V.—Les hydrocarbures
Les carbures d'hydrogène ou hydrocarbures, dont les principales molécules sont constituées par du carbone et de l'hydrogène, sont des corps chimiques assez complexes, ayant pour la plupart une action marquée sur l'organisme. On peut les diviser en deux groupes principaux : 1° l'alcool, résultat d'une fermentation spéciale, et ses dérivés ; 2° le phénol, retiré de l'huile lourde du goudron de houille, et ses dérivés. Ces deux groupes fournissent un nombre considérable des médicaments, et non des moindres, emplovés en thérapeuuque.
MANUEL DE MATIÈRE MÉDICALE L'alcool et ses dérivés.
L'alcool et ses dérivés nous fournissent un groupe important de médicaments nervins (anesthésiques et hypnotiques). L'alcool éthylique résulte de la fermentation du glycose et des sucs végétaux qui en contiennent sous l'influence d'un grand nombre de ferments. On peut, par distillation ou par conjugaison, obtenir de l'alcool une foule de substances qui en dérivent plus ou moins directement : telles sont le chloroforme, l'éther, le chloral, la paraldéhyde, le sulfonal, l'hypnone, l'uréthane, l'hydrate d’amyle, le nitrite d'amyle, la nitroglycerine, etc... A ce groupe se rattachent la glycerine elle-même, alcool triatomique provenant du dédoublement des corps gras, et la saccharine, substance sucrée dérivée de l'acide benzoïque.
Formes pharmacologiques.
Alcool (éthylique).—Liquide incolore, très mobile, d'une odeur agréable particulière, d’une saveur caustique et brûlante. Celui qu'on emploie en pharmacie contient plus ou moins d’eau: il est rectifié à 95°, et plus dilué c'est de l'eau de vie, forte à 59°, ordinaire à 50°, faible à 37°. L'alcool forme la base des boissons fermentées et des liqueurs : vins (de 5 à 40%}, bières (de 2 à 6%), cidre, rhum, gin, cognac, whiskey, etc. Dose : 3ss (15.0).
Chloroforme.—Liquide incolore, très dense, très mobile, fortement réfringent, à odeur éthérée, à saveur brûlante et sucrée, peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dont les vapeurs ne sont pas inflammables. Dose (par la bouche) : 153 à 3o m (10 m égalent 60 gouttes).
Ether (sulfurique).—Liquide incolore, très mobile, d'«e odeur suave, pénétrante, d'une saveur brûlante, trè, volatil et très inflammable, Dose (par la bouche) : 5 à 30 gouttes,
Esprit d’éther nitreux.—-Liquide volatil, inflam-
mable, de couleur jaune-verdâtre, d'une agréable odeur cthérée, de saveur brûlante. Dose : 3ss à 5iv (2.0 à 8.0).
Bromure d’éthyle. — Liquide incolore, volatil, d'odeur forte et agréable, de saveur sucrée au début, puis amère et désagréable, non inflammable. Dose : 10 à 60 nm.
Chloral (hydraté). —Cristaux blancs prismatiques, déliquescents, à odeur fade, à saveur piquante et un peu amère, volatil à la température ordinaire, très soluble dans l’eau, l'alcool et l'éther. Dose : 5 à 20 grs (0.30 à 1.30).
Chloralose —Fines aiguilles cristallines, d'un blanc éclatant, de saveur amère et nauséeuse, solubles dans l'eau chaude et l’alcool. Dose: 3 grs (0.30).
Chloralamide.-Longues aiguilles cristallisées, incolores, inodores, insir'des, solubles dans l'alcool, l'éther et le chloroforme. Dose : 14 à 45 grs (1.0 à 3.0).
Paraldéhyde.—ELiquide limpide, incolore, à odeur de pomme reinette, à saveur chaude, piquante et désagréable, soluble dans l'alcool. Dose: 10 à 60 ue (10 M égalent 25 gtts).
Sulfonal. — Grosses paillettes blanches, inodores, sans saveur ou légèrement äanères, peu solubles. Dose : 20 à 30 grs (1.30 à 2.0).
Hypnone.—Liquide incolore, mobile, très réfringent, volatil, à odeur persistante, soluble dans l'alcool. Dose : 5 à 10 mm.
Trional.—Cristaux blancs prismatiques, de saveur amère, solubles dans l'eau chaude et l'alcool. Dose : 15 grs (1.0).
Uréthane.—Cristaux brillants, incolores, transparents, d'une odeur faible, de saveur fraîche un peu amère, très solubles dans l'eau et l'alcool. Dose :
eau ét
l'alcool. Dose : 8 à 30 grs (0.50 à 2.0).
Hypnal.-Cristaux incolores, à légère odeur de
chloral, à saveur un peu amère, solubles dans l'alcool, Dose : 13 à 45 grs (1.0 à 3.0).
Méthylal. — Liquide incolore, volatil, légèrement
s l'eau et
acide, d'odeur de chloroforme, seluble dan l'alcool. Dose : 15 à 60 gtts (1.0 à 4.0).
Tétronal.-—Cristaux de saveur amère, solubles dans l'alcool. Dose : 3 à 12 grs (0.30 à 0.80).
Véronal. -Petits cristaux d'un blanc pur, à saveur légèrement amère et très peu solubles. Dose: 4 à 15 grs (0.23 À 1.0).
Pipérazine.—Cristaux déliquescents, à réaction fortement aicaline, très solubles dans l'eau. Dose : 8 à 30 grs (0.350 à 2.6)
Lycétol. —Poudre anhvdre, de saveur acidulée, tr°s soluble dans l'eau. Dose : 15 à 735 grs (1.0 à 5.0).
