‹ Manuel de littératureChapitre 6 sur 39 · HIER · texte numérisé non relu

HIER

Ce roi , fils de David , où le chercherons-nous ?

Le ciel même peut— il reparer les ruines

De cet arbre séché jusque dans ses racines ?

Racine.

Ce colosse effrayant * , dont le monde est foule 9 JEn pressant l'univers est lui-même ébranle ; U penche vers sa chute , et contre la tempête Il demande mon bras pour soutenir sa tète.

Voltaire.

Qui n'a lu cette charmante allégorie oi madame Deshoullières , sous l'image d'une bergère parlant à ses brebis, raconte à ses enfans tout ce qu'elle a fait vainement pour adoucir leur sort,

• Rom*. . .

MANU El

Dans ces près fleuris Qu'arrose la Seine , Cherchez <jui vous mène Mes chères brebis.

J'ai fait , pour vous rendra Un destin plus doux , Ce qu'on peut attendre D'une amitié' tendre ; Mais son long courroux Détruit, empoisonne Tous mes soins pour vous , Et vous abandonne Aux fureurs des loups.

Serez- vous leur proie, «.

Aimable troupeau ?

Vous , de ce hameau L'honneur et la joie ; Vous qui , gras et beau , Me donniez sans cesse , Çur l'herbctte épaisse , Un plaisir nouveau, Que je vous regrette !

Mais il faut céder :

Sans chien , sans houlette , Puis- je vous garder ?

L'injuste Fortune Me les a ravis.

En vain j'importune Le ciel par mes cris \ Il rit de mes craintes,

Et, sourd à mes plaintes',

Houlette, ni chien , .

Il ne me rend rien.

Puîssiez-vous , contentes,

Et sans son secours,

Passer d'heureux jours ,

Brebis innocentes ,

Brebis , mes amours !

Que Pan* vous défende!

Hélas! il le sait,

Je ne lui demande

Que ce seul bienfait. m

Oui , brebis chéries ,

Qu'avec tant de soins

J'ai toujours nourries,

Je prends à témoin

Ces bois , ces prairies ,

Que si les faveurs

Du dieu des pasteurs

Vous gardent d'outrages ,

Et vous font avoir

De gras pâturages ,

J'en conserverai ,

Tant que je vivrai,

La douce mémoire ;

Et que mes chansons 9

En mille façons

Porteront sa gloire

» Louis XIV.

28 M A N U Eli

Da rivage heureux 9 ] Où , riche et L'astre qui JLes nuits et les jours , Commençant son cours , Rend à la Toute sa Jusqu'en ces climats Où, sans doute, las D'c'clairer le monde f H va chex Thëés Rallumer dans Tonde Ses feux amortis.

La métaphore doit être naturelle et noble ; il faut que les expressions allégoriques se conviennent entre elles ; ainsi ce vers de Malherbe est vicieux :

Prends ta foudre, Louis , et va comme un lion.

Foudre et lion ne vont point ensemble ; il fallait, pour que la métaphore fût exacte : va comme Jupiter.

On trouve une faute de ce genre dans ces vers de Rousseau : ,

Et les jeunes zéphyrs, deîeûfs chaudes haleines, Ont fondu Vécorce des eaux.

Fondre et écorce n'ont aucun rapport.

La métonymie.

Cette figure se présente sous plusieurs formes, i°. quand on met l'effet pour la cause ; il vit de son travail, ou la mort est dans ses mains.

2 0 . Quand on prend Fauteur de la chose pour la chose même :

Voilà de beaux Rubcns; j'ai lu Racine, Pope, Homère; c'est un Néron, c'est un Démosthène, etc.

♦ La Seine a des Bourbons , le Tibr« a des Césars»

Ces expressions sont des métonymies.

3°. Quand on met un attribut pour la chose même , comme quand on dît : les sceptres sont brisés; j'ai quitté la robe pour /'épée-

4°. Quand on prend le contenant pour le contenu : il aime la bouteille ; il avale la coupe funeste y toute la ville le sait; la tçrre se tut devant Alexandre.

La synecdoche*

Cette figure fait entendre le plus en disant le moins , ou le moins çn disant le plus. Il

. 3o MANUEL-

y a synecdoche, lorsque Ton prend le genre pour l'espèce, ou \ espèce pour le genre ; le tout pour la partie , ou la partie pour le tout. Comme quand on dit : une flotte de cent voiles; on a payé tant pœ- tête»

Ce sang , qui tant de fois garantit vos murailles , Ce sang 9 qui tant de fols tous gagna des batailles.

* • Corneille.

Il y a cent feux dans ce village. It y a un million d âmes dans Paris,.

Il y a synecdoche quand on prend la mat ièrç • dont uuc chose est faite , pour la chose môme*

Et par cent bouches terribles , \J airain sur ses monts horribles Vomit le fer et la mort.

