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Article aliénés, vol. III, première série

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lignes singulièrement disposées, des barbouillages indéchiffrables, telles sont les modifications que l'aliénation mentale imprime le plus souvent à l'écriture. La rédaction a également une grande importance. A côté des phrases embrouillées et incompréhensibles se trouvent des passages d'une remarquable lucidité : les écrits de l'aliéné offrent Timage du désordre et de rincohérence de ses idées. Il faut tenir compte, en examinant ces documents, du degré d'instruction et de l'écriture» ordinaire du malade.

2o Interrogatoire. — On recommande avec raison de ne procéder à l'interrogatoire qu'après l'enquête, c'est-à-dire lorsque les renseignements auront fait connaître les idées habituelles de l'aliéné et fait soupçonner son genre de folie. « L'attitude de l'expert, dit Linas, doit être celle d'un médecin et non d'un juge d'instruction. Tous ses efforts doivent tendre à dissiper les défiances et les craintes du malade, à fixer son esprit distrait ou préoccupé. De la précision et de la clarté dans les questions, de la simplicité dans le langage, de la bienveillance et de la douceur dans les paroles et dans les manières, beaucoup d'habileté, de tact et de finesse, de la fermeté au besoin; dans des cas rares et exceptionnels, l'intimidation et la menace : telles sont les qualités et les dispositions qu'il convient d'apporter dans l'interrogatoire des aliénés. »

11 faut autant que possible adresser des questions en rapport avec les habitudes et l'éducation des malades, de façon à les amener sur le sujet de leur délire. Dans les cas de folie rémittente, le malade peut avoir momentanément recouvré la raison ; il faudra alors renouveler l'interrogatoire à un autre moment.

L'expert ne doit pas se borner à l'interrogatoire, qui ne peut toujours fournir des résultats suffisants. 11 faut soumettre l'aliéné à une observation directe et continue, remonter à l'origine de sa folie et aux causes qui ont pu la produire. Parmi ces causes, la plus importante au point de vue médicolégal est sans contredit Vhéréditc.

3° Examen direct de Paliéné. — 11 faut considérer l'état mental et surtout l'état somatique.

A. État mental, — D'après Tardieu, cet examen doit porter LVTAVJ>rM4d, lég, • 26

sur trois ordres de faits : 1° les troubles des fonctions intellectuelles ; 2° la perversité' des facultés affectives et des instincts ; 3° l'altération des fonctions sensoriales.

Le trouble des fonctions intellectuelles consiste tantôt dans un désordre général marqué par des conceptions délirantes avec abolition complète du jugement, de la mémoire et de la conscience ; tantôt, ce qui est le cas le pluscommun, dans un désordre partiel des facultés de l'entendement. Au point de vue médico-légal, le résultat le plus direct et le plus immédiat du désordre des facultés intellectuelles est une perversion de la volonté et un trouble dans les actes provenant, soit de l'absence de direction soit de la direction fausse que leur impriment des idées incohérentes ou erronées.

Les troubles des facultés affectives sont constants dans la folie. Il n'est pas d'aliéné qui n'éprouve une altération plus ou moins considérable des facultés affectives et des instincts. Les sentiments les plus naturels sont abolis ou pervertis, et l'instinct même de la conservation est quelquefois aboli.

Les troubles des fonctions sensoriales sont les plus singuliers et les plus caractéristiques de la folie ; les plus importants ■sont les hallucinations et les illusions.

V hallucination est un trouble de la partie du cerveau qui perçoit habituellement, trouble tel que, sans impression ni transmission, elle se trouve spontanément dans l'état d'activité causée par ces dernières et de la sorte détermine les pensées et les actes suscités par une sensation réelle et complète. L'hallucination^ dit Esquirol, est un phénomène cérébral ou psychique qui s'accomplit indépendamment des sens et consistant en des sensations externes que le malade croit éprouver, bien qiCaucun agent extérieur n^ayisse matériellement sur ses sens. Un homme voit un être fantastique alors qu'aucun objet -apparent n'est devant ses yeux, il entend une voix alors qu'aucun son ne frappe ses oreilles : tel est l'halluciné.

Les hallucinations peuvent occuper tous les sens, l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, soit isolément soit tous à la fois et successivement, quel que soit l'état organique des organes des sens, mais celui de Fouie l'est plus souvent que les autres.

Contrairement à ce qui a lieu dans l'hallucination, Villusion ne peut se produire sans la présence d'un objet extérieur.

Ainsi, un homme est halluciné, si, plongé dans les ténèbres il croit voir un ennemi ; un autre a une illusion s'il reconnaît

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<îet ennemi dans un ami, un parent qui lui sont chers. Tous deux manifestent le même phe'nomène ce're'bral, mais aucun objet ne frappe pre'sentement la vue du premier, tandis que c'est la pre'sence d'une personne qui, chez le second, réveille Fide'e d'ennemi.

