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DES TOXIQUES

Les organes extraits du cadavre sont retirés des bocaux où on les avait placés au moment de l'autopsie. On coupe les ligatures placées à l'estomac et aux intestins et l'on recueille séparément le contenu de chacun d'eux dans des capsules de porcelaine pour les étudier ultérieurement.

Les parois des deux organes sont alors examinées soigneusement à la loupe afin de constater s'ils ont retenu soit des grains blancs d'acide arsénieux, soit des têtes d'allumettes, ou des fragments de phosphore, soit des fragments d'ailes de cantharides, soit enfin des débris végétaux de plantes toxiques ou abortives.

Dans le cas de l'affirmative, on enlève lesdites matières et on les caractérise les unes par leurs propriétés chimiques, les autres par leur étude au microscope.

Quand ce premier essai n'a pas donné* de résultats, on s'empresse de réduire les organes en pulpe à l'aide de ciseaux, puis, après les avoir pesés, on les divise en autant de parts égales qu'il y aura de toxiques à rechercher.

La première part est ordinairement destinée à la recherche du phosphore '^ et de l'acide cyanhydrique, substances qui disparaissent rapidement de l'organisme.

Phosphore. — On emploie dans ce but l'appareil de Mitscherlich que nous avons déjà décrit, avec cette modification toutefois de verser de l'eau acide sur la matière au lieu d'eau pure et de faire plonger quelque peu l'extrémité de l'appareil dans une solution de nitrate d'argent au 1/10.

1. Celte méthode, très employée aujourd'hui, nous a été communiquée par Bouimy lui-même qui avait bien voulu revoir la partie de cet ouvrage consacrée à la chimie toxicologique.

2. Il peut arriver en effet que malgré les résultats négatifs de l'examen à la loupe, les viscères contiennent du phosphore très divisé et par conséquent invisible à l'œil.

Si les organes contiennent du phosphore, la présence de ce toxique est de suiie indique'e par des lueurs qui apparaissent dans le tube réfrigérant. Dans le cas contraire, il ne se produit pas de lueurs caractéristiques.

Il peut arriver que par suite du temps qui s'est écoulé entre le moment où la victime présumée de Tempoisonnement aabsorbé le toxique etcelui où Ton peut procéder à l'examen, le phosphore soit passé à son premier état d'oxydation. Il ne se forme pas alors de phosphorescence, mais une partie du produit passe à la distillation et vient donner naissance à du phosphure d'argent brun dans la solution argentique.

Si ce précité brun apparaît, on le recueille sur un filtre^ on le lave à l'eau distillée, puis on l'attaque par l'acide azotique. La liqueur claire obtenue par ce traitement est additionnée d'acide chlorhydrique qui sépare l'argent à l'état de chlorure insoluble. On filtre pour séparer ce chlorure et l'on précipite l'acide phosphorique provenant du phosphore et resté en solution en rendant ammoniacale la liqueur filtrée et en l'additionnant de sulfate de magnésie saturé de sel ammoniac. L'acide phosphorique se dépose alors à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien, qui s'attache aux parois du vase dans lequel on opère. Ce sel est ensuite caractérisé par les procédés connus d'analyse minérale.

Il faut se garder de conclure à la présence du phosphore sur la seule apparition d'un précipité brun noir dans la solution de nitrate d'argent. En effet, par suite d'un commencement de putréfaction, les organes peuvent dégager une certaine quantité d'hydrogène sulfuré qui vient ainsi former dans le nitrate d'argent un précipité d'un noir quelquefois brunâtre et qui peut être confondu avec le phosphure d'argent.

La preuve de la présence du phosphore n'est complète que lorsqu'on a obtenu, comme on l'a vu plus haut, le précipité de phosphate ammoniaco-magnésien.

