ACIDES CONCENTRÉS
2° Acide chlorhydrique. — Cet acide moins employé que les acides sulfurique et nitrique, est e'galement un poison énergique. A la dose de 15 grammes, il peut donner la mort à un adulte.
Les symptômes et les lésions sont à peu près l'es mêmes que pour Tacide sulfurique. Les vomissements ont généralement une coloration couleur de café analogue à celle que Ton observe chez les individus atteints de cancer stomacal. -L'haleine des malades est extrêmement acide ; elle est parfois fumante, et, dans ce cas, elle donne des vapeurs blanches abondantes au contact de l'ammoniaque. Les eschares sont blanches, et on n'observe pas de perforations de Testomac, comme cela arrive quelquefois avec l'acide sulfurique.
Le traitement est le même que pour l'acide sulfurique.
3° Acide azotique. — L'aide azotique du commerce (acide à 26 degrés), appelé vulgairement eau-forte, est la cause de fréquents empoisonnements.
Symptômes. — Les mêmes que pour l'acide sulfurique. L'ingestion de cet acide détermine sur les lèvres des taches jaunes caractéristiques, et les vomissements sont quelquefois mélangés de débris de muqueuse gastrique et œsophagienne, ce qui tient à la grande énergie du poison.
Les lésions présentent la plus grande analogie avec celles que produit l'acide sulfurique. La muqueuse de l'œsophage offre l'aspect d'un tissu graisseux de couleur orangée ; la muqueuse intestinale est boursouflée, parsemée de corps jaunes. Toutes les parties corrodées par l'acide nitrique présentent une coloration jaune orangé.
Traitement, — Comme pour l'acide sulfurique.
4° Acide acétique concentré (vinaigre radical). — dO à 12 grammes de cet acide suffisent pour accasionner la mort.
Symptômes et lésions. — On observe au pourtour de la bouche des taches brunâtres en partie desséchées, ce qui les distingue de celles produites par l'acide sulfurique, qui sont humides. La langue est noire et contractée, et les matières contenues dans l'estomac sont semblables à de la suie humide.
0° Acide oxalique. — Cet acide est très rarement employé dans l'empoisonnement criminel, mais il est souvent ingéré LUTAUD, Méd. lég. 31
par erreur à la place du sulfate de magnésie, du sulfate de soude ou de la crème de tartre^ 8 à 10 grammes suffisent pour produire la mort.
Symptômes. — Si l'acide a e'té pris en solution concentre'e, on observe des douleurs violentes à la gorge et àFépigastre, des vomissements de matière sanguinolente et une sensation de spasme et de suffocation. Si la solution est e'tendue, on n'observe que des symptômes généraux : les malades tombent dans le collapsus, le pouls se ralentit et devient imperceptible, la peau devient froide et visqueuse, et les extrémités des ongles prennent une coloration d'un gris de plomb. La mort survient très rapidement dans les deux cas.
Lésions cadavériques. — Les muqueuses de la bouche, de l'œsophage et de l'estomac sont blanches, ramollies et dépouillées de leur épithélium. L'estomac présente des érosions et contient un liquide brunâtre, couleur de café. On trouve généralement une coloration vermeille du sang et de tous les tissus pourvus d'un système capillaire très apparent.
Traitement. — Il faut administrer de la craie en suspension dans de l'eau ou de la magnésie pour transformer la substance vénéneuse en oxalate de chaux ou de magnésie qui sont presque insolubles. On emploiera l'opium contre la douleur et les accidents nerveux et l'alcool pour diminuer la prostration. Lorsque l'acide a été ingéré en solution concentrée, l'usage de la pompe stomacale et des vomitifs est contre-indiqué à cause du ramollissement de l'estomac.
6^ Acide tartrique. — L'empoisonnement par cet agent est très rare. Taylor rapporte l'observation d'un individu qui succomba neuf jours après avoir pris 30 grammes d'acide tartrique au lieu d'un purgatif. Devergie et Bayard ont attribué la mort à l'ingestion de cet agent dans un cas d'empoisonnement criminel qui a donné lieu à de vives controverses ^.
Lésions cadavériques. — Dans le cas observé par Devergie, la muqueuse de la bouche et de l'estomac était blanchie ; celle de l'estomac présentait des arborisations et des ecchymoses et contenait un liquide rougeâtre et violacé. Le sang était fluide
1 . M. Hardy, chef des travaux chimiqaes de l'Académie de médecine a succombé (septembre 1890) à un empoisonnemeni accidentel par l'acide oxalique.