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ASPHYXIE. — GAZ MÉPHITIQUES

Cependant, à cause de l'analogie de quelques symptômes, nous allons les de'crire avec les autres variétés d'asphyxie, suivant ainsi la marche adoptée par le plus grand nombre des auteurs. Nous étudierons successivement l'asphyxie par le charbon j le gaz d'éclairage, les fosses d'aisances , et les égouts.

A. — Asphyxie par l'oxyde de carbone (charbon, cheminées,

POÊLES mobiles).

Les produits de la combustion du charbon sont formés surtout par de l'acide carbonique et une bien moindre proportion d'oxyde de carbone. L'oxygène contenu dans ces gaz est emprunté à Tair, qui se trouve ainsi altéré par suite de la diminution de cet agent. On a également noté une très faible quantité d'hydrogène carboné ; mais ce gaz provient probablement de l'action de la chaleur sur quelques fragments de charbon mal carbonisés ou fumerons (Coulier). L'air rendu asphyxiant par le charbon présente du reste de grandes variétés de composition, selon le mode de combustion qui est employé; mais il est reconnu aujourd'hui que le gaz acide carbonique ne joue qu'un rôle secondaire dans Tasphyxie, et que c'est à l'oxyde de carbone qu'est due la mort.

Symptômes. — Les individus éprouvent d'abord de la pesanteur de la tête, de la" céphalalgie, une sorte de compression des tempes, des vertiges, un tintement ou un bourdonnement d'oreilles, de la propension au sommeil. A ce moment, ils perdent leurs forces musculaires. L'inteUigence reste nette. Bientôt la vue se trouble, les mouvements du cœur sont désordonnés, la respiration s'embarrasse, l'anxiété augmente, le pouls s'accélère et s'affaiblit. Quelquefois il y a des vomissements, puis le coma, et la mort précédée parfois de convulsions violentes *.

1. Uu malheureux, appelé Déal, a eu l'idée de laisser une description des remarques qu'il a faites sur lui-même. Voici comment il décrit de dix en dix minutes les symptômes de son agonie :

« J'ai pensé qu'il serait utile, dans l'intérêt de la science, de savoir quels sont les effets du charbon sur l'homme. Je place sur une table une lampe, une chandelle et une montre et je commence la cérémonie. Il est 10 h. 45 m. Je viens d'allumer mes fourneaux ; le charbon brûle difficilement. — 10 h. 20 m. Le pouls est calme et ne bat pas plus vite qu'à l'ordinaire. — 10 h. 30 m. Une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre ; ma chandelle paraît près de s'éteindre; je commence à avoir un violent mal de tète ; mes yeux se remplissent

Les lésions sont du reste variables et dépendent de la marche plus ou moins rapide de l'asphyxie et du temps plus ou moins long écoulé entre la mort et l'autopsie. Tantôt la face est injectée, les yeux vifs et brillants et les membres flexibles ; tantôt on observe une pâleur générale et une raideur tétanique qui survient immédiatement après la mort et peut disparaître après quelques heures. Mais le caractère le plus saillant que présentent les cadavres est la présence de larges plaques roses plus ou moins foncées sur les cuisses, le ventre et la poitrine. Ces taches roses ne se rencontrent dans aucune autre espèce d'asphyxie et persistent même après uncomraencement de putréfaction. Il est rare de rencontrer, dans le poumon les noyaux apoplectiques et les ecchymoses sous-pleurales, que nous avons décrits dans la mort par strangulation et suffocation. Le cerveau est sain ou congestionné, selon que la mort a été plus ou moins rapide.

Un autre caractère important est la fluidité et la rutilance du sang. Ce fait a été expliqué par Cl. Bernard, qui a démontré que les corpuscules sanguins ont pour l'oxyde de carbone une affinité bien supérieure à celle qu'ils ont pour l'oxygène. Sous l'influence du premier de ces gaz, ils prennent la teinte du sang artériel, et cette teinte, au lieu de disparaître pendant la circulation, sous l'influence delà désoxygénation, est stable et persiste. Le spectre fourni par le sang ainsi altéré est donc le spectre du sang artériel, que les agents réducteurs, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque, sont impuissants à transformer en spectre veineux. Cette action de l'hémoglobine explique également la présence des taches rosées sur la peau.

