SOMNAMBULISME
défenseurs, et il est admis que les actes accomplis pendant le somnambulisme ne sauraient être imputés aux individus qui les commettent.
Vétat intermédiaire au sommeil et à la veille, que Gasper a désigné sous le nom dîivresse du sommeil, peut donner lieu à quelques considérations médico-légales. Un jeune homme était descendu dans un hôtel de Lyon dans la nuit du i^"" janvier 1843. Tout à coup il se réveille en sursaut; il pousse des cris, l'hôtelier se présente, il se jette sur lui et lui fait de profondes blessures ; on le désarme et on l'arrête ; il affirme qu'il rt vu et entendu Taubergiste donner la mort à deux personnes dans la chambre voisine, et qu'il a voulu courir à leur secours ; il persiste énergiquement dans ses déclarations. Après une instruction, une ordonnance de non-lieu a été rendue en sa faveur.
D'après Briand et Chaude, à qui nous empruntons ce fait, l'homme qui passe du sommeil à la veille ne jouit pas tout de suite du libre et complet exercice de ses sens. Pour peu que le réveil soit brusque, les premiers objets que nous voyons sont modifiés par les idées antécédentes, et nous sommes déjà en état d'exécuter des mouvements avec une certaine précision, que nos sens ne sont pas encore complètement éveillés ; et souvent ces mouvements se rapportent non pas à notre état réel, mais à celui dans lequel nous croyons être en mêlant aux idées qui nous ont occupé les sensations obscures des objets qui nous environnent réellement. Il faut donc, lorsque des actes criminels sont commis dans ces conditions, qu'un examen attentif du caractère de l'individu, de l'intérêt qu'il peut avoir et de toutes les circonstances du fait, éclaire la conscience des magistrats et des jurés (Briand et Chaude). La question du somnambulisme s'est singulièrement compliquée de nos jours. Le somnambulisme soit spontané, soit provoqué, pendant lequel les hypnotisés ont subi des violences ou bien ont commis des actes qualifiés crimes ou délits, a donné lieu à des expertises médico-légales des plus intéressantes. Nous ne saurions entrer dans le détail des recherches que suppose un rapport médico-légal sur de pareils faits. Mais, ce que nous devons dire, c'est que, avant tout, le médecin devra se préoccuper de constater l'existence ou l'absence d'accès antérieurs, et se souvenant que les sujets facilement hypnotisables sont des névropathiques, des hystériques, il s'assurera qu'il existe
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des troubles appartenant aux névroses. Puis, avec une prudence, une réserve extrême, il reproduira les phénomènes du somnambulisme provoqué, se mettant surtout en ^arde contre les supercheries, les causes d'erreur. Nous avons parlé de l'hypnotisme dans un article précédent (page 389).
§ 4. — Des délires résultant de certaines intoxications .
Un assez grand nombre de substances toxiques déterminent un délire aigu pendant lequel l'individu qui en est atteint perd le contrôle de ses actes. Parmi ces substances nous n'avons à nous occuper ici que de celles dont l'emploi continu et prolongé a déterminé un état mental caractérisé ; les plus importantes de cette catégorie sont l'alcool, la morphine et la cocaïne.
do Ivresse et alcoolisme. Delirium tremens. — Nousavons peu à nous occuper de l'ivresse qui est un fait volontaire et qui loin d'avoir le privilège de l'excuse légale constitue plutôt une circonstance aggravante du crime et de la pénalité. L'Assemblée nationale de 1871, justement émue des progrès de l'alcoolisme, a dicté une excellente loi répressible, car l'état d'ivresse est le plus souvent volontaire et ses conséquences possibles échappent aux prévisions humaines.
Mais si l'ivresse n'est pas la folie, elle y conduit d'une manière certaine lorsqu'elle dégénère en habitude. L'état morbide qu'elle engendre alors est V alcoolisme ou folie alcoolique. «. Sous ce nom, dit Legrand du Saulle, on décrit les différentes formes de l'aliénation mentale qui sont la conséquence de l'usagehabituel des boissons fermentées. La folie alcoolique diffère de l'ivresse. L'une est le résultat immédiat d'une intoxication aiguë; l'autre est une des manifestations symptomatiques de l'alcoolisme chronique, — elle peut au contraire se présenter avec une allure extrêmement aiguë ; — mais qu'elle soit aiguë, subaiguë ou chronique, elle ne se développe que chez des sujets qui depuis longtemps font un usage abusif des liqueurs alcooliques. »
L'état qu'on désigne sous le nom de delirium tremens ne constitue pas la véritable folie alcoolique, mais un état passager résultant de l'empoisonnement alcoolique chez lesindivi-
MORPHINE ET MORPHINOMANIE. 397
dus qui par passion ou habitude boivent fréquemment et avec ■excès. Il est bon de remarquer qu'il se manifeste moins chez les gens qui s'enivrent souvent mais qui restent sobres dans rintervalle de leurs excès que chez ceux qui prennent chaque jour une quantité d'alcool exagérée mais insuffisante pour produire Tivresse.