Hydrate d'amylène.—[Liquide oléagineux, incolore, d'une odeur pénétrante, de saveur fraîche, soluble dans 8 parties d’eau, dans l'alcool et dans l'éther. Dose : 3] à 3JSS (4.0 à 6.0).
Nitrite d’amyle.— Liquide huileux, iaunâtre, à odeur pénétrante, soluble dans l'alcool. ose : en inhalation 3 à 5 gtts, par la bouche 2 à 3 m (10 m égalent 30 gtts).
Chlorure de méthyle.—{(ia42 incolore, d'odeur alliacée, maintenu par compression à l'état liquide. — Usage externe.
Nitro-glycerine (trinitrine, glonoïne). — Liquide lourd, huileux, incolore, de faible odeur éthérée, de saveur d'abord sucrée, puis amère et brûlante, soluble dans l'éther et l'alcool. Pose : 1 à 3 m de la solution alcoolique au ro0e.
Nirvanine.— Poudre blanche, inodore, à saveur rappelant l'iodure de potassium, très soluble dans l'eau. Usage externe.
Orthoforme. Poudre blanche cristalline, inod insipide, soluble dans l'alcool. Dose : 8 à 15 grs (a.30 à 1.0) par Jour.
Formaldéhyde (aldéhyde formique). — Gaz très soluble dans l'eau et l'alcool, — Usage externe.
Formaline (formol), — Liquide incolore, à odeur irritante, très soluble dans l'eau, étant une solution aqueuse à Jo pour 100 de formaldéhyde. — Usage externe.
Glycerine.—Liquide sirupeux, incolore, inodore, de saveur sucrée, très avide d'eau et soluble dans l'alcool. Dose : 35S à 3j (15.0 à 30.0).
Saccharine.—Poudre cristalline, incolore, inodore ou d'une légère odeur d'amande amère, de saveur sucrée très marquée (280 fois plus sucrée que le sucre). Dose : ad libitum.
Glucose (sucre de raisin). Cristaux blancs, inodores, à saveur sucrée, solubles dans l'eau. Dose: 3v (150.0) par jour.
Administration.
L— Usage interne. —Les boissons alcooliques font quelquefois partie du régime alimentaire. Quand il s'agit de maladies aiguës, on donne au malade la dose d'alcool prescrite ; c'est au médecin à préciser la quantité à prendre dans les vingt-quatre heures ; on ’administre par doses fractionnées, toutes les heures ou deux heures. L'alcool ordinatre où eau de vie se donne dilué, sous forme de potion de Todd, ou d'élexir de Garus, ce dernier dans du thé si l'on veut. Le 7», à moins d'indications contraires, sera coupé d’eau, surtout pour les enfants. Quant au champagne, on évitera de laisser échapper l'acide carbonique dont il est chargé en employant un bouchon automatique et en plaçant toujours la bouteille tête bèche dans la glace ; quand l'estomac est irritable, on le donne par cuillerées à thé. Le cognac où brandy destiné aux malades doit être âgé d'au moins quatre ans ; il est mieux toléré avec de l'eau gazeuse qu'avec de l'eau ordinaire; on peut le verser dans un petit verre rempli de glace piiée; on ie donne parfois en injection hypodermique. Enfin il ne faut pas oublier que l'alcool fait partie des teintures et des
extraits, ce qui les rend intolérables à certains estomacs. En cas de syncope, on donne les stimulants alcooliques chauds et concentrés.
Les anesthésiques s’administrent ordinairement par les voies respiratoires ; l'inhalation demande à être surveillée par le médecin, qui seul a les connaissances voulues et l’expérience suffisante pour le faire avec sûreté. L'administration par la bouche exige aussi certaines précautions, dont la principale est de diluer suffisamment les préparations employées. On se sert, pour le chloroforme, de l'eau chloroformé au 100e (1 à 2 cuillerées), de l'esprit de chloroforme (3ss à 3j bien diluées—2.0 à 4.0), de la mixture ou émulsion de chloroforme (3ss— 30.0), enfin de la chlorodyne (3 à 30 m bien diluées, 10 M égalant 20 gtts). Il faut se défier de cette dernière préparation, qui n'est pas officinale et n'a pas toujours une valeur identique ; c’est ainsi que la chlorodyne de Gilman se donne à la dose de 3j chez l'adulte. On fait absorber l'éfer pur et l'esprit d'éther (10 à 60 M) sur des morceaux de sucre, dans des perles de gélatine, en potion ou en lavement ; il est souvent préférable de donner le sirop d'éther (3ss à 3ijss—20.0 à 80.0) ou la liqueur d'Hoffmann (esprit d'éther composé), dont la dose est de 10 à 60 m. Les préparations d’éther doivent être diluées dans de l’eau très froide, et on favorise leur dilution en ajoutant de l'alcool si c'est nécessaire. Dans les cas urgents, on administre l’éther en injection hypodermique. L'esprit d'éther nitreux se donne en potion. Le bromure d'éthyle est rarement prescrit à l’intérieur.