Acide cyanhydrique. — Lorsque l'empoisonnement a eu lieu par l'acide cyanhydrique et qu'il est tout récent, il arrive souvent qu'à l'ouverture de l'estomac et des intestins, on sent très nettement une franche odeur d'amandes amères. Ce caractère ne se présentant pas toujours, c'est encore dans la solution de nitrate d'argent qu'il convient de rechercher l'acide cyanhydrique. Cet acide a en effet la propriété de produire dans

la solution de nitrate d'argent un précipité blanc de cyanure d'argent, insoluble à froid dans Facide nitrique, soluble à chaud dans le même acide et qui, fondu au creuset d'argent avec de la potasse caustique, se convertit en cyanure de potassium reconnaissable à son action sur les sels de fer- Acides corrosifs. — La deuxième part de matière sert à rechercher les acides corrosifs, acides sulfiirique, nitrique^ chloi'hydrique, oxalique.

Ces divers acides produisent ordinairement sur les organes des lésions importantes etqui peuvent jusqu'à un certain point faire soupçonner leur emploi. Ainsi Tacide sulfurique détermine en général une forte irritation des muqueuses à laquelle se joint la perforation des intestins et de l'estomac. Les parois internes de ce dernier organe sont noirâtres et recouvertes d'un sang poisseux. On y constate des eschares et des plaques rouges, etc.

L'acide nitrique produit sur les lèvres et sur la peau des taches d'un jaune orangé caractéristique. Pas d'eschares. Les cavités buccale et pharyngienne sont plissées et d'un blanc grisâtre. Le larynx et l'arrière-gorge sont tuméfiés et présentent des traînées grises ou jaunes. Rarement les effets dépassent le duodénum, et l'estomac n'est presque jamais perforé.

Au point de vue des lésions, l'empoisonnement par l'acide chlorhydrique ressemble beaucoup à celui par l'acide nitrique, seulement on n'observe pas de taches jaunes, mais une nuance grisâtre particulière des taches formées sur les lèvres ainsi qu'à l'intérieur de la cavité buccale.

L'acide oxalique amène en général le blanchissement des muqueuses de la langue, de la bouche, de l'œsophage et de l'estomac. La surface interne de cet organe est décolorée et ramollie, la perforation est très rare, mais elle a été cependant observée ; on constate aussi parfois un commencement de gangrène. Les matières contenues dans l'estomac sont brunes et gélatineuses.

Dans tous les cas, lorsqu'il y a empoisonnement par un acide corrosif, les matières extraites de l'estomac et de l'intestin et les organes eux-mêmes sont fortement acides au papier de tournesol.

Pour découvrir les acides susnommés, on réunit leur con-

tenu aux organes et l'on épuise la masse par de l'eau distillée. Le liquide est introduit après fîltration dans un appareil, distillatoire de verre dont le récipient est fortement refroidi.; On chauffe lentement et lorsque la cornue est à sec, on élèves la température jusqu'à 110° centigrades au maximum.

Il se produit des vapeurs rutilantes et le contenu de la cornue jaunit — acide nitrique.

Il ne se produit pas de vapeurs rutilantes, mais it se dégage de l'acide sulfureux et le résidu noircit — acide sulfurique.

On ne constate pas de formation d'acide sulfureux et le produit distillé donne avec le nitrate d'argent un précipité blanc caillebotté, insoluble dans Tacide azotique et soluble dans Fammoniaque — acide chlorhydriqiie.

Il ne se dégage ni acide sulfureux, ni acide chlorhydrique, et le contenu de la cornue, repris par de l'alcool, fournit une solution qui donne avec les sels de chaux un précipité blanc insoluble dans l'acide acétique et soluble dans l'acide nitrique — présence de l'acide oxalique libre.

Si cet acide a été employé à l'état de bi-oxalate de potasse (sel d'oseille), on le recherche dans la matière insoluble dans l'alcool. Dans ce but, on reprend cette matière par de l'eau distillée bouillante, puis on traite la solution filtrée par un sel de chaux. S'il se forme comme ci-dessus un précipité blanc d'oxalate de chaux, insoluble dans l'acide acétique et soluble dans l'acide nitrique — présence du sel d'oseille.

Alcalis caustiques. — La troisième part de matière sert à rechercher les alcalis caustiques (potasse, soude, ammoniaque).

La potasse et la soude sont des poisons violents qui peuvent déterminer la mort à la dose de 10 à 15 grammes.