Le malade atteint de delirium tremens est agité, il crie, menace, gesticule et on est le plus souvent obligé de le maintenir. La voix est tremblante, l'œil brillant et injecté, le pouls petit, non fébrile ; l'insomnie est complète pendant toute la durée de Taccès ; le malade est en proie à des hallucinations de la vue qui le jettent dans une épouvante indéfinissable ; il voit des animaux, des rats, des chiens, des chats qui courent sur son lit, quelquefois des fantômes et des spectres.
Ces accès récidivent presque inévitablement et les individus qui y sont sujets ne tardent pas à être atteints de folie alcoolique ; ils deviennent maniaques ou déments ou finissent par succomber à une paralysie générale (Tardieu).
La forme subaiguë de la folie alcoolique est caractérisée par un délire mélancolique, accompagné d'hallucinations terrifiantes et d'idées de persécution, mais le délire des persécutions d'origine alcoolique conduit beaucoup plus rarement que le délire des persécutions idiopathiques à des attentats ■contre les personnes (Legrand du Saulle).
I/individu atteint de delirium tremens et de folie alcoolique «st un aliéné véritable et par conséquent irresponsable. '
2° Morphine et morphinomanie. — L'abus de la mor- ]thine. qui a pris pendant ces dernières années une importance onsidérable, détermine des symptômes qui, dans leur ensemble, présentent quelque analogie avec ceux de Falcoolisme.
Chez ceux qui en font un usage continu la morphine ne détermine pas des effets hypnotiques, mais une sorte de stimulation, de bien-être passager semblable à celui que produit l'alcool. Elle devient alors un stimulant indispensable ; lamorphinomane commettra des vols, se privera de manger, se prostituera pour obtenir son toxique.
Prise à. petites doses quotidiennes (de o à 15 centigr.), la morphine peut être employée pendant des années sans déterminer des symptômes graves. Nous avons observé des femmes atteintes d'afTections utérines, qui prennent depuis 15 ans en-
viron 10 centigrammes de morphine sans présenter aucun symptôme morbide. Les tentatives de suppression de ce médicament faites chez ces malades nous ont démontré qu'elles ne pouvaient conserver la santé qu'à ce prix.
Mais ce sont là des exceptions. La plupart des individus qui ont pris l'habitude de la morphine élèvent graduellement lesdoses et arrivent à prendre jusqu'à 1 gr. 50 de toxique par jour.
C'est alors que surviennent les symptômes qui peuvent placer le morphinomane parmi les aliénés.
Passant par des alternatives de dépression et d'excitation, le morphinomane perd graduellement le sentiment de sa responsabilité ; le seul désir impérieux qu'il manifeste est celui de se procurer le toxique qu'il croit indispensable à son existence. Il commet pour cela des vols qui l'amènent souvent devant les tribunaux.
Nous pensons que, dans ces conditions, le morphinomane* est dans un état de trouble intellectuel qui ne lui permet pas d'apprécier la valeur de ses actes.
Nous avons été le premier à signaler ^ l'action spéciale que la morphine exerce sur les organes génitaux de la femme. Prise à doses quotidiennes dépassant 10 centigrammes, cette substance supprime la menstruation et fait disparaître tout désir vénérien. Elle produit une sorte de ménopause artificielle. Ce point peut présenter une certaine importance en médecine légale.
3° Cocaïne et cocaïnomanie. — La cocaïne n'est guère employée que par des morphinomanes ou des névropathes dans un but thérapeutique. Mais les symptômes aigus qu'elle détermine rapidement ne permettent pas longtemps son emploi.
Nous avons été le premier à signaler ces symptômes en 1886 sur des malades à qui des médecins avaient administré de la cocaïne dans le but de les guérir de la morphinomanie.
Administrée par la voie hypodermique à la dose de 10 centigrammes, la cocaïne produit rapidement un état mental caractérisé par du délire aigu, des hallucinations qui enlève aux: malades toute responsabilité de leurs actes.