Des divers hypnotiques énumérés plus haut, les uns sont solides, les autres liquides. Ces derniers sont assez faciles à administrer ; en effet, on fait prendre la paraldéhyde, V'hydrate d'amyle et V'hypnone dans du cognac, du whiskey ou de l’eau sirupeuse ; l’hypnone, insoiubie dans l'eau, se prescrit parfois en capsules. Pour les hypnotiques solides, le mode d'administration varie : le cA/oral se donne en potion, modérément dilué,
ou mieux encore en sirop (sirop de tolu) ; le sx/fonal et le /rional agissent mieux quand on les fait prendre dans un véhicule chaud : lait, soupe ou thé de bœuf bien assaisonné ; la cA/oralose, le chloralamide et l'uréthane se prescrivent d'habitude en cachets; ce dernier s'injecte sous la peau. La £karrine est dangereuse et peu employée ; le #»1é/hylal s'administre en potion ; on donne l'Aypnal, le fétronal, le véronal en cachets. On fait prendre la pipérasine et le /ycétol en cachets ou en solution dans l'eau gazeuse. Le moment de l'administration d’un hypnotique a son importance ; l'action du sulfonal est lente à venir (2 ou 3 heures), ce qui permet de le donner à bonne heure dans la soirée, tandis que le chloral et le trional agissent assez rapidement (1% à 1 heure). L'effet dure habituellement de 6 à 8 heures. Ce qu'il y a de particulier au sommeil chloralique, c'est qu’on peut réveiller le malade pour lui faire prendre de la nourriture ou des médica-
ments, et qu’il se rendort ensuite. Lorsque le remède est prescrit par l'anus, on a soin d'émulsionner le lavement.
Le nitrite d'amyle s'administre en inhalation dans un mouchoir, jusqu'à ce que la figure devienne congestionnée ; cette congestion s’accentue même pour quelques moments après qu’on a éloigné le mouchoir de la figure. Par la bouche, on donne le nitrite d'amyle sur un morceau de sucre. On fait prendre la solution alcoolique de néfroglycerine dans un peu de glycerine ; ou bien on fait avaler une tablette avec un peu d'eau ; ou bien encore on pratique une injection hypodermique. L'orfhoforme se donne en cachets. La g/ycerine se prend seule, aromatisée avec du rhum, du cognac, de l'essence de menthe, ou combinée à l'huile de ricin : on l'applique aussi en suppositoire. La saccharine remplace le sucre chez les diabétiques ; elle sert encore à masquer l'amertume des solutions de quinine. La glucose se prend en sirop.
[— Usage externe. —L'alcool s'applique localement
AA ant
en frictions et en lotion, Les frictions ont pour but de tonilier la peau; elles laissent après elles un peu de rougeur, de chaleur et d'anesthésie ; elle sont douloureuses sur les excoriations. Appliqué en lotion, l'alcool rafraichit la peau en s'évaporant. On emploie le cldoroforme süus forme de liniment (chloroforme et savon) où de liniment composé (chloroforme, térébenthine, laudanum et savon), La gutta percha mélée au chloroforme donne la #raumaticine, qui peut remplacer le collodion. Le cA/oral S'applique en solution (3 grains pour une once d'eau—1.0 pour 30.0) ou en poudre mélangé au camphre à parties égales. Le cA/orure de méthyle s'applique en puliérisations où par stypag. Enfin la g/rcerine sert souvent de véhicule à un certain nombre de médicaments topiques qui prennent le nom de glycerinés. La #/rvanine est un anesthésique local et lent; son action n'est complète qu'après dix minutes, et dure de vingt minutes à une demi-heure et plus ; on emploie les solutions de 2 à 4 pour 100 pour applications locales, de 1 à 2 pour 100 pour injections hypodermiques (1 à 3 ce. par injection). L'or/hoforme S'applique localement en poudre, en pommade, en solution ou en émulsion. Le gaz formaldéhyde s'obtient par l'oxveénation de l'alcool méthylique sur le platine incandescent, ou encore par l'évaporation de la formaline, à chaud avec des lampes formogènes où à froid à l'aide de draps mouillés et tendus ; pour désinfecter une chambre dont toutes les fissures sont closes, il faut vaporiser 5VHy à 5xij (500.0 à 600.0) de formaline par 1000 pieds cubes, la chambre restant fermée pendant au moins six heures. Pour les gargarismes, lotions, injections Vagnales, on emploie des solutions de 23 à 30 centigrammes par 1000; la solution de 3 par 1000 sert à li stérilisation des instruments.
Intolérance et intoxication.
Presque tous les médicaments que nous venons d'étudier ont droit d'entrée dans ce chapitre.
1/c001.— L'alcool augmente la force des contractions
du cœur, le pouls devient fort, régulier, plein et compressible ; s'il était, avant l'administration de l'alcool, rapide et faible, il devient, sous l'influence du médicament, moins fréquent et plus normal ; mais il ne faut pas le stimuler outre mesure, car la diminution de la période diastolique finirait avec le temps par épuiser le cœur. Il est donc important, quand on administre de l'alcool, de savoir reconnaître les premiers symptômes du surmenage. Le ‘* pouls alcoolique ‘” est anormalement fort, plein, fréquent et bondissant. La langue devient humide sous l'influence de l'alcool, quand it agit bien ; la sécheresse de la langue augmente quand il agit mal. Cette règle s'applique à la peau. De mème, lorsque l'alcool calme la nervosité, provoque le sommeil, diminue le délire et les soubresauts des tendons, c'est que l'action est bonne ; elle est défavorable lorsqu'on voit tout au contraire survenir de l'agitation, du malaise, de l'insomnie, ou le délire augmenter. Dans l'estomac, l'alcool à doses trop fortes précipite la pepsine et rend li digestion difficile. L'empoisonnement aigu offre les Symptômes suivants : courte période d’excitation suivie de coma, respiration irrégulière, généralement stertoreuse, quelquefois suspirieuse, pupilles habituellement dilatées, mais contractées parfois, figure congestionnée, pouls dur, rapide, fort. La mort peut survenir, après quelques minutes ou quelques jours, par paralysie du cœur et de la respiration. L'empoisonnement par l'alcool à été confondu avec celui par l’opium, avec l'apoplexie et avec la compression du cerveau. La plus petite dose fatale connue a été de 5üj à 3iv (go.o à 120,0) de cognac avalées par un enfant de sept ans. Chloroforme.- Nous n'avons pas à nous occuper ici des accidents de l'anesthésie. L'intoxication par le tube digestif donne : de la stupeur, une peau froide et couverte de transpiration, un pouls lent, filiforme, queljuelois presque imperceptible ; une respiration au début stertoreuse, devenant ensuite superficielle, irré- Sulière, peu fréquente. Les symptômes éclatent presque
immédiatement après l'ingestion du chloroforme ; la mort peut survenir au bout de quelques heures, où résulter plus tard de la gastro-entérite ou de l'inflammation de la trachée. La plus petite dose fatale connue fut de 3ij.
