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EXPERTISE TOXICOLOGIQUE

Lésions cadavériques. — La muqueuse de Testomac est injectée et présente une coloration d'un rouge noirâtre ; les méninges et le cerveau sont injectés, les ventricules renferment une sérosité abondante ; les reins sont hyperhémiés, la vessie contractée ; les corps caverneux sont gorgés d'un sang noir, la muqueuse vésicale est quelquefois recouverte de plaques pseudo-membraneuses.

Traitement. — C'est à tort qu'on a longtemps prescrit l'huile dans l'empoisonnement parles cantliarides, car cette substance ne peut que favoriser l'absorption en dissolvant la cantharidine. On administrera des vomitifs, des purgatifs et des calmants, tels que Topium et le camphre.

Outre les substances dont nous venons de parler et qui appartiennent pour la plupart à la classification que nous avons adoptée, il en est encore un grand nombre qui possèdent des propriétés toxiques énergiques et qui peuvent, par conséquent, donner lieu à des empoisonnements, suicides, criminels ou accidentels. Parmi les plus importants, nous citerons Viode et le brome qui peuvent causer la mort à la dose de 2 grammes ; les sels de fer et d'argent qui sont d'un usage journalier en thérapeutique ; Vétain et le zinc, qui donnent assez fréquemment lieu à des empoisonnements accidentels; le pétrole, Y acide phénique dont l'emploi si fréquent en chirurgie détermine de nombreuses intoxications ; le camphre, dont les effets toxiques sont très variables : et enfin V ergot de seigle dont nous avons déjà parlé à propos de l'avortement criminel (voy. p. 99).

Nous renverrons aux traités complets de toxicologie pour l'étude de ces substances qui ne donnent généralement lieu qu'à des empoisonnements accidentels qui ne présentent qu'une importance secondaire en médecine légale.

§ 8. — Conduite du médecin chargé d'une expertise toxicologique.

Nous avons déjà donné de nombreux détails sur la manière de procéder aux autopsies judiciaires dans les cas d'homicide, d'infanticide et d'empoisonnement.

Voici quelques indications spéciales à l'expert chimiste : Mise en bocaux. — Autant que possible il est bon que l'expert chimiste assiste à l'autopsie et procède lui-même à la

mise eu bocaux des viscères. 11 est bon de peser les bocaux, d'abord vides, puis avec leur contenu.

Les bocaux destinés à contenir les liquides et les viscères doivent être de verre et autant que possible se boucher à rémeri. Le bouchon en verre doit être fixé à Faide de parchemin qu'on a trempé préalablement dans Feau pour le ramollir. Une ficelle ou un mince ruban de toile retient ensuite ce parchemin autour du goulot du bocal. Dans le but de conserver les viscères // ne faut verser dans les bocaux aucune substance étrangère, telle que alcool, solution d'acide chromique, etc.

On comprend pourquoi Faddition d'un liquide conservateur doit être évitée"; ce liquide, Falcool par exemple, peut contenir des impuretés, etc. Si l'addition en avait été effectuée, il faudrait en joindre un échantillon aux pièces destinées à être analysées. Enfin, et c'est là un des points importants de la recommandation qui vient d'être faite, il peut arriver que l'agent conservateur masque les caractères du toxique à retrouver, C'est ce qui a lieu, par exemple, pour le phosphore dont Falcool masque les lueurs phosphorescentes dans l'appareil de Mitscherlich.

Dans Fune des expertises judiciaires confiées à MM. Bergeron et Boutmy, les experts ont extrait des viscères une quantité de potasse carbonatée égale à peu près à 20 grammes. La présence de ce toxique dans les matières à analyser était due à ce qu'on avait, lors de l'exhumation, désinfecté les restes du cadavre avec une solution de permanganate de potasse. Cette potasse pouvait faire conclure à un empoisonnement par les alcalis; or, il n'en était rien, la victime avait succombé à la suite d'une ingestion de conicine.

Il est cependant utile de conserver une portion des organes lorsque l'examen histologique ne peut en être fait immédiatement. Dans ce cas, Faddition du liquide conservateur n'est plus à craindre.

Enfin, lorsque les bocaux sont fermés ainsi qu'il a été dit, l'expert retient, à Faide de la cire à cacheter, les extrémités de la ficelle ou du ruban fixées au col de ces bocaux et appose son sceau. Une étiquette revêtue de sa signature et de celle du magistrat ou de Fofficier de police judiciaire, qui Faura assisté et aura reçu son serment, est fixée à chacun des scellés.

§ 9. — Examen des scellés.

L'expert chimiste constate d'abord si les scellés sont intacts, et prend note des caractères extérieurs qu'ils présentent, tels que formes, dimensions, etc., afin que l'identité puisse en être vérifiée. Il relève par écrit les empreintes des cachets, la signature et les indications que portent les étiquettes.

Il ouvre ensuite avec précaution les bocaux scellés et verse le contenu de chacun d'eux dans des cuvettes de verre toutes neuves et fort propres. Il en constate la réaction, l'odeur, Tétat de conservation. S'il trouve quelques fragments, quelques parcelles étrangères, il les met de côté. Ainsi, dans un cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux, il est souvent possible de découvrir des parcelles blanches de cette substance dans les vomissements ou dans le contenu du tube digestif.

On peut aussi déplisser l'intestin et en examiner les parois à la loupe pour y rechercher des fragments des substances toxiques (acide arsénieux ; chlorures d'argent, de plomb ; sulfate de baryum, etc.), qui se forment dans le tube digestif après l'ingestion de sels solubles de ces métaux (débris végétaux, poudre de cantharides, etc.).

Marche de Vexpertise. — M.Ogierdonne les conseils suivants pour Tordre à suivre en l'absence de toute indication préalable i.

On recherche d'abord si le sang contient de l'oxyde de carbone. On prélève ensuite un échantillon composé du quart environ de chaque viscère ; sur cet échantillon on recherche le phosphore, l'acide cyanhydrique, les acides ou alcalis ; puis enfin les métaux toxiques, le plomb, le mercure, l'antimoine et surtout l'arsenic.

On prélève ensuite un second échantillon composé du quart environ de chaque viscère qui sera consacré à la recherche des alcaloïdes.

Lorsque les premiers essais ont donné un résultat positif, on recommence en opérant, s'il y a lieu, sur chaque viscère isolément, de façon à déterminer la localisation du poison. On consacre à cette nouvelle analyse le tiers de ce qui reste. Le surplus est conservé en vue des contre-expertises.

(1) Le laboratoire de toxicologie, par MM.Broltaiidel et Ogier, 1 vol. iu-8», l'aiis 1891, page 23,

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