PHOSPHORE
« 1® Aussitôt après l'ingestion de la substance vénéneuse, et parfois au moment même de cette ingestion, la victime éprouve des éructations alliacées et phosphorescentes. Puis, au bout de quelques heures, de cinq à six par exemple, elle ressent une douleur brûlante à Tépigastre, douleur qui se propage dans l'abdomen. L'estomac et le ventre sont excessivement sensibles; il y a dumétéorisme. Il survient des renvois de gaz ayant une odeur alliacée, et, le plus souvent, des vomissements de matières contenant du phosphore, ayant une odeur forte, et lumineuses dans l'obscurité. Ces vomissements s'accompagnent de selles diarrhéiques offrant les mêmes caractères. Il est rare que ces matières vomies et les selles soient sanguinolentes dans cette première série de symptômes.
« 2° La substance toxique se trouve déjà diffusée dans l'organisme. A ce moment, le patient peut succomber rapidement dans le collapsus, par syncope, ou dans les convulsions, comme s'il s'agissait d'une intoxication par l'oxyde de carbone ou l'acide cyanhydrique. Mais, en général, les choses se passent de la manière suivante : L'haleine, la sueur et l'urine, qui naguère n'avaient pas d'odeur alliacée et n'étaient pas phosphorescentes, acquièrent souvent cette odeur et luisent dans l'obscurité, ce qui prouve d'une manière frappante la pénétration du poison dans le sang, car on observe la même chose chez les animaux dans lesquels on a injecté de Fhuile phosphorée. Puis il se manifeste une dépression considérable de toutes les fonctions, dépression précédée en général d'une excitation de courte durée. Ainsi le pouls, d'abord fort et fréquent, devient petit, insensible, souvent irrégulier ; la respiration, d'abord accélérée, devient pénible, faible, stertoreuse ; la température, qui s'était d'abord élevée, s'abaisse d'une manière considérable ; les muscles, qui étaient souvent atteints de tremblements, se paralysent ; de sorte que non seulement les mouvements sont difficiles, mais qu'il survient parfois des selles involontaires, par suite de la paralysie du sphincter anal. Enfin, aux douleurs violentes de l'épigastre et de l'abdomen pendant la première période, aux crampes qui se produisent pendant la seconde période, après la pénétration du poison dans la profondeur de l'organisme, aux sensations de fourmillement, succède une anesthésie parfois complète (Rabuteau). »
Victère, l'albuminurie, la stéatose des organes et autres
symptômes qui indiquent le trouble de la nutrition surviennent ensuite vers le troisième ou le quatrième jour. Enfin la mort arrive, quelquefois précédée de convulsions, mais le plus souvent dans le collapsus ou le coma. Lorsque la terminaison funeste n'a pas lieu à la fm de la première période, elle survient vers le huitième ou le dixième jour.
Tardieu a signalé une forme nerveuse de cet empoisonnement dans laquelle l'excitation générale domine jusqu'à la mort, puis une forme chronique ou hémorrhagique dont la terminaison a lieu après deux ou trois semaines. Cette dernière forme est caractérisée par des hémorrhagies fréquentes (taches pétéchiales àla peau, selles sanguinolentes, épistaxis, métrorrhagies, etc.).
FiG. 8. — 4, fibre musculaire striée normale ; 2. faisceaux de fibres musculaires lisses normales; 3, fibres-cellules; 4, granulations interstitielles ; 5, fibre musculaire graisseuse.
Lésions cadavériques. — Dans certains cas où la mort est survenue rapidement, on retrouve dans l'estomac ou dans les intestins du phosphore solide facilement reconnaissable à son odeur alliacée et aux lueurs qu'il dégage dans l'obscurité. La membrane muqueuse de l'estomac est rouge et enflammée, parsemée de taches noires et ardoisées, rarement perforée ; mais la lésion la plus importante, après la congestion des reins, est la dégénérescence graisseuses des organes (stéatose), particulièrement du foie.
Lorsqu'on étudie au microscope les lésions de la stéatose,