Dompte le mauvais sang qu'il eut de la nature. C'est assez dignement répondre à tes bienfaits Que d'avoir dégage ton fils de tes forfaits.
Séduit par ton exemple et par ta complaisance, Il t'aurait ressemblé s'il eût su sa naissance. Il serait lâche , impie , inhumain comme toi ; Et tu me dois oncor plus que je ne te doi.
Après ces vevs de force , après ce, style si
ao4 MANUEL
grand , si énergique , écoutons le sensible ,* l'harmonieux Racine.
Athalie tourmentée par le souvenir de ses crimes , et par un songe prophétique , veut interroger Joas qu'elle a vu ; c'est un enfant qui ne peut connaître l'intérêt qu'elle prend à découvrir le secret de sa naissance. 11 ne s'agit pas seulement de la vie de ce fils d'Achab, mais du salut de tout un peuple : Josabet tremblante l'amène avec son fils Zacharie.
JOSABET aux deux lévites.
O vous , sur ces enfans , sî chers , sî précieux , Ministres du seigneur , ayez toujours les yeux.
aune 11 à Josabet.
Princesse , assurez-vous , je les prends sous ma garde*
ATHALIE , à part.
O cîel ! plus j'examine , et plus je le regarde... , C'est lui : d'horreur encor tous mes sens sont saisis.
A Josabet.
Epouse de Joad , est-ce la votre fils ?
JOSABET.
Qui ? lui , madame ,
ATHALIE
Lui.
JOSABET. .
Je ne suis point sa mère
DE LITTÉRATURE. 3o5 Montrant Zacharie.
Voilà mon fils. ,
ATHALIE à Joas.
Et vous , quel est donc votre père ?
Jeune enfant , répondez?
JOSABKT.
* Le cîel jusqu'aujourd'hui...
ATHALIE
Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui ? ~*est à lui de parler.
JOSABET.
Dans un âge si tendre , Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre ?
B ATHALIE
Cet âge est innocent : son ingénuité N'altère point encor la simple vérité :
Laissez-le s'exprimer sur tout ce qui le touche.
JOSABET.
Paignc mettre, grand Dieu , ta sagesse en sa houcîie !
ATHALIE
Gomment vous nommez-vous ?
JOAS
* J'ai nom Elîacia,
ATHALIE
Votre pere ?
ao6 * MàKUEL
* JOAS
m Je suis , dît-on , un orphelin Entre les bras de Dieu Jeté dès roa naissance, Et qui de mes parens n'eus jamais connaissance.
ATHALIE
Vous êtes sans parens ?
JOA*.
Ils m'ont abandonne.
ATHALIE
? et depuis quand ?
Depuis que je suis né\ t ' ATHALIE.
Ne sait-on pas au moins quel pays est le votre ?
JOAS
Ce temple est mon. pays , je n'en connais point d'autre.
ATHALIE
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?
JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATHALIE
Qui vous mit dans ce temple ?
JOAS
Une femme inconnue f Qui ne dit point son nom , et qu'on n'a point revue.