DES CONTUSIONS ET DES ECCHYMOSES
La forme de l'ecchymose reproduit souvent la forme de l'instrument qui Ta produite; c'est ainsi qu'un bâton donne lieu à une ecchymose arrondie ; un coup de fouet, une ecchymose mince et rectiligne ; on peut également par l'ecchymose retrouver la trace des dents, des ongles, des clous d'unechaussure, etc.
Lorsque la contusion a été très forte et a atteint les tissus profonds, il peut arriver qu'il n'y ait d'abord aucune altération à la peau et au tissu cellulaire sous-jacent et que l'ecchymose ne se produise que 4 à 5 jours après l'accident. L'ecchymose présente dans ce cas des caractères particuliers et importants : le sang qui aura été extravasé dans une région profonde n'arrivera à la peau qu'après avoir subi certaines transformations, et la tache, au lieu d'être bleue ou noirâtre, présentera d'emblée la coloration jaune. Souvent aussi la tache n'apparaîtra pas à l'endroit qui a été le siège du choc, mais sur des points plus ou moins éloignés vers lesquels le sang extravasé aura pu se rendre plus facilement, grâce à une disposition anatomique plus favorable à sa migration. C'est ainsi que, dans une contusion profonde de la région axillaire ou de l'épaule, on verra souvent apparaître au bout de quelques jours une ecchymose 'très étendue dans la légion du bras et que, dans les contusions ■de la cuisse, on verra apparaître des taches jaunâtres au-dessus du genou. Ces quelques détails permettent à l'expert de formuler une opinion sur la date approximative à laquelle l'ecchymose a été produite ; mais cette opinion doit toujours être très réservée.
Les chirurgiens ont signalé une particularité relative àl'oô/iquité du choc. Lorsque l'agent vulnérant, au lieu d'agir perpendiculairement, vient frapper obliquement, il peut en résulter un décollement très vaste qui forme une cavité plus ou moins considérable où s'épanche soit du sang, soit de la sérosité. Ces ecchymoses, qui s'observent principalement après le passage •d'une roue de voiture, ontété désignées par Morel-Lavallée sous le nom ô^dpanchcments traumatiques de sérosité.
Lorsque l'agent vulnérant a divisé la peau en même temps qu'il a désorganisé les parties profondes, on observe alors une plaie conluse dont les caractères se rapprochent plus ou moins des plaies produites par les instruments tranchants.
En somme, le diagnostic des confusions et des ecchymoses sur le vivant est, en général, facile. On ne saurait, en effet, les confondre avec les taches gangreneuses, les ecchymo-
ses scorbutiques et les diffe'rents exanthèmes. Sur le cadavre, le diagnostic peut présenter quelques difficultés sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Quant au pronostic, on peut dire que, dans la grande majorité' des cas, la contusion ne compromet pas l'existence et que ces lésions ne peuvent acquérir de la gravité que lorsque le foyer ecchymotique se transforme en abcès. Il est, dans ces cas, très difficile de fixer la durée delà maladie et, par conséquent, la durée de l'incapacité de travail.
Lorsqu'il est appelé à constater la présence d'ecchymoses, l'expert ne doit pas oublier, lorsqu'il rencontre sur le cadavre des suffusions sanguines d'apparence récente, que la victime peut avoir, les jours qui ont précédé la mort, pris part à des luttes ou avoir reçu des contusions et que les ecchymoses ne sont pas nécessairement contemporaines de l'acte qui a terminé la vie (Brouardel).
§ 5. — Des luxations et des fractures.
La luxation complètement réduite ne laisse pas de traces^ mais il y a toujours dans les mouvements de la douleur et de la gêne qui persistent pendant un temps plus ou moins long^ il sera donc souvent difficile de dire si la luxation a existé, mais il arrive assez souvent que le membre luxé reste frappé d'une paralysie temporaire ou permanente due à la contusion des nerfs. Ces paralysies, qu'on observe surtout chez les vieillards à la suite des luxations de l'épaule, sont souvent incurables et sont presque toujours accompagnées de l'atrophie des muscles du membre.
Les fractures sont souvent reconnaissables longtemps après l'accident par la présence du cal, mais on sait combien il est difficile de vérifier l'existence d'un cal lorsqu'il est profondément situé dans les parties molles. Il n'est pas nécessaire de rappeler ici le degré de gravité qu'acquièrent les fractures d'après leur siège : les fractures simples de la partie moyenne des os longs sont, en général, peu graves ; le pronostic est beaucoup plus grave lorsque la fracture siège dans le voisinage d'une articulation. Relativement à la durée du traitement, on admet généralement que quarante jours sont nécessaires à la consolidation. C'est là une appréciation très mal fondée, caril