DES NÉVROSES. — HYPNOTISME
Les autobiographies de quelques hystériques célèbres, les travaux de l'école de la Salpêtrière permettent d'en préciser les caractères cliniques : leurs hallucinations sont habituellement visuelles, mobiles, fortement objectivées, souvent erotiques, et accompagnées de phénomènes douloureux persistants ; leur souvenir reste ineffaçablement gravé dans la mémoire des malades qui en sont atteints, et elles peuvent être la cause d'auto-suggestions à effets persistants.
Les tribunaux ont souvent à s'occuper des hystériques. Tout récemment, M. Grasset a publié l'histoire d'une hystérique, dont la rouerie avait failli avoir de graves conséquences {Montpellier médical j 1889). Lorsqu'une accusation repose uniquement sur le témoignage d'une hystérique, il ne jfautpas s'obstiner à trouver un coupable dans l'accusé, ou une menteuse dans l'accusatrice. Il faut se rappeler que, dans la grande majorité des cas, les hystériques qui dénoncent des innocents racontent des aventures invraisemblables ou se posent en victimes d'outrages irréalisés, sont sincères dans leurs dépositions, que ce sont des hallucinées, et non pas de vulgaires simulatrices.
3^ Hypnotisme. — A notre avis l'hypnotisme, auquel le public attache une importance trop considérable, n'est qu'une variété de l'hystérie.
Quoi qu'il en soit, cet état, fort mal défini et encore trop peu connu, tend à prendre sa place en médecine légale. Dans un rapport relatif à l'examen mental d'une criminelle i, MM. Motet, Brouardel et Ballet ont exposé les conditions dans lesquelles la lille Bompard pouvait être mise en état d'hypnotisme et subir des suggestions. Quoique concluant à la responsabilité de la coupable, les experts n'en fournissaient pas moins à la défense un argument d'une grande valeur.
Nous ne pensons pas qu'on puisse, dans l'état actuel de la science, considérer comme irresponsables des individus ayant commis des actes délictueux étant sous l'influence de la suggestion hypnotique, alors même qu'il peut être démontré que les individus sont hypnotisables. On rendrait ainsi irresponsables une certaine catégorie d'individus qui, placés ainsi
<. Affaire Eyraud-Bonipard, assassinat de l'huissier Gouffé. Cour d'assises de la Seine, décembre 1890.
■390 DIVERSES ESPÈCES d'aLIÉNATION MENTALE.
hors la loi, pourraient commettre impunément tous les crimes.
Cette the'orie serait d'autant plus désastreuse que les hypnotiques, comme les hystériques, sont le plus souvent simulateurs et menteurs.
4° Hypochondrie. — Tardieu et plusieurs auteurs ont rapporté quelques observations ayant trait à des individus chez lesquels les préoccupations de leur santé physique avaient fini par altérer les facultés affectives au point de les amener à des actes insensés et à des violences dont ils n'étaient pas responsables. C'est ainsi qu'un étudiant en médecine atteint d'une affection nerveuse hypochondriaque, ayant été refusé à un examen, se rendit chez un de ses juges et le menaça d'un coup de pistolet. Dans un autre cas, il s'agit d'un hypochondriaque qui détourne une somme considérable de la caisse qui lui était confiée. Il y a donc lieu d'admettre que, dans des ^as très rares il est vrai, l'hypochondrie peut être la source ■de désordres intellectuels graves qui doivent provoquer l'irresponsabilité.
o^ Folie des femmes enceintes, des nouvelles accou- <^llées et des nourrices. — Nous avons déjà examiné ces questions à propos de la grossesse et de l'infanticide (page 75 et 156) et nous avons vu que la grossesse n'engendre ni la monomanie -du vol ni celle du meurtre, mais qu'elle peut déterminer, dans d^s cas très rares, des impulsions instinctives et entraîner la femme à commettre des délits et môme des crimes. C'est au médecin légiste à examiner ces cas, et il devra, lorsqu'une femme invoque la grossesse pour excuser un délit ou crime, faire abstraction de ce fait pour se livrer à un examen approfondi de l'état mental, en se rappelant que la vérité ressortira bien plus des circonstances qui ont précédé ou accompagné l'acte incriminé que du fait de la grossesse qui ne servira jamais de preuve directe (Tardieu, Marcé).
On a souvent recours à la folie pour excuser l'infanticide chez les nouvelles accouchées, mais la folie transitoire et le délire instantané qu'on invoque dans ces cas ne sauraient être admis. Une semblable doctrine impliquerait nécessairement l'acquittement de toutes les femmes qui commettent un crime au moment où elles viennent d'accoucher ; il importe donc de