‹ Manuel de médecine légaleChapitre 187 sur 353 · RESPONSABILITÉ DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DES ALIÉNÉS

Cette doctrine est certainement la seule qui puisse êtreadoptée par le médecin et qui soit conforme aux vrais principes de la science lorsqu'il s'agit des folies confirmées. Mais,. dans la pratique médico-légale, le médecin expert rencontre une foule de cas où il n'existe que des perversions du caractère, un abaissement du sens moral, des exagérations passionnelles. Pourrait-il conclure à l'irresponsabilité des auteurs d'un crime ou d'un délit, en l'absence de conceptions délirantes ? nous ne le pensons pas, son devoir est tout autre. Il doit mettre en relief tout ce qui constitue l'individu examiné dans un état d'infériorité mentale diminuant le pouvoir de résister à des sollicitations mauvaises. Il a le droit alors de demander que la responsabilité soit atténuée.

Nous n'oserions pas être aussi affirmatifs que Tardieu qui admettait « que la folie ne détruit pas toujours la liberté morale et la responsabilité, qu'elle n'enlève pas toujours auma-^ lade la conscience de certains actes coupables qu'il peut commettre ». Un aliéné peut très bien savoir que Tacte qu'il commet est coupable, mais si cet acte répond à des conceptions délirantes, il ne saurait y avoir de responsabilité. Unemère folle hésite longtemps à tuer ses enfants, parce qu'elle sait qu'elle va commettre un acte horrible ; mais l'idée qu'elle va les envoyer au ciel, qu'ils y seront éternellement heureux l'obsède, et triomphe de ses résistances. Il n'est pas possible delà considérer comme responsable, alors même qu'elle avoue qu'elle sait avoir mal agi. Pas plus qu'un aliéné qui frappe un gardien avec l'idée de s'évader n'est responsable du meurtre. Là, l'irresponsabilité est absolue, quelle que soit la préméditation, quels que soient les mobiles. Avec J. Falret nous pensons que folie et irresponsabilité sont deux termes qui se correspondent étroitement.

En dehors de la folie, dans les états de débilité mentale, par exemple, nous acceptons volontiers la doctrine de la responsabilité atténuée, telle que la comprenait Tardieu: ((J'ai bien des fois dit-il, fait triompher la doctrine de la responsabilité limitée, et je suis assuré que j'ai mieux servi de cette façon et les vrais intérêts des accusés et la dignité de la médecine, dont les avis ne sont tenus en mépris que lorsqu'ils veulent

la société médico-ppychologique. (Annales médico-psychologiques, ^* séné, 1. 11^ III ei IV, 1863-64).

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•s'imposer sans raison et sans mesure ». Cette opinion de notre savant maître représente en effet la tendance médico-légale de répoque ; c'est une sorte de compromis entre la science et la justice ; nous allons voir dans quelle mesure ce compromis peut être accepté pour sauvegarder à la fois les intérêts des .malades et la, dignité de la médecine et de la justice.

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