CHAPITRE VIII
‘MÉDIGAMENS ÉMÉTIQUES.
Un grand nombre de substances médicamenteuses peuvent , lorsqu'elles sont portées dans l’estomac en assez grande quantité, déterminer:des - vomissemens et autres symptômes dépendans de leur action irritante ; mais nous ne rangeons sous la dénomination d’émétiques (épée , je vomis } que celles qui donnent lieu à ce phénomène, quelle que soit la manière dont elles sont portées dans le torrent de la circulation. En effet, ces médicamens n’agissent pas ainsi seulement par suite de leur action locale , mais’bien parce qu’ils exerçent une influence spéciale sur l'estomac et les muscles abdominaux , influence qui se manifeste à la suite de l’absorption de leurs mollécules. Leur. action générale est également caractérisée par lex: citation de la plupart des organes, l’augmentation de la transpiration cutanée ou de la sécrétion de Purine , le développement du pouls, etc. Du reste, comme ces médicamens sont en petitnombre, nous. croyons inutile d’en diré davantage ici, et nous renverrons le lecteur aux articles Tartre émétique, page 327, et Zpécacuanha, page 334.
- ŒARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE. Tartras stibi et potassæ. Tartre antimonié de potasse. Tarire stibié. T'artre émétique. Ce sel double est toujours de produit de Part.
P. P. Il cristallise en octaèdres ou en tétraèdres ; est transparent, incolore, légèrement efilorescent ; inodore et d’une saveur styptique et nauséabonde. “ P.C. Contient 54 de tartrate d’antimoine et 34 de tartrate de potasse; mis sur les charbons ardens,. il noircit, se décompose, et donne de Pantimoine métallique ; se dissout dans 15 p. d’eau froide et 2 d’eau bouillante ; rougit le. tournesol.
Sues. invcomr. Les acides concentrés, les oxides
métalliques de la seconde classe et leurs carbona-
tes, les hydro-sulfates , les savons, l’acide gallique
Let toutes Les substances végétales amères ou astrin-
gentes, telles que le quinquina , la rhubarbe, etc.
* Prier. En faisant bouillir parties égales de crème
de tartre et de verre d’antimoine dans 12 parties
. d’eau distillée ; on filtre ‘ensuite la liqueur, et on la fait cristalliser.
U. L'action locale du tartrate de potasse et d’antimoine est essentiellement irritante; assi appli qué sur la peau détermine-t-il asse souvent une éruption pustuleuse et une inflammation plus ou moins intense. Pris à l’intérieur, en trés-grande quantité à la fois, il agit comme un poison violent et peut occasioner une inflammation très-vive de tout le canal intestinal, et, même la mort; administré à petites doses, les premiers effets qu’il dé-
KE
(:338))" termine sont une irritation plus ou moins vivé de la membrane muqueuse de l'estomac, des vomissemens fréquens et des évacuations alvines ; mais .ces vomissemens ne doivent pas être attribués"à
l’action locale de cette substance ; car, ainsi que nous l’avons déjà dit (Poy. Procécomènes), ils ont lieu toutes les fois que l’émétiqueest porté dans le torrent de la circulation, soit qu’on l’introduisé dans l’estomac, soit qu’on l’injecte dans les veines, ou enfin qu’on l’applique sur une surface absorbante quelconque. Ils dépendent donc d’une action spéciale que ce médicament exerce sur le ca- -nal” digestif. Ces phénomènes suivent toujours l'administration d’une première dose de tartre émétique ; mais si l’on continue à le donnerà de courts intervalles, une heure par exemple, même à des doses très-élevées, on les voit cesser bientôt. Souvent alors l'appétit paraît augmenter, et le malade est tourmenté de la faim; on peut ainsi administrer jusqu’à 36 et 48 grains de ce sel dans les vingt-quatre heures , sans produire de symptômes! d’empoisonnement. On-observe alors des effets trèsremarquables, et qu’ilest impossible d'expliquer; le pouls se ralentit considérablement, sans cependant perdre de sa force ; la transpiration cutanée est, en général, beaucoup augmentée , et les sueurs peuvent même devenir continuelles. M. Laennec pense que cette substance jouit encore de la propriété d’activer l'absorption. Cette opinion paraît avoir été partagée par Jenner et le docteur Baron,
(529 ) ar depuis long-temps ils conseillaient l’usage de l’'émétique à doses fiactionnées, de manière à prouire des nausées continuelles, dans le traitement de la phthisie’ pulmonaire tuberculeuse , dans les cas de dégénération tuberculeuse de la plèvre, du péritoine, du foie , et dans les engorgemens glan-
“duleux chroniques. Mais au bout de quelques jours de lPadministration continue du tartrate d’antimoine et de potasse, le malade éprouve du dégoût, un malaise général, un grande répugnance pour ce médicament, et souvent même les vomissemens reparaissent.
