DE L IDENTITÉ
de preuves par écrit, ou lorsque lef^ présomptions ou indices résultant de faits constants sont assez graves pour déterminer l'admission.
Interprétation. — Jurisprudence.
Ce sont ces présomptions et ces indices que le me'decin sera quelquefois appelé à constater, et dont il aura à déterminer la valeur au point de vue de Tidentité.
Les questions d'identité se résolvent d'après les particularités de (Conformation ou d'altération pathologique, telles que la date et la nature de certaines cicatrices, les nœvi materni existants ou qu'on a cherché à dissimuler ou à effacer. Certaines professions laissent chez ceux qui les exercent des stigmates caractéristiques; enfin, la dentition, le développement du système osseux, la coloration des poils fournissent des signes d'une grande valeur. Nous allons passer en revue les questions "et étudier successivement les indices qui peuvent établir Tidentité d'un individu et d'un cadavre.
§ 1er. — Indices de l'identité sur le vivant. Anthropométrie.
La célèbre consultation de Louis, par laquelle il parvint à faire réintégrer un individu qui avait été condamne comme faussaire et imposteur, nous paraît propre à montrer l'intervention médico-légale, dans le cas d'identité sur le vivant. Nous en donnons un résumé d'après Briand et Chaude :
« On a prétendu que l'individu qui s'est présenté sous le nom de Baronet est le fils de François Babilot ; mais Babilot avait à la cuisse une tache indélébile, une tache qu'on n'aurait pu faire disparaître qu'au moyen de caustiques, qui auraient laissé des cicatrices, ou en appliquant sur la peau quelque couleur, que les lotions effaceraient facilement. Or, Baronet n'a à la cuisse ni taches ni aucune trace de l'action d'un acide ou d'une matière colorante, Babilot avait les épaules hautes, mais il était très droit et bien fait. Une boitait pas. Baronet est voûté, il a une jambe un peu plus courte que Tautre, et les malléoles très grosses ; il a la colonne de l'épine contournée, sans doute à cause de l'habitude qu'il a contractée de marcher incliné de l'autre côté, pour corriger les inconvénients de la claudication. Babilot doit avoir une cicatrice à la joue : nous n'en voyons pas sur Baronet. Nous lui voyons une cicatrice au sourcil, et,
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en effet, Baronet avait au sourcil une cicatrice, suite d'un coup de pierre, ainsi qu'il est attesté par celui même qui l'avait lancée. Suivant tous ceux qui ont connu BabiJot, il doit avoir à la partie droite du visage, près du cou, une cicatrice d'humeurs froides guéries, et cette cicatrice, qui a succédé à l'ouverture spontanée d'un abcès scrofuleux, doit être ronde et située dans la région correspondant aux glandes. Nous voyons au contraire chez Baronet une cicatrice longue, s'é'tendant le long du bord de la mâchoire inférieure, depuis l'angle jusqu'au menton. Sa largeur et la manière dont la cicatrisation s'est opérée annoncent qu'il y a eu blessure par un corps contondant, tel qu'un coup de pied de cheval, et l'on sait que, en effet, Baronet a reçu un pareil coup, etc. »
Nous allons étudier, comme signes d'identité, le tatouage, la coloration des poils, les cicatrices et les stigmates professionnels.
Nous examinerons ensuite les moyens employés pour reconnaître les criminels récidivistes (anthropométrie) et les caractères qui permettent de reconstituer l'identité d'un cadavre dépecé.
A, — Tatouage.
Le tatouage a une véritable importance en médecine légale. 11 ne fournit que de vagues renseignements sur le sexe et la nationalité, mais il donne d'excellents indices sur la classe et la profession, et peut même conduire à des constatations décisives, surtout lorsqu'il existe des lettres initiales, des noms, des dates, des emblèmes de différentes professions.
Il est donc important de rechercher et de décrire avec soin les tatouages. Voici le procédé qu'indique M. Lacassagne : on applique une toile transparente sur le tatouage, on le décalque avec un crayon, puis on passe ensuite le trait à l'encre rouge, bleue ou noire en imitant le modèle.
Le tatouage se pratique à l'aide d'aiguilles convenablement disposées plusieurs ensemble, qu'on trempe dans une matière colorante, et avec lesquelles on pique la peau, en suivant le contour d'une image préalablement dessinée. La matière colorante le plus souvent employée est l'indigo, le curcuma, le minium et surtout l'encre de Chine.
Le tatouage ne se pratique pas dans les classes instruites, et c'est chez les soldats et les marins qu'il est le plus en hon-
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neur, quoique cette coutume devienne tous les jours moins fréquente. Sur six cent vingt-huit dessins observés par MM. Hutin et Tardieu, cinq cent cinquante étaient aux avant-bras, les autres existaient sur diverses parties du corps, les bras, les mains, le visage, la poitrine, les membres inférieurs, le pénis. Nous ne saurions admettre, avec Tardieu, que le tatouage ne s'observe jamais avant seize ans; nous avons vu, non seulement un grand nombre de mousses et de novices, tatoués audessous de cet âge, mais aussi des enfants de treize à quatorze ans qui n'appartenaient pas à la marine. On a prétendu que la nature des dessins pouvait indiquer les habitudes et les mœurs des individus; mais nous ne saurions admettre cette assertion, car non seulement on trouve sur le même sujet un singulier alliage de figures obscènes et religieuses, mais il est démontré aujourd'hui que le tatouage est le plus souvent l'œuvre d'un moment d'entraînement, d'irréflexion ou d'orgie. Presque tous les tatoués que nous avons rencontrés regrettaient amèrement de s'être ainsi défigurés.
Le tatouage est presque toujours indélébile, néanmoins on possède un grand nombre de cas dans lesquels il a disparu spontanément. La persistance de la tache dépend du reste de la matière colorante. De toutes celles qui sont employées, le vermillon est la moins tenace, peut-être même la seule qui disparaisse spontanément.
FoUin a indiqué un moyen de reconnaître les traces du tatouage sur les cadavres, lors même qu'il n'existerait plus de tracesexterieures.il a trouvé que les ganghons correspondants sont toujours imprégnés des matières colorantes, et que quand l'opération est récente, on retrouve ces matières dans les vaisseaux lymphatiques situés entre les piqûres et les ganglions, et il suffit de les y reconnaître pour affirmer qu'un tatouage a été pratiqué dans la circonscription des vaisseaux lymphatiques qui dépendent du ganghon.
On peut faire disparaître artificiellement les tatouages en cautérisant légèrement avec un acide la surface tatouée. Ce procédé produit le plus souvent une cicatrice très apparente. Dans certains cas, cependant, il faut examiner avec le plus grand soin pour reconnaître une cicatrice presque imperceptible, un peu moins colorée que les parties voisines et légèrement grippée.