CUIVRE
ou observe e'galement la dége'nérescence graisseuse du foie et des reins. M. Hénocque a fort bien étudié cette stéatose dans un cas d'empoisonnement qu'il a communiqué à la Société anatomique K A Texamen microscopique du foie, on voyait nager dans la préparation un grand nombre de gouttelettes et de granulations graisseuses (fig. 10). Dans le rein, on a trouvé le parenchyme complètement détruit et remplacé par des gouttelettes de graisse. Les tubuli qui existaient encore (lîg. il) étaient desquames et infiltrés de granulations graisseuses.
Traitement. — Le meilleur antidote est Veau albumineuse qui forme dans l'estomac un albuminate de mercure non corrosif et insoluble dans l'eau ; puis la magnésie, qui transforme
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Fie. 10.
les sels de mercure en oxydes. A défaut de ces substances, on peut administrer des cendres délayées dans de l'eau tiède, qui formeraient dans l'estomac un carbonate de mercure insoluble. On a proposé divers métaux qui peuvent transformer le sublimé en calomel : la limaille de fer, la limaille de fer et d'or, la limaille de fer et d'argent. Bouchardat recommande le sulfure de fer hydraté comme antidote du précipité rouge.
On administrera ensuite, comme agent d'élimination, les purgatifs, les sudorifiques et les diurétiques.
Pour les recherches chimiques, voyez la Chimie légale.
4° Cuivre. — Les sels de cuivre occupent une place importante dans l'empoisonnement oales tentatives d'empoison-
1. Hénoque, Société anatomique, juillet 18G8. LuTAUD, Méd, lég.
nement. L'empoisonnement se produit accidentellement dans des cas assez nombreux, par suite de l'emploi d'ustensiles de cuivre. On observe également un empoisonnement profession- :nel par les sels de cuivre.
A l'état de métal pur, le cuivre n'a par lui-même aucune action sur l'économie. Les composés les plus employés comme poison sont : le sulfate de cuivre (couperose bleue), le souscarbonate et le sous-acétate (vert-de-gris).
L'action vénéneuse des sels de cuivre a été contestée. On a prétendu que les propriétés vomitives de ces agents empêchaient leur absorption ; mais la clinique n'a pas conlirmé cette manière de voir. Les sels de cuivre, quoiqu'étant le plus souvent rejetés, déterminent néanmoins des symptômes et des lésions dont la gravité ne peut être niée.
Symptômes. — Une demi-heure au plus après l'ingestion du poison surviennent des vomissements violents accompagnés de coliques atroces, de cardialgie, d'évacuations alvines répétées, de ténesme. Le malade éprouve une violente céphalalgie, un sentiment de constriction à la gorge et une saveur cuivreuse extrêmement pénible. Le pouls est petit, fréquent, irrégulier ; l'abolition de la fonction rénale constitue un symptôme constant à l'approche de la mort, qui survient après des mouvements convulsifs et tétaniques.
Ces symptômes appartiennent à la forme aiguë. L'intoxication lente se manifeste parles symptômes de dépression générale, qui appartiennent à tous les empoisonnements par des substances minérales administrées à dose faible et répétée.
Lésions cadavériques. — Les signes fournis par l'autopsie ne ne sont pas constants. On observe généralement sur tout le trajet du tube digestif des rougeurs et des taches ecchymotiques noirâtres, et ces lésions sont d'autant plus prononcées •que le poison se trouvait en solution plus concentrée. Les matières contenues dans l'estomac ont quelquefois une couleur verdâtre, et la peau présente souvent une teinte ictérique prononcée.
Traitement. — Administrer une grande quantité d'eau albumineuse, qui forme, avec les sels de cuivre, un albuminate. On peut également employer la magnésie et les solutions alcalines, qui précipitent le cuivre à l'état d'oxyde. La limaille de fer a été conseillée dans le but de précipiter le cuivre à l'état métallique.
ANTIMOINE. ÉMÊTIQUE. 499
Pour les recherches chimiques, voyez la Chimie légale.
0° Antimoine. Émétique. — L'empoisonnement criminel par les préparations antimoniales est rare ; mais quelques procès qui se sont déroule's en x^ngleterre dans ces dernières années ont montré Femploi criminel qu'on peut faire de ces substances et les difficultés médico-légales que les empoisonnements peuvent soulever.
La préparation la plus employée est l'émétique (tartrate d'antimoine et de potasse), qui possède des propriétés toxiques très énergiques, puisque, suivant M. Taylor, 15 à 20 centigrammes, ingérés en une seule fois, peuvent déterminer la mort. Les autres composés (kermès minéral, antimoine diaphorétique, etc.) n'agissent comme poison qu'à des doses relativement élevées. Nous ne nous occuperons donc que de Fempoisonnement par l'émétique ou tartre stibié.
Symptômes. — Le malade ressent une saveur métallique très prononcée, puis accuse des douleurs vives à Fépigastre, accompagnées de vomissements et de déjections alvines abondantes. Le pouls devient petit, la peau se refroidit (algidité stibiée), les urines deviennent rares, et l'on observe des symptômes cholériformes. La mort arrive par arrêt de la circulation, après un temps variable ; dans un cas elle est survenue au bout de dix beures.
Lorsque la mort n'a pas lieu avant le premier ou le second jour, on observe des éruptions vésiculo-pustuleuses (ecthyma stibié), qui se manifestent surtout aux cuisses, aux bras et au dos. Les mêmes accidents cutanés peuvent être obtenus en frictionnant la peau avec une pommade stibiée.