Ether.—L'éther administré par l'estomac irrite la membrane muqueuse et détermine de la salivation. L'esprit d'éther nitreux, donné insuffisamment dilué ou insuffisamment refroidi, produit au moment de l'ingestion une sensation d’étranglement dans la gorge. On favorise son action diaphorétique en gardant le malade à la chaleur du lit, et son action diurétique en tenant le malade debout (si possible) et la peau fraîche. Administré par erreur en inhalation, l'esprit d’éther nitreux a donné des symptômes inquiétants : pâleur, faiblesse du pouls, faiblesse des muscles, douleur à la région cardiaque, mal de tête. Pris à l’intérieur à larges doses, il a dans une ou deux circonstances déterminé la mort.
Chloral.—Durant le sommeil chloralique, les pupilles sont légèrement contractées, le pouls est normal ou légèrement ralenti, la respiration régulière, pleine ct tranquille. Chez certaines personnes, cependant, mème à doses médecinales, le chloral détermine du mal de tète, de l'excitation nerveuse et même du délire. On peut observer, après des doses normales de chloral, de la dyspepsie, de la rougeur et du gonflement des conjonctives, des éruptions cutanées dont la plus fréquente est un érythème simple suivant de préférence le trajet des gros troncs nerveux. Ces désordres s’accompagnent souvent d’élévation de la température, et sont quelquefois suivis de desquammation. On suppose qu'ils sont dûs, ainsi que les autres effets alarmants du chloral, du moins pour une grande part sinon entièrement, à l’impureté du médicament. Le grand danger du chiorai, c’est ia paralysie soudaine du cœur, qui peut survenir après une dose normale et sans avertissement. Ceci attache à l’action de cette
L'ADMINISTRATION DES MÉDIC AMENTS 00
substance un élément d'incertitude tel qu'on ne saurait trop conseiller la prudence quand on l'administre sans direction. Le patient peut dormir tranquillement ; mais tout à coup il devient agité et passe en état de syncope. Le danger est imminent tant qu'on n'a pas compté 60 à 100 pulsations consécutives sans irrégularité dans leur force. Si l’on donne le chloral à fortes doses, la respiration devient lente, irrégulière et superficielle, le cœur déprimé, affaibli, le pouls faible et lent. À doses toxiques, le pouls devient rapide et irrégulier, à doses fatales faible et filiforme. Les autres symptômes de l'intoxication sont le coma, un grand relâchement musculaire, la contraction puis la dilatation des pupilles. La mort résulte de la paralysie de la respiration et du cœur.
Paraldéhyde.—C'est un irritant des muqueuses, sujet avec le temps à déranger la digestion. Il donne une odeur désagréable à l'haleine. Son usage prolongé peut déterminer de l’ulcération des narines, de la congestion cérébrale, de la paralysie vaso-motrice. Il produit parfois de l’érythème.
Chloralose. —W produit assez souvent des phénomènes toxiques même à doses minimes : tremblement généralisé, soubresauts musculaires, grincements de dents, raideur musculaire, spasmes convulsifs, délire et amnésie. Ces accidents disparaissent cependant assez vite, On les évite jusqu’à un certain point en empéchant tout bruit et toute commotion autour du malade.
Suljonal.—1U arrive que l’action de ce médicament est retardée, quelquefois jusqu’au lendemain ; le sommeil, dans ces cas, lorsqu'il survient, est prolongé et lourd. D'autres fois, le médicament agit mal ; on observe alors de la nausée, de la surexcitation mentale, des vomissements, des étourdissements, du vertige, du mal de tête, de la dépression nerveuse.
Trional.-—L'intoxication par le trional cause des convulsions, de la prostration nerveuse et de la rétension urinaire.
Hypnone.—Le seul inconvénient à noter est une odeur désagréable de lhaleine.
Uréthane.—L'action de ce médicament n'est pas toujours certaine.
Vitrile d'amyle,—L'inhalation à dose habituelle (2. 5 gtts) donne une sensation de plénitude, de pulsation dans la tète, allant parfois jusqu'à une douleur véritible. Si l'on augmente la dose, on aura du vertige, de la congestion de la face avec pulsations visibles des carotides, une respiration profonde et laborieuse, des pulsations vibratoires à la peau, de la dilatation des pupilles, de l'agitation et de l'anxiété. Tous ces svmp- ‘mes cessent rapidement lorsqu'on supprime la caus À doses plus fortes, les symptômes s'aggravent jusqu à amener une dépression sérieuse, avec extrémités froides, transpiration abondante et visqueuse, pouls lent «et presque imperceptible, respiration irrégulière, mal de tête sévère et persistant, quelquefois convulsions. Le nitrite d'amyle à doses toxiques paralyse le cœur et les centres respiratoires ; le sang, dans les cas de ce genre, offre une teinte chocolat uniforme. La dose toxique n'est pas connue d'une manière certaine. Dans un cas où l’on avait absorbé une cuillerée à dessert de nitrite d'amyle, des émétiques amenèrent la guérison. On à pu donner en injections hypodermiques 3ij en une heure et demie sans provoquer de symptômes désagréables.