Les lésions observées se rapprochent de celles produites par les acides corrosifs. Dans les cas d'intoxication lente, on constate l'inflammation des muqueuses et le rétrécissement de l'œsophage; dans les cas aigus, un ramollissement des parois et une sorte de gangrène humide de l'estomac. Les matières trouvées et la paroi interne des organes sont fortement alcalines.

Nous décrirons ici le procédé qui sert pour découvrir la. potasse ; la soude se retrouve de la même façon.

Potasse. — En raison de la facilité avec laquelle la potasse

se carbonate à l'air, les matières à examiner contiennent le toxique partie à l'état pur, partie à l'état de carbonate.

Les organes réduits en pulpe sont mis en macération à une douce chaleur dans l'eau distillée. On filtre au bout de douze heures, puis on évapore doucement au bain-marie. Lorsque le résidu paraît desséché, on le chauffe à 120° pendant quelque temps afin de chasser les sels ammoniacaux, puis on le reprend par un peu d'eau distillée. La liqueur ainsi obtenue est filtrée, puis additionnée d'alcool à 90°. Il se forme un précipité qu'on lave avec de l'alcool qu'on dessèche et qu'on calcine finalement au rouge dans une capsule de porcelaine. Si les organes sont chargés de carbonate de potasse, le résidu de la calcination fera effervescence avec l'acide chlorhydrique et colorera en violet la flamme bleue d'un bec à gaz de Bunsen. La solution chlorhydrique précipitera en outre le bichlorure de platine, en donnant naissance à du chloro-platinate de potasse reconnaissable à sa couleur jaune et au mélange de platine et de chlorure de potassium qu'il laisse à la calcination.

Quand les organes contiennent de la potasse libre, on recherche cette substance dans la solution alcoolique. Dans ce but, la liqueur est évaporée à sec, on calcine Je résidu, puis on le reprend par de l'eau distillée. La solution renferme maintenant toute la potasse caustique à l'état de carbonate qu'on caractérise comme ci-dessus.

Soude. — Ainsi que nous l'avons dit, la soude se recherche par le même procédé que celui qui sert à retrouver la potasse. On la distingue de cette dernière substance par la propriété qu'elle présente de colorer en jaune la flamme du gaz et par celle de ne pas précipiter le bichlorure de platine.

Si la potasse ou la soude sont ingérées à l'état d'hypochlorites, c'est l'action des bases qui prédomine, le chlore passe rapidement à l'état de chlorure et ce n'est que quand la dose de toxique ingérée est considérable qu'on perçoit l'odeur de ce métalloïde. Parfois il est possible de constater sa présence par faction décolorante qu'exerce sur l'indigo l'extrait aqueux des organes.

Ammoniaque. — L'ammoniaque peut amener la mort à la dose de 30 grammes. Les lésions qu'on observe à l'autopsie

sont une inflammation générale des organes supérieurs de L digestion ; le pharynx contient souvent des fausses membrane: et des eschares jaunâtres. On remarque parfois une hémorrhagie des enveloppes muqueuses ; le foie est teinté de jaune, il présente des plaques rougeâtres ; enfin il est le siège d'une dé-\ générescence graisseuse semblable à celle qu'on observe dans' l'empoisonnement par le phosphore. Le sang reste fluide.

Lorsque l'empoisonnement a eu lieu peu de temps avant' l'autopsie et que la dose de toxique ingérée est forte, l'odeur du poison se manifeste à l'ouverture des organes. Mais quand^ il s'écoule un certain temps avant qu'on procède à l'expertise, l'odeur disparaît et les résultats de l'analyse présentent du] doute parce que, dans les cas d'empoisonnement par l'ammo-l niaque, la putréfaction des organes et de leur contenu qui survient détermine la formation de composés ammoniacaux. Il résulte de là qu'on ne peut se livrer avec avantage à la recherche de l'ammoniaque que lorsque les matières sont encore fraîches.

