IV. — SÉQUESTRATION DES ALIENES
Ce n'est qu'en portant atteinte à la liberté d'action de Taliéné dangereux qu'on peut prévenir l'abus qu'il peut faire de cette liberté contre lui-même et contre autrui. De là, pour la société, le droit et le devoir d'intervenir, de séquestrer l'aliéné et de le placer dans des conditions spéciales de surveillance. « Un aliéné se trouve dans une position telle, dit Legrand du SauUe, qu'il peut, à un moment donné, commettre un crime, un •délit ou tout autre acte malfaisant : la société sait d'avance qu'elle ne peut ni se défendre, ni punir ; elle doit donc avoir à sa disposition des moyens simples, mais sûrs, de se prémunir 'et ne peut empêcher l'accomplissement des faits qui la troublent que par la séquestration appliquée à temps ^ »
Le principe de la séquestration n'est du reste contesté par personne, mais le point important est de déterminer le moment -où il devient nécessaire de priver l'aliéné de sa liberté. On ne peut établir à ce sujet aucune règle absolue. Les malades en apparence les plus calmes sont souvent les plus dangereux et peuvent commettre d'irréparables malheurs avant qu'on ait pensé à les séquestrer ; d'autres, très calmes dans un asile, deviennent dangereux dès qu'ils sont mis au contact de la famille et de la société. « Laisser le fou dans sa maison entouré des siens et de toutes les choses qu'il a l'habitude de voir et de manier, dit M. Albert Lemoine, c'est le laisser dans le milieu où sa folie est née, où elle se fortifie chaque jour, où elle a le moins de chance d'être guérie. »
1. Montpellier, 31 mai 1866. — Pour les arrêts rendus dans le même sens, voyez Montpellier, février 1837. Riom, 21 juin 1844, etc.
2. Consulter l'intéressante discussion qui a occupé la Société de médecine légale •€n 1870 il la suite du rapport de Gallard « sur les mesures à prendre contre les -aliénés dangereux ».
384 DIVERSES ESPÈCES d'aLIÊNATION MENTALE.
C'est la difficulté d'établir le moment précis où la séquestration est indispensable qui a donné lieu à tant de réclamations de là part de la presse. Quelques aliénés qui avaient été séquestrés, puis rendus à la liberté lorsque leur état mental était amélioré, ont dirigé leurs attaques contre l'administration et les médecins. Ils ont facilement trouvé un écho dans la presse et sont arrivés à passionner l'opinion publique. On se souvient de tout ce qui a été dit récemment sur le placement de M. da Puyparlier à Charenton, il n'est pas nécessaire de dire que la folie était dans ce cas des plus manifestes. Malgré les réclamations de la presse, on est encore à citer un seul cas de séquestration arbitraire depuis le fonctionnement régulier de nôtreloi sur les aliénés K
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette question et nous rappellerons que, au point de vue clinique, les principaux: signes qui révêlent la nécessité de la séquestration sont : l'excitation maniaque, les illusions pathologiques, les hallucinations, le délire restreint, les impulsions instinctives et la perversion des facultés affectives (Legrand du SauUe).
ARTICLE II
DES DIVERSES ESPÈCES b'aLIÉNATION MENTALE AU POINT DE VUE