7” D'après ce que nous venons de dire, on voit donc que l’émétique peut remplir deux indications très-différentes , suivant qu’on l’administre de telle
»ou telle manière. On l’a pendant long-temps donné ‘dans la seule vue de provoquer le vomissement, et
c’est encore aujourd’hui l’un des vomitifs dont on:
, se sert le plus fréquemment et dont l’emploi est le
plus sûr et le plus commode. Depuis quelques années , M. Rasori et plusieurs autres médecins ont | appelé lattention sur les avantages qu’on peubre- ‘tirer de l'emploi de ce sel à hautes doses et donné
d’une manière continue dans le traitement des ma- .
ladies inflammatoires. Ils le considèrent comme un * des contro-stimulans les plus énergiques. Plusieurs praticiens français, entre autres M. Laennec , ont * constaté l’efficacité de ce moyen dans le traitement de la péripneumonie, de la jaunisse, etc.
D. gr M. o’an A l'intérieur, comme +omilif, gf j x iv
et À
( 350 ) dans 2 ou 3 verres d’eau distillée tiède; comme purgalif, en | lavage, er j àij, dans ÏE ij de liquide, un verre toutes les | heures; comme contro-stimulant, g’ vj à xx dans les 24 | heures et même plus, progressivement , dans une potion où | un véhicule aqueux. Vin émétique. P. (tartre stibié 3 f, | vin bij ); comme émétique, Z j à iij ; comme diaphoréti= que, 3 j à iv. À l’extérieur, Pommade stibice ou d’Authen= ricth. P. (émétique 5 p., axonge 16) 3 { à j par friction, 3 ou 4 fois le jour. En poudre, g' x à xx sur un emplâtre de poix de Bourgogne.
KERMÈS MINÉRAL. SOUS-HYDRO-SULFATE D’'ANTIMOINE. Hydro-sulfuretum rubrum stibü sulfurati. Poudre des Chartreux.
P. P. Poudre d’un brun-rouge, tirant sur le pourpre , d’un aspect velouté , légère et inodore; se décolore par l'action de V’air et de la lumière. |
P. G. Les chimistes ne sont pas d’accord sur la nature de cette substance; on la regarde en général comme un sous-hydro-sulfate d’antimoine avec un grand excès de base, mais. d’après les expé-" riepces récentes de M. Berzelius, il paraîtrait que c’est un sulfure d’antimoine très-divisé et formé-de 100 d’antimoine et de 37,2 de soufre. Quoi qu’il en soit, le kermès est insoluble dans l’eau, maissoluble dans quelques hydro-sulfates sulfurés, tels que ceux de potasse , de chaux, etc. Ces dissolutions donment par lPaction des acides nitrique et hydro-.
w'vhlorique , un précipité floconneux et d’un beau jaune orangé formé de Soufre doré d’antimoine. . Chauffé jusqu’au rouge avec du charbon, le kermès
# ( 331 ) P # se décompose et donne de l’antimoine métallique ; enfin les alcalis le rendent jaune , et le dissolvent en partie. ÿ f |
Pré. Par la voie sèche, en faisant fondre dans un | creuset 2 p, de sulfure d’antimoine et 1 p. de potasse du commerce ; en réduisant en poudre la masse ainsi obtenue, et en la faisant bouillir avec 10 Ou 12 p. d’eau. On filtre la liqueur pendant quelle est bouillante et le kermés se dépose par * le refroidissement. Par la voie humide , en faisant bouillir, pendant une demi-heure , 1-p. de sulfure d’antimoine réduit en poudre fine, 22,5 de souscarbonate de soude cristallisé et 250 p. d’eau; le kermès se dépose également par le refroidissement ; celui qu’on obtient ainsi est plus estimé que celui qu’on prépare par la voie sèche.
U. À la dose de quelques grains , ce médicament agit comme émétique ; mais lorsqu'on ladministre à plus peäites doses à la fois on peut , de même qu'avec le tartre stibié, arriver peu à peu à en donner des quantités trés-grandes sans produire cet . effet ; il agit alors comme stimulant, et paraît porter plus spécialement son influence sur les poumons et sur la surface cutanée ; on l’emploie souvent de ceiïte manière comme béchique, dans la dernière période des péripneumonies aiguës, dans les catarrhes chroniques, dans l’asthme humide, etc. On en vante aussi l’usage comme sudorifique dans les maladies cutanées, les rhumatismes chroniques, la goutte, etc. 1
D. rr M. »’an. Comme émétique, gr rj à x, suspendus dans un julep gommeux, Comme béchique, g" 1/2 à iv, 3 ou 4 fois par Jour, et pi progressivement. On peulmême en porter la dose jusqu’à 5 jou ij dans lés vingt-quatre heures.
Comme sudorifique , on l’associe en général au camphre. à: