RECHERCHE DU MERCURE
Ces méthodes doivent être abandonnées aujourd'hui pour faire place aii procédé de Mitscherlich, plus sûr et plus rigoureux.
Procédé de Mitscherlich. — La propriété que possède le phosphore de luire dans l'obscurité a conduit ce chimiste à la découverte d'un procédé excellent qui est universellement adopté aujourd'hui.
L'appareil consiste (fig. 31) en un ballon de verre B, dans lequel on introduit les matières suspectes, additionnées d'eau acidulée par l'acide sulfurique. De ce ballon part un tube f, qui se rend dans une fiole D et qui est entouré d'un manchon de verre G, dans lequel^ passe un courant d'eau froide provenant d'un réservoir A.
On chauffe le ballon, et il se dégage de la vapeur d'eau qui entraîne avec elle le phosphore, si les matières suspectes en contiennent. Cette eau et les vapeurs de la substance toxique viennent se condenser dans la partie du tube T entourée d'eau froide. Si l'on a eu soin d'opérer dans l'obscurité, les vapeurs de phosphore produisent des lueurs très visibles. Ces lueurs apparaissent alors même que le phosphore ne forme que la millionième partie des matières contenues dans le ballon A. Les vapeurs phosphorescentes viennent ensuite se condenser dans la fiole G, où elles sont recueillies avec soin.
Certaines' substances volatiles, telles que l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine, s'opposent à la phosphorescence. L'alcool et l'éther n'empêchent le phénomène que dans les premiers instants, mais l'essence de térébenthine l'empêche complètement.
4" Recherche du mercure. — On recherchera le mercure dans les fèces, les urines et la salive, dans les cas où l'empoisonnement n'a pas été funeste ; lorsque la mort est survenue, on soumettra h l'analyse les parois gastro-intestinales et leur contenu, le foie, la bile et le sang. On emploiera le procédé de destruction par l'acide chlorhydrique et le chlorate de potasse (voy. p. 1)33) ou bien celui de Boutmy (voy. p. o3o).
Le liquide qui résulte de la destruction des matières organiques sera évaporé à siccité aubain-marie et repris par l'eau distillée. On fera ensuite passer dans la solution filtrée un courant d'hydrogène sulfuré ; s'il y a du mercure, on voit se produire un précipité blanc sale, puis jaune rougeâtre (sulfo- LuTAUD, Méd. lég. 35
chlorure de mercure), puis noir (sulfure de mercure). On évapore ensuite à siccité et toujours au bain-marie la solution du précipité dans l'eau régale, et on redissout le résidu dans de Teau, en ajoutant quelques gouttes d'acide chlorhydrique, qui facilitent la solution du sulfate basique de mercure qui aurait pu se former. On obtient alors une solution contenant du bichlorure de mercure, qu'on reconnaît facilement aux réactifs suivants : '
Avec Viodure de potassium ou Yiodure de sodium, précipité rouge vif (biiodure de mercure).
Avec Vammoniaque, précipité blanc (chloramidure de mercure).
Avec la potasse et la soude, précipité jaune, difficilement soluble dans un excès de réactif.
Avec le chlorure stanneux ^ précipité blanc, qui noircit lorsque la réaction continue ; on obtient ainsi du mercure métallique. Cette réaction est sensible à 1/40000.
Recherche par Vélectrolyse. — On emploie la pile de Smithson, qui consiste en Une lame de fer ou d'étain autour de laquelle on a enroulé une petite lame d'or très mince. On la plonge dans la solution mercurielle après Tavoir acidulée, et le mercure se dépose sur la lame d'or, qui blanchit et peut reprendre ensuite sa couleur naturelle lorsqu'on l'expose à la flamme d'une lampe à alcool. La lame d'or blanchie est introduite dans un tube de verre effilé par un bout et l'on chauffe à la lampe : le mercure se volatilise et se condense dans la partie effilée du tube et donne une colonne semblable à celle du thermomètre. Les sels d'étain blanchissent également la lame d'or, mais ils ne produisent pas le mêmes phénomènes physiques sous l'influence de la chaleur. Pour employer ce procédé, il faut avoir soin de détruire les matières organiques.