L'asphyxie par le charbon étant une véritable intoxication par l'oxyde de carbone, les experts doivent s'attacher à isoler le corps du délit. Il suffit pour cela de recueillir au moment de l'autopsie de 100 à 200 grammes de sang. C'est ainsi que M. le professeur Brouardel a constaté par l'emploi du microspectroscope l'existence de l'oxyde de carbone dans le sang de

de larmes ; je ressens un malaise général ; le pouls est agité. — 10 h. 40 m. Ma chandelle s'est éteinte, ma lampe brûle encore ; les tempes me battent comme si les veines voulaient se rompre ; j'ai envie de dormir ; je souffre horriblement de l'estomac; le pouls donne 80 pulsations. — 10 h. 50 m. J'étouffe: des idées étranges se présentent à mon esprit et je puis à peine respirer ; je n'irai pas loin ; j'ai des symptômes de folie. — 10 h. 60 m. Je ne puis plus écrire; ma vue se trouble ; ma lampe s'éteint ; je ne croyais pas qu'on dût souffrir autant pour mourir. — 10 h. 62 m... > (Ici sont quelques caractères illisibles).

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l'une des victimes de l'incendie de l'hôpital Saint- Antoine en

La lenteur de la putréfaction est tout à fait caractéristique sur les cadavres des asphyxie's par le charbon : elle a été signalée par tous les observateurs. Il importe également de rappeler que l'asphyxie arrête complètement la digestion.

L'asphyxie par le charbon peut donner lieu à un grand nombre de questions médico-légales dont voici les plus importantes :

10 L'asphyxie par l'oxyde de carbone peut-elle avoir lieu lorsqu'il n'existe ni poêle ni cheminée ni aucun foyer de chaleur dans la pièce? Poêles mobiles. Le fréquent emploi des poêles mobiles a récemment appelé l'attention sur cette question.

11 a été reconnu que ces poêles, dont le tirage est réduit au minimum, dégagent une quantité plus considérable d'oxyde de carbone que les autres appareils de chauffage.

Le double et redoutable défaut de ces appareils réside : 1° dans la surabondance des gaz empoisonneurs qu'ils fabriquent^ et 2o dans leur tirage toujours imparfait, souvent renversé.

M. Brouardel a démontré que lorsqu'on déplace un poêle mobile, la colonne de fumée qui va s'échapper dans la gaine d'une cheminée froide oscille, au lieu de s'élever vigoureusement,-et n'a que trop de tendance à redescendre dans la pièce^ à travers les orifices et les ventelles mobiles de la plaque de tôle insérée dans le chambranle de la cheminée.

Souvent même ce reflux se fait dans des pièces ou des étages voisins, par l'intermédiaire de cheminées communicantes. On se souvient de l'accident du quai de la Tournelle, où trois personnes périrent intoxiquées pendant leur sommeil, dans une chambre où n'existait pas même un appareil de chauffage. L'oxyde de carbone avait pénétré d'une cheminée voisine dans celle de la chambre des victimes.

Des faits nombreux d'intoxication mortelle sont donc observés dans des pièces où il n'existe aucun appareil de chauffage. Dans ce cas l'expert est consulté pour établir les responsabilités et sa tâche n'est pas toujours facile.

Il arrive souvent que l'un des murs de la chambre est parcouru par une cheminée venant d'un étage inférieur et que cette cheminée présente des fissures dissimulées par un meuble ou par une tenture. D'autres fois les cheminées de plusieurs

étages communiqaent entre elles, d'où refoulement possible des gaz toxiques. Nous avons observé un cas d'intoxication survenu dans une pièce ne possédant aucun appareil de chauffage ; dans ce cas l'oxyde de carbone fourni par un poêle situé à l'étage inférieur avait traversé le parquet.

Le médecin chargé d'une expertise de ce genre devra toujours se faire assister d'une personne compétente : un architecte ou un fumiste.

"■ 2° L'asphyxie peut-elle avoir lieu lorsque la pièce est imparfaitement close ? — De nombreux exemples permettent de répondre affirmativement à cette question. L'asphyxie peut avoir lieu alors même que la cheminée n'est pas bouchée, que la fenêtre et la porte sont mal fermées. Bien plus, deux personnes peuvent être placées à des hauteurs inégales dans une chambre et n'être pas toutes deux atteintes, ou succomber à des intervalles très diffe'rents. Ces faits s'expliquent par la disposition des ouvertures, le tirage des cheminées, et surtout la densité de l'oxyde de carbone, qui est de 0,967. Il faut donc avoir présentes à l'esprit les règles suivantes formulées par M.Coulier :

Ire L'air vicié qui s'échappe du fourneau est plus léger que l'air et va occuper la partie supérieure de la pièce ;

2e Lorsqu'il est suffisamment refroidi, il est plus lourd et va se rassembler sur le parquet ;

3e Lorsque la diffusion a eu le temps de s'opérer, le mélange devient uniforme ;

4e Cettediffusion s'opère assez lentement pour que, dans une pièce de capacité moyenne, telle couche puisse être asphyxiante sans que les autres aient cette propriété. - La disposition et le tirage des cheminées i^euvent être la cause d'asphyxies accidentelles. D'Arcet rapporte le cas de deux dames qui furent asphyxiées dans une maison de la rue de Bondy, parce que le tuyau du poêle de la salle à manger donnait dans une cheminée de l'étage inférieur, où Ton avait entretenu du feu pendant toute la nuit. On possède également de nombreux exemples d'asphyxie par carbonisation de poutres placées sous les foyers ou de pièces de bois adossées à des poêles ou à des calorifères. L'introduction des poêles mobiles, si dangereux pour la sécurité publique, a donné lieu récemment à un grand nombre d'asphyxies^acciden telles.