Witro-glycerine.— La nitro-glycerine cause de la transpiration, de l'accélération des mouvements du cœur et rend quelquefois le pouls dicrote, On peut noter: du trouble de la respiration, de la congestion de la face, du vertige, de la constriction de la tète et de la gorge, des nausées, du battement des carotides, du mal de tète à type frontal très marqué, durant parfois des heures après que tout autre effet est disparu. Les doses toxiques déterminent de l’affaiblissement du cœur, avec pouls lent, intermittent, très irrégulier ; les pupilles sont dilatées ; le malade éprouve une -ensation de malaise à l’épigastre ; il souffre d'un mal de tête
intense, avec sensation d'un étau serré autour de la te, On a vu des symptômes d'intoxication, non suivis de mort, provoqués par des doses variant de 2 à 10 gouttes de la solution alcoolique.
Nirvanine, —La nirvanine, à dose trop forte, peut détwrminer des parésies, du tremblement, des convulsions.
Orthoforme. — L'orthoforme a déja déterminé des crvthèmes, et causé des nausées, des vomissements, de la fièvre.
Le phénol et ses dérivés.
Le phénol n'est ni un alcool, ni un acide à proprement parler ; €’est un hydrocarbure ayant des propriétés qui lui sont spéciales. On le retire de l'huile lourde de soudron de houille, et ses dérivés les plus directs sont l'acide picrique, la créosote, le gaïacol et le naphtol. L'acide salicylique est un combiné d'acide phénique et d'acide carbonique ; à côté de lui viennent se ranger l'antipyrine, l'antifébrine, la résorcine, la phénacétine, l'exulgine, la pyridine, ete. Tous ces médicaments sont ‘ntiseptiques et antifebriles. On peut joindre à ce sroupe la vaseline, graisse minérale extraite du pétrole, ct le bleu de méthylène, dérivé de l’aniline ou phénylamine,
Formes pharmacologiques.
Phénol pur (acide phénique, acide carbolique). Petits cristaux détachés, blancs, fondant à la chaleur, solubles dans 16 parties d'eau froide et en toutes proportions dans l'alcool et l'éther, se dissolvant facilement dans l'huile et la glycerine. Dose: 14 à 2 grs ou
la 3 m,.
Phénol cristallisé (acide phénique cristallisé). — Longues aiguilles incolores ou plus ou moins rougeàtres, déliquescentes, A4 odeur spéciale, À saveur Piquante, se liquéfiant à la chaleur, solubles dans 50 à 00 parties d'eau froide et en toutes proportions dans léther, l'alcool et la glvcorine, — l'sage externe.
Phénol brut (acide phénique du commerce).
Liquide impur, brun rougeûâtre, à odeur forte, très peu soluble dans l’eau, très caustique. — Usage externe (pour la désinfection).
Acide picrique.— Poudre jaune claire, brillante, à saveur très amère, neu soluble dans l’eau, se dissolrant dans l'alcool et l’éther, fondant à une température élevée et détonnant avec violence quand on la surchauffe brusquement.— Usage externe.
Créosote (de hètre).—Liquide huileux, incolore ou jaunâtre, à odeur de goudron forte et persistante, à saveur brûlante et caustique, peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, l’éther, la glycerine, les huiles fixes. Dose : 1 à 3 M (10 M égalent 20 gtts).
Créoline (crésyl).—Liquide épais, brun noirâtre, à odeur bitumeuse et aromatique, s’émulsionnant dans l'eau.— l/sage externe.
Lysol.—Liquide brun analogue au précédent, et miscCible à l’eau.— Usage externe.
Gaiacol.— Liquide incolore, à odeur créosotée, peu soluble dans l'eau, très soluble dans l’alcoo!l et l'éther. Dose : 14 3 ML.
Benzozol(benzoate de gaïacol).—Cristaux incolores, inodores et insipides, solubles dans l'alcool et l'éther. Dose : 3ss à 31jss (2.0 à 10.0).
Thiocol.—-Poudre blanche, amère, inodore, tres soluble dans l'eau. Dose : 3$s à 3ij (2.0 à 8.0).
Acide salicylique.- -Poudre légère, en fines aiguilles blanches, inodore, à saveur sucrée puis âcre, très peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool. Dose: 5 à 60 grs (0.30 à 4.0).
Salicylate de soude.—Poudre blanche soyeuse, à saveur douceâtre, sans odeur, très soluble dans l'eau. Dose : 5 à 60 grs (0.30 à 4.0).
Asaprol.—Poudre blanche rosée, inodore, de saveur amère, soluble dans l'eau et l'alcool. Dose : 3ss à 3JSS (0.30 à 4.0).
Salol.— Poudre blanche, cristalline, À odeur aroma-
tique, à saveur très légèrement amère, insoluble dans l'eau et la glycerine, soluble dans l'alcool, les huiles fixes, lies essences. Dose : 5 à 15 grs (0.30 à 1.0).
Salophène.—Poudre blanche cristalline, presque insoluble dans l’eau, très soluble dans l'alcool. Dose : 5 à 15 grs (0.30 à 1.0).
Naphtol b.— Poudre cristalline brillante, incolore, à odeur un peu nauséeuse, à saveur brûlante, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool. Dose : 3 à 4 grs (0.20 à o.25).
