MERCURE
on trouve les cellules du foie remplies de granulations et de gouttelettes graisseuses très abondantes (fig. 7). Les fibres musculaires striées sont granuleuses etontperdu leur striation. Le rein subit également des altérations remarquables qui expliquent Falbuminurie ; les cellules épithéliales des tubuli et des glomérules de Malpighi se remplissent de graisse ou disparaissent complètement (fig. 9).
Le sang est noir et ne donne au spectroscope que la raie unique de Thémoglobine réduite.
Traitement. — Faire vomir avec le sulfate de cuivre, qui est réduit en phosphure de cuivre ; purger avec delà magnésie ; éviter le lait, les purgatifs huileux et les matières grasses, qui favorisent l'intoxication en dissolvant le phosphore.
Pour les recherches chimiques relatives au phosphore, voyez la Chimie légale.
Fig. 9. — 1, tube urinifère normal ; 2, tube desquamé graisseux.
30 Mercure. — Ingéré à Tétat métallique en grande quantité, le mercure ne produit d'autres accidents que ceux qui résultent de son poids ; il n'agit comme poison que lorsqu'il a été trituré avec des substances pulvérulentes, grasses ou visqueuses.
Tous les sels de mercure sont, au contraire, très vénéneux ; le plus connu d'entre eux et le plus employé dans l'empoisonnement criminel est le sublimé corrosif (bichlorure de mercure) ; les autres (protoiodure, biiodure, cyanure et nitrate de mercure, précipité rouge, etc.) ne figurent guère que dans les empoisonnements accidentels. Quant au calomel (protochlorure de mercure), il ne devient toxique qu'autant qu'il trouve sur son passage des substances capables de le transformer, soit en sublimé corrosif, comme le sel de cuisine, soit en cyanure, comme les amandes amères.
Bien que toutes les préparations mercurielles n'aient pas les mêmes propriétés, elles déterminent des effets généraux qui diffèrent peu et qui se rapprochent de ceux produits par le sublimé, qui mérite d'être pris pour type de Tempoisonnement par le mercure.
Le sublimé et toutes les préparations mercurielles solubles sont vénéneuses à très petites doses (10 à 20 centigrammes"». Dans les cas d'homicide ou de suicide, le poison est généralement pris dans une solution aqueuse ou alcoolique, plus rarement avec les aliments. Quelle que soit la voie par laquelle il a été introduit, il détermine des symptômes locaux et généraux d'une gravité exceptionnelle.
Symptômes. — D'après la marche des accidents, Tardieu distingue trois sortes de formes : suraiguê, subaiguê et lente.
i° Forme suraiguê. — Accidents rapides et violents, analogues à ceux qu'on observe dans l'empoisonnement par les irritants. Vomissements et évacuations alvines bilieuses accompagnées de violentes douleurs avec tension du ventre. Face rouge et vultueuse, gonflement des lèvres, des gencives et de la langue ; peau froide, haleine fétide, salivation abondante ; mort à la fin du premier jour.
2o Forme subaiguê. — On observe les mêmes accidents que dans la forme suraiguë, mais avec une violence moindre. Vers le cinquième, ouïe sixième jour, s'opère une rémission apparente, mais les malades restent dans un état de prostration générale. La guérison est possible dans cette forme, mais il survient le plus souvent un état cachectique qui peut amener la mort au bout d'un temps plus ou moins long.
30 porme lente. — Les accidents surviennent pendant le cours d'un traitement mercuriel, et chez les ouvriers exposés aux vapeurs de mercure. Ils constituent une forme d'intoxication professionnelle qui ne se rattache qu'indirectement à la médecine légale et dont on trouvera la description dans les traités de pathologie.
Lésions cadavériques. — Les muqueuses de l'estomac et de l'intestin présentent des arborisations, des ecchymoses et des ulcérations. Ces lésions peuvent exister alors même que le poison n'a pas été ingéré. Le sublimé corrosif attaque également la bouche, le pharynx et l'œsophage, dont la muqueuse est gonflée, ramollie, colorée en blanc ou gris bleuâtre.
Lorsque la mort n'est arrivée qu'au bout de quelques jours,