VIRGINITE. — DÉFLORATION
Nous avons déjà dit que, chez un certain nombre de femmes, on a trouvé la membrane hymen au moment de raccouchement, mais nous avons fait observer que les observations de ce genre ne prouvent qu'une chose, c'est que la fécondation peut avoir lieu sans l'intromission complète du membre viril ou que le coït peut être pratiqué un certain nombre de fois en refoulant simplement la membrane sans la déchirer complètement.
Les opinions qui tendent à établir que l'hymen disparaît avec l'âge et qu'il peut manquer dans un grand nombre de cas, ne sont nullement fondées. On ne saurait non plus admettre, avec Severin Pineau *, que le relâchement de cette membrane, pendant l'époque menstruelle, est assez considérable pour permettre, chez une vierge, l'accomplissement facile du coït.
D'après ce qui précède, on peut donc dire, en thèse générale, que la virginité est l'état dans lequel se trouve une fille qui n'a jamais pratiqué le coït. Mais on doit distinguer la virginité physique, la seule qui doive occuper le médecin légiste, de la virginilé morale. En effet, une jeune fille peut s'être livrée a la masturbation et même avoir subi les attouchements ou les approches incomplètes d'un homme et conserver encore les signes physiques de la virginité.
Défloration. — L'absence de l'hymen en est le signe principal. Il est quelquefois important de connaître l'époque à laquelle la défloration a eu lieu, et l'examen des organes génitaux peut fournir à cet égard des données utiles. Si la défloration est récente et surtout si elle a eu lieu avec quelque tiolence, on trouve les bords de la déchirure hyménéale saignants et frangés, et les parties molles environnantes sont le siège d'une inflammation plus ou moins intense. Ces phénomènes persistent pendant un temps très court, au bout duquel il est presque impossible de distinguer si la défloration est récente ou ancienne. Nous reviendrons un peu plus loin sur cette
1. * Deux hommes judicieux ayant épousé deux flUea de pudicité notable dans ia circonstance où l'hymen permet à une jeune fille le plaisir sans défloration, furent sur le point de quitter leurs femmes; mais les choses ayant changé de face, ils eurent grand'peine à rentrer dans une carrière qu'ils avaient parcourue •d'ubord'avec tant de facilité, et ils reconnurent l'injustice de leurs soupçons »,
A^/i ATTENTATS AUX MŒURS ET VIOL,
question, lorsque nous étudierons les désordres produits par la destruction de Thymen dans les cas de viol.
On sait que la défloration est presque toujours accompagnée d'un écoulement sanguin ; on connaît également l'importance accordée dans tous les temps à ce signe, et les soupçons plus ou moins justifiés auxquels son absence a donné et donne encore lieu. Rappelons seulement que, d'après la loi de Moïse, lorsque ce signe manquait, la jeune fille était punie de mort. Comme le fait spirituellement remarquer M. Tourdes, la faculté de la fraude tempérait sans doute la rigueur de la loi.
TRACES DE VIOLENCE ET AFFECTIONS LOCALES POUVANT SE RENCONTRER A LA SUITE DU VIOL ET DES ATTENTATS A LA PUDEUR.
La défloration étant le signe le plus important qui puisse révéler le viol, c'est sur ce point que l'expert portera tout d'abord ses investigations. Il aura à constater : i° l'absence ou la présence de la membrane ; 2o l'état des lambeaux et les traces de cicatrisation.
Sur 197 viols observés par Tardieu, la défloration complète a été rencontrée 155 fois et la défloration incomplète 42 fois. Cette série d'observations a démontré d'une manière manifeste l'influence de l'âge. La défloration complète, rare chez les enfants, s'est montrée plus fréquemment à mesure qu'on approchait de l'âge de 20 ans.
Les lambeaux de l'hymen peuvent se présenter sous des aspects variables qui tiennent à l'étendue et à la forme qu'avait cette membrane avant sa déchirure. La rupture s'opère souvent de haut en bas, de manière à laisser deux lambeaux, un de chaque côté de l'entrée du vagin. Cette disposition correspondrait à la forme labiale de l'hymen. Dans d'autres circonstances, la déchirure laisserait après elle trois et même quatre lambeaux, ce qui aurait lieu lorsque l'hymen affecte la forme semi-lunaire ou diaphragmatique.
Les lambeaux peuvent persister des mois et même des années sans subir de rétraction notable, si l'acte qui a produit la déchirure n'est pas suivi d'un commerce sexuel régulier. Dans le cas contraire, ils disparaissent et sont remplacés par les caroncules myrtiformes. Dans quelques cas, ils forment à l'entrée du vagin une espèce de bourrelet ou de repli muqueux.