Naphtaline.— Paillettes blanches, nacrées, très odorantes, solubles dans l'alcool. Dose : 8 à 75 grs (0.50 à 5.0).
Microcidine.— Poudre blanche, amorphe et soluble dans l'eau. — Usage externe.
Benzo-naphtol.__Petits cristaux blanchâtres, inodores et insipides, légèrement solubles dans l'alcool. Dose : 3 à 5 grs (0.20 à o. 30).
Antipyrine (analgésine).— Poudre cristalline, blanche, inodore, à saveur légèrement amère et nauséeuse, soluble dans l'eau et l'alcovl. Dose : 5 à 20 grs (0.30 à 1.30).
Antifébrine (acétanilide).— Poudre blanche, cristalline, inodore, à saveur un peu âcre, peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool. Dose : 5 à 15 grs (c. 30 à 1.0).
Phénacétine.— Poudre cristallisée, incolore et inodore, faiblement amère, soluble dans 18 parties d'alcool. Dose : 3 à 10 grs (0.20 à 0.60)
Salipyrine.—Poudre cristalline, incolore, de saveur douce, soluble dans l'alcool. Dose : 35 à 3jss (2.0 à 6.0).
Exalgine. — Cristaux incolores, sans odeur, ni Saveur, solubles dans l'eau chaude et l'alcool. Dose : 54 10 grs (0.30 à 0.60).
Résorcine.—Fines aiguilles très blanches, à légère odeur de phénol, à saveur désagréable, sucrée et amère ä la fois, très solubles dans l'eau et l'alcool. Dose : 2 À 5 grs (0.12 à o. 30).
Pyridine.--Liquide incolore, très volatil, à odeur forte et penétrante, miscible à l'eau en toutes proportions, Dose : 5 À 20 M.
Quinoléine.—Liquide incolore, d'odeur désagréable, de saveur âcre et amère, soluble dans l'alcool. Dose : 10 à 20 gtts.
Pyramidon.—Poudre cristalline, blanche, insipide, soluble dans 17 parties d'eau. Dose: SA 1S grs (0.30 à 1.0) par jour ; enfants, 1% gr (0.10) par année d'âge.
Acétopyrine (salicylate d'antipyrine).— Poudre cristalline bianche, à faible odeur vinaigrée, soluble dans l'alcool. Dose : 13 à 45 grs (1.0 à 3.0) par jour.
Citrophène.—Poudre cristalline blanche, à odeur et saveur d'acide citrique, soluble dans 40 parties d'eau. Dose : 8 grs à 3jss (0.30 à 6.0) par jour ; enfants, 1 (0.10) par année d'âge.
Thalline (sulfate). —Poudre cristalline soluble dans l'eau. Dose : 4 grs (0.25).
Thermodine.—Cristaux aiguillés, blancs, insipides, solubles dans le chloroforme. Dose: 8 à 3o grs (0.30 x 30)
Bleu de méthylène.—Poudre amorphe, d'ur bleu mat foncé, inodore, insipide, suffisamment soluble dans l'eau. Dose: 3 à 3 grs par jour (0.20 à o. 30).
Vaseline.—Gros corps gras, onctueux au toucher, blanc, blond ou rouge, inodore et insipide, completement neutre et non irritant.— lsage externe.
Paraffine.—Masses amorphes, pannes solubles à chaud, extraites du pétrole.
Pétrole (éther de). —L iquide Fe ol très inflammable, soluble dans l'alcool. Dose : 3 à 30 gtts.
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Administration.
[— Usage interne. —Le phénol est rarement prescrit à l'intérieur, et on ne donne que le phénol pur, soit par et bouche, bien dilué dans de la ade, de la glvcerine, du Sirop simple, soit par l'anus en lavement ou en suppositoire. En potion, le médicamen est
L'ADMINISTRATION DES M ÉDICAMENTS 161
difficilement accepté par les malades : on peut en masquer le goût avec de l'essence de menthe. L'acide carbolique donne à l'urine une couleur fumée, verdâtre, plus ou moins foncée suivant la dose : il est bon de surveiller la secrétion urinaire. La solution de Dobell contient de l'acide phénique, du bicarbonate de soude et de la glycerine. La créosote s'administre de plusieurs manières : en frictions, en injections sous-cutanées, par la bouche et par l'anus. On emploie pour les frictions la solution alcoolique à 20 pour 100, dont on applique 3j à 3iv ; il arrive souvent que cette méthode d'application provoque au bout de dix minutes une crise de sueurs profuses qui dure de 10 à 13 minutes. L'injection sous-cutanée doit se faire lentement, goutte à goutte ; il vaut mieux se servir d'appareils spéciaux (injecteurs de Gimbert, de Burlureaux, de Peter) ; on introduit la canule dans la Partie latérale du dos, ou le flanc, le malade restant couché. Quand on donne la créosote par la bouche, il importe de ménager l'estomac ; le véhicule sera, pour les doses faibles, les pilules, pour les doses fortes, l'huile de foie de morue, la glycerine ou le vin: on peut encore choisir l'eau créosotée à 1 pour 100, à la dose de 3) à 5iv (4.0 à 16.0 gr) ; il est bon de ne pas dépasser en vingtquatre heures 3j de créosote. En lavement, on donne la préférence au lait créosoté (au 20e ou 30e) dont on injecte 3ss à 3ij (15.0 à 60.0 gr) dans huit onces d'eau bouillie. Le gaïarol se prend en pilules, en solution au 1008, dans de l'huile de foie de morue ou du vin; on l'administre en lavement, 10 gtts bien émulsionnées avec un jaune d'œuf et de l'huile d'olive. Le ben5o0s0/ se donne en cachets ou pilules, le /kroco/ en cachets, sirop et solution.