En somme, dit M. Calmeil, le me'decin expert chargé de la constatation de l'état mental d'un individu se rappellera que les hallucinations, les illusions erronées, les faux jugements, l'aliénation des facultés morales, le désordre de la volonté constituent les principaux éléments de la folie.

B. État nomatîque. — Pour obtenir une notion aussi exacte que possible de la folie, il faut que les recherches portent non seulement sur les phénomènes psychologiques, mais encore sur les caractères physiques et sur l'ensemble de l'organisme. En un mot, il faut étudier avec le plus grand soin les signes somatiques fournis par l'aliéné.

Ces indications ont été très bien résumées par Linas dans l'article que nous avons cité plus haut. Le maintien, l'attitude, la démarche, les gestes, la tenue des vêtements, la malformation du crâne, la physionomie, l'expression du regard, les détails et l'ensemble des traits du visage et de l'habitude extérieure, laissent percer plus d'une fois, aux yeux d'un observateur exercé, la marque non équivoque de la folie.

La circulation et la température sont diminuées dans l'eniJiourdissement mélancolique et augmentées dans l'agitation maniaque ; la sensibilité générale est exaltée ou pervertie chez les monomanes, et émoussée jusqu'à l'analgésie dans la stupeur lypémaniaque. Les spasmes, les tressaillements, les -oubresauts musculaires, les paralysies partielles du sentiment «'t de la motilité, indiquent une altération grave des centres nerveux; l'embarras delà parole, la dilatation inégale des pupilles, la déviation permanente de la luette, l'incertitude et l'ataxie des mouvements, appartiennent à la folie paralytique. Eniin on tiendra compte de tous les symptômes qui se rattachent plus ou moins directement à l'aliénation mentale: vertiges, éblouissements, manifestations névropathiques et cutanées. On recherchera les morsures de la langue, indices de l'épilepsie, et les autres traces de cicatrices qui peuvent témoigner d'une ou plusieurs tentatives de suicide.

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Hésumé du chapitre IX.

La législation relative aux aliénés a été définitivement fixée par la loi du 30 juin i848.

Cette loi détermine les conditions que doivent réunir les établissements privés et publics d'aliénés.

Ces établissements sont à la charge du département et sont placés sous la direction ou la surveillance de Fautorité publique.

La loi distingue deux sortes d'aliénés : ceux dont la folie est inoifensive et ceux dont l'aliénation compromet l'ordre public et la sécurité des personnes. Cette distinction entraîne deux sortes de placements : les placements volontaires et les placements d'office.

Les placements volontaires sont faits à la requête des malades ou de leur famille.

Les placements d'office sont ordonnés par les préfets, et, en cas de danger imminent, parles commissaires de police et les maires.

Ces placements sont entourés de toutes les garanties nécessaires. Les chefs d'établissements publics ou privés ne peuvent recevoir un malade s'il ne leur est présenté un certificat de médecin constatant les particularités de la folie et la nécessité de la séquestration.

Ce certificat ne peut avoir plus de quinze jours de date ni être délivré par un médecin attaché à l'établissement ou parent, ou allié au second degré du chef ou propriétaire de l'établissement ou de la personne qui fera effectuer le placement.

D'autres médecins sont ensuite chargés de visiter dans le trois jours toute personne placée dans un établissement privé et de faire un rapport sur son état mental.

L'appréciation médico-légale de la capacité des aliénés. €St nécessaire dans plusieurs circonstances, mais principar

lement dans les questions relatives à Tinterdiction, au mariage et aux donations.

D'après la loi, Vinlerdiction peut être demand ée pour cause d'imbécillité, de démence ou de fureur.

L'interdiction n'est prononcée que sur la présentation d'un certificat de médecin et après que l'individu a subi un interrogatoire devant le tribunal.

Le conseil judiciaire est une sorte de demi-interdiction qui s'applique aux. individus qui ne sont pas jugés assez sains pour jouir de la plénitude de leurs droits civils. Elle peut avoir lieu sans l'intervention médicale.

Un mariage peut être déclaré nul lorsqu'un des conjoints n'a pu donner un consentement valable par suite de Taltération de ses facultés. Le médecin légiste doit, dans ce cas, apprécier l'état mental de Pindividu au moment où l'acte a été accompli, et c'est là une lâche souvent difficile.

c Pour faire une donation entre-vifs ou un testament, il faut être sain d'esprit. »

Les principaux étatspathologiques qui peuvent enchaîner la liberté d'esprit du donataire et, par suite, donner lieu à des invalidations sont : l'agonie, la paralysie générale^ l'apoplexie, Taphasie, la mélancolie, le délire des persécutions, etc.

Les actes accomplis par un aliéné pendant les interval' les lucides que lui laisse la maladie sont généralement validés par les tribunaux.