Deux médecins anglais, Palmer et Pritchard, ont employé l'émétique à petites doses répétées dans un but criminel. La mort est survenue après quelques mois.
Lésions cadavériques. — Les lésions du tube digestif ne présentent rien de caractéristique et peuvent même faire défaut. Dans l'empoisonnement aigu, Magendie a signalé la congestion pulmonaire et une inflammation générale des organes internes, mais ces lésions sont loin d'être constantes.
Traitement. — 11 faut employer le tannin ou bien la décoction de quinquina gris, ou simplement de Fécorce de chêne ; il se forme un tannate d'antimoine insoluble (Rabuteau).
Pour les recherches chimiques, voyez la Chimie légale.
6° Sel de nitre {azotate de potasse). — Ce médicament, employé à petites doses comme diurétique, a souvent donné lieu à des empoisonnements accidentels à cause de sa ressemblance avec le sulfate de magnésie.
Symptômes. — A la dose de 10 à 12 grammes, ce sel peut déterminer des vomissements, des déjections alvines abondantes, le ralentissement du pouls, la diminution progressive des battements du cœur, des convulsions et la mort.
Lésions cadavériques. — La membrane muqueuse de Testomac est rouge, parsemée de petites taches noires. Le rein est augmenté de volume et présente souvent les signes de la néphrite albumineuse.
Traitement. — Provoquer l'élimination du poison par les vomitifs et un purgatif huileux. Administrer ensuite l'alcool, qui relève les forces et agit comme diurétique.
1° Sel d'oseille {bioxalate de potasse). — Le sel d'oseille a été souvent confondu avec la crème de tartre, dont les symptômes présentaient une grande analogie avec ceux produits par le sel de nitre.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet empoisonnement, c'est la couleur vermeille de tous les tissus et du sang toujours fluide qui les pénètre (Tardieu).
8° Digitale. Digitaline. — Les feuilles de la digitale ont quelquefois été confondues avec celles de la grande consoude ou du bouillon blanc ; elles sont ovales, oblongues, crénelées, brunâtres à leur face supérieure, blanchâtres à leur face inférieure (fig. 12). La poudre des feuilles de la digitale pourprée est jaune verdâtre. L'empoisonnementpar cette substance est presque toujours accidentel.
Le principe actif de la digitale, la digitaline, est un poison qui tue à la dose de 1 à 2 centigrammes. Il existe un cas d'empoisonnement criminel par cette substance, celui de la veuve de Pauw, par l'homœopatheLapommerais.
Symptômes. — Briand et Chaude résument ainsi les symptômes de l'empoisonnement par la digitale : «Malaise, vomissements répétés glaireux et verdâtres ; vertiges, éblouissements, troubles de la vue et de l'ouïe ; pâleur extrême, prostration complète ; le pouls, qui, dans les premières heures, avait été rapide, désordonné et violent, s'affaiblit, se ralentit et
DIGITALE, DIGITALINE.
tombe à cinquante et môme à quarante pulsations à la minute. La^respi ration devient suspirieuse, et une diarrhée abondante
FiG. 12. — Digitale pourprée {Digitalis purpurea). — 1, section du fruit.
et cholérique s'établit le plus souvent. » La mort n'est pas la terminaison certaine de cet empoisonnement : sur vingt- huit
observations recueillies par Ducroix, plus des deux tiers ont eu une issue favorable.
Dans Tempoisonnement par la digitaline, les symptômes sont plus accentue's, la prostration plus complète et la mort plus probable et plus rapide ; mais c'est surtout par l'analyse chimique qu'on peut reconnaître cet empoisonnement.
Lésions cadavériques. — Elles n'ont rien de caractéristique. Dans quelques cas, cependant, on a constaté quelques rougeurs, quelques plaques violacées dans Testomac ; une certaine quantité de sérosité épanchée dans le péricarde et un état de congestion et d'infiltration séro-sanguine des méninges.
Pour les recherches chimiques, voyez la Chimie légale,
TROISIÈME CLASSE. — Poisons stupéfiants.
(c Les poisons stupéfiants, dit Tardieu, forment un groupe très naturel, car ils agissent tous directement et d'une manière spéciale sur le système nerveux, dont ils dépriment l'activité. » Quelques auteurs, M. Rabuteau entre autres, n'admettent pas ce groupe, et font rentrer les substances qui le composent dans la classe des poisons névrotiques et musculaires. Cette manière de voir est logique jusqu'à un certain point, mais nous avons déjà dit que les classifications qui reposent sur la physiologie expérimentale présentent, en médecine légale, moins d'avantages que celles qui sont basées sur l'étude clinique des symptômes. Nous admettons donc la classe des stupéfiants, qui comprend les poisons qu'Orfila avait improprement désignés sous le nom de narcotico-âcres.
Nous étudierons dans ce groupe le plomb, la belladone, les solanées vireuses, le tabac, la ciguë", Vaconil, les champignons^ le curare, les anesthésiques et Valcool.
1° Plomb. — L'empoisonnement par le plomb est rarement pratiqué dans un but criminel, mais il est au contraire observé très fréquemment à la suite de fraudes ou d'imprudences. C'est ainsi que la litharge, mélangée au vin pour en corriger l'acidité, a produit des accidents toxiques. Le carbonate de chaux contenu dans les eaux de source forme du carbonate de plomb en séjournant dans les tuyaux et communique ainsi à Peau des propriétés vénéneuses. Les accidents observés en