BOILEAU

• Enfin il y a synecdoche, quand on prend le lieu où une chose se fait pour la chose même. Une perse, pour une toile ourdie en Perse; un damas, un cachemire, etc.

• - L'ironie.

Cette figure dit précise'ment le contraire de ce qu'on veut faire entendre. C'est près-

DE LITTÉRATURE. 3l

que toujours une satire, dont le trait lancé avec âdresse , n'est pas aperçu de celui qu'il blesse, et qui ne rend la blessure que plus dangereuse et plus cruelle. L'ironie est incompatible avec l'esprit de douceur et d'honnêteté, qu'on aime et qu'on recherche dans le commerce de la vie. Je n'en donnerai qu'un exemple :

Je le déclare donc , Quinault est un Virgile ; Pradon comme un soleil en nos ans a paru ; Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt et Patru; Cotin , à ses sermons traînant toute la terre , Fend des flots d'auditeurs , pour aller à sa chair Saufal est le phénix des esprits relevés ; Perrin.... Bon, mon esprit! courage! poursuivez. Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furir Va prendre encor ces vers pour une raillerie.

BOILSAU.

V hyperbole.

Cette figure est une sorte d'exagération , en ce qu'elle donne à la chose dont on parle, «quelques degrés de plus qu'elle n'a dans la réalité. On en trouve des exemples partout.

En voici deux pris dans Fénélon.

ii atait abattu Cte'sias 7 si léger à la coursé,

quà peine il imprimait la tract de ses pas sur kg

sable, et au il devançait les flots rapides de VEur rotas et de VAlphée.

De loin y il pousse un cri qui se fait entendre des deux armées : le cri de Télémoque porte le courage et F audace dans le cœur des siens., et glace d'épouvante les ennemis.

L'emploi de cette figure demande beaucoup de goût , parce qu'elle n'est séparée que par une légère nuancé , de l'outré, du gigantesque et même du galimatias. Boileau a dit :

. Juvéual , élevé* dans les eris de IVeoîe f

Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole.

La catachrèse*

C'est une espèce de métaphore. Ferré d'argent, à cheval sur un bâton, une feuille de papier, sont des catachrèses.

Tels sont les principaux tropes ; on sent de quel secours ils sont au génie, surtout dans les genres qui exigent le plus de feu, d'énergie et d'images. On les voit briller de tout leur éclat dans ces vers du psalmiste , qui expriment la colère de Dieu*

Le regard de ses yeux est la foudre allumée , Versant du haut des air* sa vapeur enflammée. Sa main du grand abîme a brisé* les canaux , "L'esprit de la tempête a vole* sur les eaux : Parmi les ehangemens que sa colère enfante Le dieu terrible a pris sa course triomphante. Sous sa marche rapide il abaisse les deux ; Il appelle les vents ; et les vents furieux Par delà les remparts des portes éternelles , Le tonnerre à la main , le portent sur leurs ailes. Une horreur vaste et sombre a dérobé ses traits , L'ombre est son tabernacle , et la nuit son palais.

Voici quatre vers sur la brièveté de la vie, où Ton trouve de charmantes métaphores, et une hyperbole énergique.

Notre vie est la fleur que le jour voit éclore ; Hélas ! un autre jour ne doit point la revoir \ Elle brille un matin des larmes de V Aurore, Elle sèche et devient la poussière du soir.

Il y a encore des figures de mots, telles que, la répétition , la gradation, la répression, la conjonction et la disjonctititè

La répétition a lieu , quand on emploie pluplusieurs fois , soit les mêmes mots, soit les mêmes tours ; mais il ne faut en faire usage que lorsqu'elle ajoute plus de force au discours. En voici des exemples.

Di

34 V ' HANUEL

Adieu, cher antre ; adieu , nymphes de ces pre's huroides ; adieu , rivage où tant de fois j'ai souffert des injures de l'air ; adieu , promontoire où l'e'cho répéta tant de fois mes gémissemens ; adieu , claires fontaines qui me fûtes si amères ; adieu, ô terre de Lemnos , etc.

FÉNBLON.

Là, gît le grand Ajax et l'invincible Achille ; Là , de ses ans Patrocle a vu borner le cours ; Là, mon fils, mon cher fils , a terminé ses jours.

BOILEAU

Vous serez répandu , sang de mes ennemis , Sang des Amonéens dans ses veines transmis, Sang qui me haïssez et que mon cœur déteste.

Voltaire.

Tout l'univers est rempli de l'esprit du monde; on juge selon l'esprit du monde; on agit et l'on se gouverne selon l'esprit du monde; le dirai-je ? on voudrait même servir Dieu selon l'esprit du monde.

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