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30 Quelle est la quantité de charbon nécessaire pour produire l'asphyxie? — Il faut, pour que l'atmosphère d'une pièce devienne asphyxiante, qu'un centième de l'air soit converti en oxyde de carbone. Il faudra donc, pour résoudre cette question, se rendre compte des dimensions de la pièce, puis de la quantité de charbon qu'on a dû brûler pour produire la quantité de carbone nécessaire. D'après Leblanc, un kilogramme de cbarbon ou de braise en combustion libre peut rendre asphyxiants 23 mètres cubes d'air. D'après Devergie, cet effet peut être produit par 600 grammes environ de charbon. Mais on ne peut résoudre qu' approximativement cette question. On sait du reste que la nature du charbon permet une production plus ou moins grande d'oxyde de carbone, suivant la marche de la combustion. D'après Ébelmen, cité par M. Coulier, la braise des boulangers fournit plus d'oxyde de carbone que le charbon ordinaire.

4° Combien de temps faut-il pour produire l'asphyxie ? — C'est en examinant les circonstances relatives à chaque cas que l'expert pourra fournir une réponse affirmatives cette question. Il faut tenir compte des dimensions de la pièce, delà quantité de charbon, de l'activité de la combustion et de la ventilation. Dans l'observation de Déal (voy. p. 249), la mort semble avoir été produite en moins d'une heure.

5° Une prompte syncope est-elle favorable à l'individu exposé à l'action des vapeurs de charbon? — La

syncope peut retarder les accidents, mais il est difficile d'admettre qu'elle les éloigne complètement. La respiration continue de s'effectuer; elle est faible, mais cependant suflisante pour que l'inspiration du gaz amène la .mort au bout d'un temps plus ou moins long.

6° Quelle est linfluence de l'âge et du sexe sur la marche de l'asphyxie. — Castelnau a prétendu, probablement avec raison, que les enfants périssent plus vite. Quelques faits semblent également démontrer que les hommes succombent plus rapidement que les femmes.

En résumé, l'expert appelé à la constatation d'un cas d'asphyxie parle charbon ne se contentera pas de constater la cause de la mort> mais recherchera si, sous les apparences

d'un suicide, il n'y pas un crime. Il recherchera d'abord les lésions et les symptômes que nous avons décrits plus haut, et ne conclura qu'après avoir étudié les lieux et les circonstances qui se rattachent à l'accident.

B. — Asphyxie par le gaz d'éclairage.

Les propriétés toxiques du gaz d'éclairage sont dues à l'hydrogène bicarboné, aux carbures d'hydrogène, surtout à Toxyde de carbone.

. L'odeur exhalée par ce gaz est une garantie précieuse pour la santé publique, puisqu'elle avertit du danger et rend ainsi les cas d'empoisonnements relativement rares. Cette odeur se fait déjà sentir lorsque le gaz n'est encore mêlé que pour un millième à l'air atmosphérique, et elle devient plus insupportable à mesure que la proportion augmente. Lorsque le gaz arrive à former un onzième de l'air, il détone à l'approche •d'un corps en ignition, mais l'atmosphère peut contenir une quantité de gaz insuffisante pour détoner et suffisante pour asphyxier.

Symptômes. — Le gaz d'éclairage semble avoir une action délétère spéciale sur le système cérébro-spinal. Lorsque la quantité de gaz inspiré est considérable, on observe de la céphalalgie, puis une altération rapide et profonde de l'intelligence, de la sensibilité et des mouvements volontaires. Les phénomènes ordinaires de l'asphyxie apparaissent ensuite.

On trouve généralement à l'autopsie une congestion cérébrale intense. Le sang est noir et coagulé, au lieu d'être rouge et liquide comme dans l'asphyxie par le charbon. Les voies respiratoires sont injectées, les bronches remplies d'une écume visqueuse et sanguinolente ; le parenchyme pulmonaire est d'un rouge vif qui contraste avec la nuance gris rougeàtre de la surface de l'organe. On observe également des plaques rosées sur différentes parties du corps.

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