‹ Manuel de médecine légaleChapitre 194 sur 353 · DES NÉVROSES. — ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

DES NÉVROSES. — ÉPILEPSIE

Le caractère et les habitudes des malades, fertiles en anomalies étranges, peuvent présenter des contrastes très saisissables et se distinguer par Timprévu et la soudaineté des irapulsions. '

Tout épileptique, sans être un aliéné, est volontiers un candidat à la folie.

Le crime non justifiable commis sous l'empire évident d'une crise épileptique entraîne Tirresponsabilité absolue.

Le malade qui a bien manifestement commis un attentat en dehors de l'attaque nerveuse, est partiellement responsable, mais il a droit, d'après l'examen de son état mental, à une pénalité sensiblement atténuée et en quelque sorte proportionnelle au degré de résistance morale qui a pu être opposé.

Lorsque le crime a été froidement calculé et qu'il porte avec lui son explication, l'auteur est responsable, surtout si les accès d'épilepsie sont rares et qu'ils n'ont point encore compromis le libre jeu de l'entendement.

Lorsqu'un crime tout à fait inexplicable et en complet désaccord avec les antécédents d'un prévenu qui n'est réputé ni épileptique, ni aliéné, vient d'être accompli avec une instantanéité insolite, il y a lieu de se demander et l'on doit rechercher s'il n'existerait pas des accès nocturnes et méconnus d'épilepsie.

Il importe de s'enquérir désormais si certains enfants aux instincts pervers, méchants ou féroces, ne seraient pas quelquefois affectés d'épilepsie nocturne.

Le médecin expert chargé de discerner l'état mental d'un épileptique doit s'appuyer sur les caractères et la marche des accès du délire, sur les caractères physiques et moraux des accès et sur les caractères des actes eux-mêmes accomplis pendant ces accès.

Les actes civils qui émanent des épileptiques non séquestrés et qui ont été consentis en dehors de toute crise nerveuse^ de tout accès d'égarement mental, doivent le plus habituellement être regardés comme valables.

Il y a lieu de rechercher si les enfants épileptiques ne sont pas plus particulièrement exposés à des sévices, à de lâches brutalités ou à d'odieux attentats de la part de leurs parents ou de leurs maîtres.

20 Hystérie. — Au même titre que l'épilepsie, l'hystérie

constitue un état mental particulier qui altère les facultés morales, atteint Ja volonté et peut provoquer des impulsions instinctives que le médecin légiste doit étudier avec le plus grand soin.

Quoi qu'il soit aujourd'hui démontré que l'hystérie n'estpoinl une maladie causée par la continence, il est incontestable qu'elle coïncide assez souvent avec une excitation morbide des organes génitaux et un certain dérèglement de l'imagination et des sens. Mais le signe vraiment caractéristique de la folie hystérique c'est la perversion des facultés affectives et de la sensibilité et ce besoin irrésistible de mentir. On ne saurait trop se tenir en garde contre les allégations de ces malades ; les médecins et les prêtres sont principalement exposés aux accusations les plus fausses et les plus graves. Il y a peu d'années, une jeune hystérique a porté des accusations calomnieuses contre des prêtres qui ont été compromis et disgraciés et contre les religieuses qui auraient servi d'intermédiaire dans les attentats dont elle se disait la victime. La fausseté des dénonciations a été reconnue, le père de la jeune fille s'est tué de désespoir et l'hystérique a été déclarée vierge par les professeurs de la faculté de Montpellier.

Les hystériques ont quelquefois une propension irrésistible au vol qui les amène assez fréquemment devant les tribunaux. La folie hystérique est également le point de départ des faits de démonomanie qui ont été si souvent observés dans les couvents et les maisons d'éducation, mais ces faits, quoique ayant une certaine importance en médecine légale, sont rarement soumis à l'appréciation des médecins légistes.

En somme on peut admettre qu'un état hystérique faible n'altère pas la liberté morale au point de rendre complètement irresponsable, mais que la folie dite folie hystérique est une aliénation dangereuse et entraîne nécessairement l'irresponsabilité absolue.

Dans un travail publié récemment (Aniiales médico-psych. septembre 1890) M. Pitres, de Bordeaux, émet l'opinion que les hystériques n'ont pas toujours conscience de leurs mensonges et sont de véritables aliénés.

Très fréquemment, en effet, les hystériques sont le jouet d'hallucinations sensorielles, dont le souvenir persistant peut devenir le point de départ de systématisations délirantes très complexes. , .

Page 1