L'acide salicyligue est rendu plus soluble quand on l'additionne d'acide borique ; on le réement dilué, À doses n où potion alcoolisées. Le salicylate de soude, au contraire, doit être largement dilué ; ou aura soin de fractionner
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les doses et de le faire prendre autant que possible aux repas ; souvent l'eau de Vichy le fait mieux supporter. On donne l'asaprol en cachets, en potion aromatisée ou dans du café. On administre habituellement le s4/0/, le salophène, le naphtol b, la naphtaline en cachets ou en capsules, parce qu'ils sont destinés à n'agir que dans l'intestin. On donne aussi de cette manière l'antipyrine, V'antifébrine, la salipvrine, la phénacétine, l'exalgine, la résorcine ; mais ces derniers médicaments peuvent être pris en poudre ou en comprimés, avec un peu d'eau. On évitera de les faire prendre à l'heure des repas. La pyridine se prescrit rarement par la bouche ; on verse 3j (4.0) dans une soucoupe que l'on place dans la chambre du malade, à une certaine distance de son lit; les vapeurs se répandent dans l'air et sont inhalées par le patient ; la durée habituelle d'une séance est de 20 à 30 minutes. La quinoléïne Se prescrit en inhalations dans 100 grammes d'eau bouillante. On fait prendre le DPyramidon en cachets ou en injection hypodermique (10 centigramme, 1% gr) par injection; la dose du camphorate et du salicylate de pyramidon est de 8 à 15 grs (0.50 à 1.01. L'acétopyrine s'administre en cachets, ou dans du sirop avec un peu d'alcool ; le cr/rophène en cachet: ou en solution dans l'eau gazeuse ; le sulfate de /ha//ine en cachets ou en potion ; la {hermodine en cachets seuleinent.
Le bleu de méthylène se donne en capsules de gélatine ou en injections hypodermiques ; il faut être sûr de sa pureté. Quand il s'agit de mesurer la perméabilité du rein, on fait prendre une dose le matin, et l'on recueille ensuite les échantillons de l'urine, en ayant soin de marquer l'heure sur chaque échantillon. Avec un filtre rénal normal, la coloration de l'urine est verdâtre un quart d'heure après l'ingestion de la dose, bleu vert deux heures après et hleu foncé au hout de quatre heures: le lendemain la coloration a disparu. L'éther de pétrole se donne en capsules ou en perles.
Il. — Usage externe. —En médecine, on emploie constamment le fhéno/ ou acide carbolique pour les soins de propreté ou de désinfection. Il y à deux solutions classiques dans les hôpitaux : la solution faible au 20e, et la solution forte au 4oe où davantage. On dissout l'acide carbolique cristallisé dans de l'alcool avant d'ajouter l'eau, afin d'éviter la formation de gouttelettes huileuses d'acide qui flottent sur le liquide et sont cautérisantes. La solution phéniquée doit être claire : si elle est nuageuse, il faut l'agiter. Elle ne tache pas le linge. L'odeur déplaisante peut être corrigée en ajoutant de l'huile de menthe poivrée ou de cinnamone. On emploie aussi localement l'huile phéniquée (1 pour 19), la vaseline phéniquée (1 pour 25), la glycerine phéniquée (1 pour 20). L'acide phénique brut et ses substituts—créoline, lysol, saprol, aseptol, phéno-salyl, etc ne s'utilisent que pour la désinfection des immeubles et à la rigueur des mains. L'acide picrique s'applique sur les brûlures en solution (12 grammes pour 1000- Thiéry), à l'aide de compresses recouvertes d'un pansement ouaté. On aura soin d'enlever les corps gras antérieurement appliqués avec de l'eau bouillie savonneuse tiède. L'acide picrique tache le linge et les doigts ; dans le premier cas, un bon lavage le fait disparaître ; quant aux mains, il faut les protéger soit en les enduisant de vaseline, soit en mettant des gants de caoutchouc, si l'on ne veut pas rester un certain temps les doigts jaunes. La créoline s'emploie pour les lotions et injections ; son odeur fatigue souvent les malades. Le /yso/ est aussi employé de la même manière. On applique parfois l'acide salicyligue localement à l’aide d'une solution glycerinée au 1o0e. Pour le naphitol, on emploie une solution alcoolique au 30e, ou l'onguent de naphtol. La mrcrocidine s'applique en solution à zou; Pour 1000 ou en pommade. La vaseline sert À préparer un très grand nombre d'onguents ; on l'applique aussi seule comme émollient ; elle finit par rancir avec l'âge et ne doit pas être employée trop vieille. La paraffin: s'utilise en injections interstitielles.
164 MANUFL DE MATIERF MÉDICALE
intolérance et intoxication.