On peut également employer Vappareil de Flandin et Danger^ qui se compose (fig. 32) d'un support S, d'un ballon A, destiné à contenir le liquide suspect, d'un entonnoir B, effilé à son extrémité inférieure, sous laquelle est placée une capsule G. Un fil d'or qui forme l'électrode positive d'un élément de Bunsen, pénètre dans l'entonnoir par la partie supérieure ; un autre fil de même métal pénètre par la partie inférieure et communique avec le pôle négatif.
Si l'on renverse le ballon A, de manière que son col plonge dans l'eau de l'entonnoir, celle-ci s'écoulera goutte à goutte,
RECHERCHE DU CHLORE, DU BROME ET DE L'iODE. 547
par la pointe effilée, pour tomber dans la capsule C, et Textrémité du col du ballon se trouvera mise à découvert au bout d'un certain temps ; de l'air j pénètre alors, et le liquide du ballon passe lentement dans l'entonnoir. Si le liquide contient du mercure, ce métal est décomposé par l'électricité et se dépose sur le fil négatif. On retire ensuite ce fil et on le traite comme la lame d'or de la pile de Smithson, dont nous venons de parler.
Fig. 32. — Appareil de Danger et Flandin.
oo Recherche du chlore, du brome et de l'iode. —
Chlore. Le chlore est très difficile à retrouver, parce qu'il passe vite à l'état de chlorure et d'acide chlorhydrique (voy. p. 552, pour la recherche de cet acide). S'il en existait à l'état libre on. le reconnaîtrait à son odeur et en faisant bouillir les matières organiques, dont les vapeurs devraient bleuir un papier imbibé diodure de potassium et d'empois d'amidon (Naquet). On reconnaît encore le chlore contenu en petite quantité dans un liquide en ajoutant un sel de protoxyde de fer contenant du sulio-cyanure de potassium : il se forme aussitôt une coloration rouge.
Brome. On isole le brome en traitant les matières qui le contiennent par le sulfure de carbone, qui le dissout en se colo-
rant en violet ; en agitant cette dissolution avec de la potasse, celle-ci s'empare du brome, et on a une solution de bromure de potassium.
Pour rechercher la présence d'un bromure, on fait bouillir avec de Feau les matières suspectes, on filtre et on agite la liqueur avec de Féther et de l'eau de chlore. Le brome, mis en liberté, se dissout dans l'éther, qu'il colore en rouge jaunâtre.
Iode. On Tisole de la même manière que le brome, et on recherche ensuite la réaction caractéristique de l'iode, qui est de bleuir en présence de l'empois d'amidon et de colorer en violet le sulfure de carbone.
Viodure de potassium, administré à haute dose, a souvent produit des accidents qui ont été attribués au bromure contenu dans l'iodure. Bonis propose les procédés suivants pour reconnaître le mélange : on dissout le sel dans l'eau et on y ajoute du chlorure de palladium additionné de chlorure de sodium ; il se précipite de l'iodure de palladium ; on filtre, et dans la dissolution, on retrouve le brome à l'état de bromure.
On peut encore reconnaître le mélange des deux sels en y versant du sulfate de cuivre et un excès d'acide sulfureux ; il se précipite du proto-iodure de cuivre blanc. La liqueur filtrée renferme le brome, que l'on peut mettre en liberté avec le chlore.
6° Recherche du plomb. — Voici le procédé de Rabuteau : <( On détruit les matières organiques en les chauiîant avec un mélange d'acide sulfurique et d'acide nitrique (deux parties du premier acide pour une partie du second). Le plomb se trouve à l'état de sulfate dans le résidu charbonneux. Ce résidu broyé et traité par une solution d'acide tartrique lui cède le sulfate de plomb. En faisant passer un courant d'acide sulfhydrique dans la solution, on obtient du sulfure de plomb que l'on transforme en azotate, oui doit donner les réactions des sels de plomb, dont les principales sont les suivantes:
« Avec la potasse et la soude, précipité blanc d'oxyde de plomb hydraté, soluble dans un excès de réactif (caractère distinctif des solutions de bismuh, dont i'oxyde ne se dissout pas dans un excès ae potasse ou de soude).
« Avec les carbonates alcalins, le ferrocyanure et le cyanure