L'aliénation mentale entraîne non seulement Tincapacité politique et civile, mais encore V irresponsabilité des actes. Il n'y a ni crime ni délit, dit la loi, lorsque le prévenu était en état de démence au moment de l'action.

Deux doctrines sont en présence : la doctrine de Virresponsabilité absolue et la doctrine de V irresponsabilité partielle.

La première doctrine est généralement admise par les médecins aliénistes, mais elle rencontre une grande oppo-

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sition dans la magistrature, ce qui tient à ce que certaines formes d'aliénation mentale, très reconnaissables pour le médecin, ne le sont pas pour les juges et les gens du monde.

L'irresponsabilité partielle telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui est contraire aux principes de la justice et de la science. Un aliéné ne doit pas subir une condamnation au même litre et dans les mêmes conditions qu'un délinquant ordinaire.

Il importe de créer, pour les aliénés susceptibles de répon^ dre dans une mesure restreinte de la moralité de leurs actes, non pas une juridiction spéciale, mais des établissements spéciaux dans lesquels ils seraient soumis à une séquestration plus ou moins longue.

Les questions de responsabilité partielle se présentent surtout dans les états morbides, qui, tout en engendrant des impulsions irrésistibles, ne présentent pas d'une manière constante les caractères de la folie. Tels sont l'alcoolisme, l'épilepsie et l'hystérie.

Malgré l'incertitude de la jurisprudence actuelle, on doit considérer Taliéné comme civilement responsable du dommage qui peut résulter de ses actes.

On peut diviser, au point de vue médico-légal, les affections mentales en trois groupes (Tardieu).

Le premier comprend les espèces de folie caractérisées par la faiblesse d'esprit : démence^ idiotie, imbécillité.

Le second comprend les espèces de folie caractérisées par les impulsions instinctives : epilepsie, hystérie, hypochondrie, alcoolisme, morphinomanie, folie des femmes enceintes et des nouvelles accouchées.

Le troisième comprend les espèces de folie exerçant sur les actes des influences variées : manie, monomanie, délire des persécutions, mélancolie, paralysie générale, somnambulisme.

La démence est caractérisée par l'affaiblissement de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté.

L'idiotie consiste dans l'arrêt de développement des facultés intellectuelles et affectives.

L'imbécillité est le premier degré de l'idiotie.

Vépilepsie et le vertige épileptique peuvent retentir sur les facultés morales et affectives. Le crime non justiciable commis sous l'empire évident d'une crise épileptique entraîne l'irresponsabilité absolue.

Comme Tépilepsie, Y hystérie peut provoquer des impulsions instinctives et entraîner l'irresponsabilité.

Dans quelques cas très rares, V hypochondrie peut être la source de désordres intellectuels graves et provoquer l'irresponsabilité.

L'ivresse est un fait volontaire qui, loin d'avoir le privilège de Texcuse légale, constitue plutôt une circonstance aggravante du crime.

La folie alcoolique résulte de l'usage habituel et excessif des bois«ons fermentées.

Le deliriiim tremens est un état passager résultant de Tempoisonnement alcoolique chez les individus qui boivent fréquemment et avec excès.

L'individu atteint de delirium tremens et de folie alcoolique doit être considéré comme un véritable aliéné. Il est pa^ conséquent irresponsable.

La marne est caractérisée par une surexcitation générale et permanente des facultés intellectuelles et morales. Dans la monomanie, le délire est partiel et roule sur un seul objet.

La mélancolie ou lypémanie est caractérisée par des idées délirantes de nature triste et par de la dépression portée parfois jusqu'à la stupeur.

La paralysie générale est une affection lente, caractérisée par des troubles de l'intelligence et qu'un délire spécial, ambitieux ou mélancolique, aide principalement à reconnaître.

L'individu en état de somnambulisme peut accomplir des actes criminels et n'en conserver aucun souvenir à son réveil.

Les procédés de diagnostic médico-psychologique sont

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au nombre de trois r l'enquête, l'interrogatoire, Texamen direct.

L'enquête consiste à prendre tous les renseignements relatifs aux circonstances et aux détails particuliers de l'acte imputé.

L'interrogatoire vient après Tenquête. On doit autant que possible adresser au malade des questions en rapport avec son éducation et ses habitudes.

L'examen de l'aliéné doit porter sur l'état mental et sur l'état somatique.

Pour l'examen de l'état mental, il faut considérer trois ordres de faits : j° les troubles des fonctions intellectuelles ; 2° la perversion des facultés affectives et des instincts; 3° l'altération des fonctions sensoriales.

Parmi les signes somatiques, on recherchera les symptômes physiques qui se rattachent plus ou moins directement à l'aliénation mentale : paralysies, troubles du sentiment et de la motilité, vertiges, éblouissements, dilatation de la pupille, etc.

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