La plupart des médicaments de ce second groupe d'hydrocarbures ne sont pas aussi dangereux que ceux du premier groupe. Les antiseptiques internes, si l'on excepte le phénol et la créosote, sont en général tres bien tolérés ; du moins cela est vrai pour le salol et le salophé ne ; le naphtol, dans certains cas, à produit du
vomissement, de l’hématurie, des convulsions et même la perte de connaissance. La créosote, et surtout | phénol, sont facilement toxiques. Les antifébriles demandent à être surveillés de près, surtout quand leu emploi est un peu prolongé. Ils sont en règle générale dépressifs pour le système nerveux, surtout si le malade est anémié ou cachectique ; ils déterminent facilement des tintements ou des bourdonnements d'oreille, de li faiblesse, du vertige, une sensation de plénitude à la tête et de la transpiration ; on peut même avoir ave l'acide salicylique et le salicylate de soude à hautes doses des troubles de la vision et du délire. L'exa/gine cause de la parésie des paupières, la résorcine des frissons quand la température remonte, l'effet de la dose étant épuisé. Enfin ces médicaments, de même que l'anfiprrrne, l'antifébrine et la phénacétine, déterminent souvent des éruptions cutanées qui ressemblent d'habitude au rash rubéolique, s'accompagnent de démangeaison, parfois revètent la forme d’un érythème généralisé avec bouffissure du visage et des paupières, sensation dk brûlure et élévation de la température (antipyrine). Chez les patients atteints de maladies aiguës, les nausées et les vomissements ne sont pas rares après l'administration des antipyrétiques ; quelquefois le rein est irrité, l'on trouve du sang ou de l'albumine dans l'urine. En somme, ce sont des médicaments dont il faut surveiller les doses et l'effet. À ce point de vue, le plus actif est la phénacétin?, dont l'action est moins rapide mais plus durable que celle de l'antifébrine ; 10 grs (0.60) de phénacétine égalent 13 grs (1.0) d'antipyrin ou de quinine et 30 grs (2.0) de salicylate de soud
Les Symptômes d'intoxication de l'acide carbolique, de l'acide salicylique et de l'antipyrine méritent une mention spéciale.
Acide carbolique. - Appliqué localement sous forme concentrée, le phénol est un caustique violent. Dilué, il est absorbé rapidement par la peau saine, le tissu sous-cutané, les surfaces muqueuses, les plaies, les voies respiratoires, l'estomac. Absorbé à l'intérieur à doses fortes, il est irritant et produit une action narcouque qui paralyse rapidement les centres respiratoires et vaso-moteurs. [l'augmente la quantité de la salive et donne à l'urine une couleur foncée, fumeuse ou verdâtre. Les premiers symptômes d'intoxication sont le vertige, la tension céphalique et habituellement la coloration foncée de l'urine. Puis surviennent, annonçant le danger, la contraction des pupilles, la paleur, l'embarras de la respiration, le pouls petit, lent, faible, le bruit de cloche ou de chant dans les oreilles, le vertige subit. Quand l'acide carbolique a été absorbé à doses toxiques, il détermine sur le coup, de la bouche à l'estomac, une sensation de vive brûlure, et les symptômes apparaissent immédiatement : les lèvres et la muqueuse buccale sont blanches et durcies ; il y a des nausées, une douleur stomacale violente, des vomissements d'écume muqueuse ; les lèvres, les oreilles, les paupières sont livides, les pupilles contractées et insensibles à la umière ; la peau est froide, couverte d'une transpiration visqueuse ; le pouls est très faible et presque toujours apide, à 120, bien qu'on l'ait vu tomber à 50 ou 40 à 4 minute ; la respiration est rapide, irrégulière, difficile, parfois stertoreuse, parfois anhélante ; l'haleine a l'odeur de l'acide carbolique. L'insensibilité, le coma, le collipse se succèdent rapidement ; la mort peut survenir en quelques minutes par paralysie de la respiration, ou, si la dose ingérée est très forte, par paralvsie du cœur. Le Lemps moyen de la mort varie d'une à dix heures. LA dose fatale oscille entre 3j et 3ss.
Acide salicvlique, Quand on administre l'acide sali-
cylique, les premiers signes d'intolérance qu'il faut chercher sont des hourdonnements, des grondements dans les oreilles, de la plénitude à la tète. Si l'on augmente les doses, l'on aura un mal de tête sévère, de la transpiration, de la surdité, des troubles variés de la vue. Si l'on va plus loin ces désordres s’accentuent : la respiration devient plus profonde, plus laborieuse, rapide, irrégulière, exigeant parfois de violents efforts pour vaincre la dyspnée ; le pouls est lent et faible ; il v a une grande agitation, accompagnée d'un délire caractérisé par des hallucinations de la vue, quelquefois joyeux, quelquefois mélancolique, parfois sauvagement maniaque. L'urine peut offrir une coloration foncée vert olive et l'intestin s'évacuer involontairement. La dépression de la circulation cause du relâchement à la peau ; les plaies de lit peuvent apparaître rapidement. L'acide salicylique n'est cependant pas considéré comme un poison actif pour l'homme ; on a rapporté des cas de mort, mais presque toujours les symptômes disparaissent en quelques jours après la suppression du médicament.
Antipvrine.—L'action normale de l'antipyrine (abaissement de la température) s'accompagne parfois de transpiration, de ralentissement du pouls, de frissons. Chez les sujets affaiblis par une longue maladie, on rencontre une dépression marquée, quelquefois alarmante, et le pouls peut être sérieusement déprimé. Les symptômes dangereux sont : la cyanose, la faiblesse musculaire, la respiration troublée et rapide, le pouls faible et irrégulier, la dvspnée, la sensation de chaleur par le corps. Le collapse peut survenir. On a vu la mort suivre l'administration de 30 et quelques grains d'antipyrine.
La matière médicale organique.
La matière médicale organique doit être divisée en deux parties, suivant que les substances étudiées vienuent du règne végétal ou du règne animal. Nous
étudions ces parties l'une à la suite de l'autre, en ayant soin toujours de grouper les substances médicamenteuses suivant leur origine. C'est ainsi qu’on trouvera les diverses familles végétales bien et duement précédées de leur titre naturel. Nous avons pour chaque groupe conservé la même méthode que dans la matière médicale inorganique, donnant d'abord les formes pharmacologiques, puis les notions d'administration, et enfin les symptômes d'intolérance et d'intoxication.