Ces matières sont introduites dans un appareil distillatoire de verre muni d'un réfrigérant de Liebig et terminé par un petit ballon fortement refroidi. On distille doucement jusqu'à sec et au besoin on renouvelle l'eau de la cornue. Le produit distillé, qui présente une réaction alcaline manifeste, est neutralisé par de l'acide sulfurique étendu. On l'introduit ensuite avec de la chaux éteinte dans un petit ballon muni d'un tube recourbé se rendant dans un flacon fortement refroidi par de la glace et contenant à peu près moitié de son volume d'eau pure. Le ballon est chauffé avec modération. L'ammoniaque, chassée par la chaux, va se dissoudre dans l'eau du flacon terminant l'appareil et dans laquelle on la caractérise par son odeur, son action alcaline sur le papier de tournesol et la propriété qu'elle présente de précipiter le bichlorure de platine, en donnant naissance à du chloroplatinate d'ammoniaque.

Ce dernier sel est jaune ; à la calcination, il laisse un résidu de platine métallique pur.

Métaux et métalloïdes. — La deuxième part de matières est consacrée à la recherche des toxiques minéraux suivants : zinc, étain, plomb, cuivre, antimoine, mercure, arsenic.

Les viscères, organes, etc., sont introduits dans un appareil distillatoire de verre composé d'une cornue communiquant

avec un ballon récipient convenablement refroidi. La cornue doit être tubulée pour faciliterrentrée des matières, et bouclie'e à l'émeri pour éviter l'attaque des bouchons de liège par les acides qui vont servir à détruire les éléments organiques. Pour la même raison, l'on ne place pas de bouchon au col de la cornue et Ton s'arrange pour que pe col entre profondément dans celui du ballon récipient et le bouche presque complètement vers la bague.

Une fois ces préparatifs terminés, à l'aide d'un entonnoir^ on verse sur la matière à traiter le quart de son poids d'acide sulfurique chimiquement pur, puis on chauffe doucement la cornue au bain de sable. Au bout de 20 ou 30 minutes, le contenu de la cornue est devenu noirâtre et parfaitement fluide. On laisse refroidir, puis on verse sur la matière 15 à 20 centimètres cubes d'acide azotique pur et concentré. Il se dégage de nombreuses vapeurs rutilantes qui viennent se condenser dans le ballon récipient, tandis que la masse se boursoufle et jaunit. Lorsque cette attaque tumultueuse s'apaise, on chauffe à nouveau la cornue et l'on maintient Faction de la chaleur jusqu'à ce que le dégagement de vapeurs rutilantes ait cessé. Une partie des éléments organiques se trouve ainsi annihilée. Comme il est indispensable d'arriver à une destruction absolue de ces éléments, on éteint le feu, et quand le refroidissement est complet, on répète l'addition des 15 à 20 centimètres cubes d'acide azotique. En chauffant comme on l'a indiqué précédemment, une nouvelle portion de matière organique se brûle; de telle sorte qu'en répétant un nombre de fois suffisant les additions successives d'acide azotique, on parvient à détruire la totalité de cette matière.

Comme par suite de la vivacité de la réaction une partie de Lacide azotique distille sans avoir coopéré à la destruction, il est bon de cohober de temps en temps. On évite ainsi l'emploi inutile d'un excès d'acide azotique.

La fin de l'opération est indiquée parla cessation des vapeurs rutilantes. Il faut en outre qu'en maintenant encore pendant quelque temps l'action de la chaleur, il se produise quelques vapeurs blanches d'acide sulfurique sans que le contenu de la cornue noircisse. Si ce noircissement survient, ce qui indique qu'il reste encore un peu de matière organique à décomposer, on fait agir encore une ou deux fois de l'acide azotique sur le résidu noir obtenu.

Ce traitement met Fopérateur en possession d'une liqueur couleur de madère et qui ne renferme plus que les toxiques minéraux à caractériser. Deux cas peuvent alors se présenter: ou bien la liqueur est parfaitement limpide, ou bien elle tient en suspension une matière blanche.

Étain et antimoine. — Quand la liqueur est limpide, elle ne contient ni étain ni antimoine, parce que ces deux métaux présentent la propriété de se transformer en oxydes insolubles sous l'action de l'acide azotique.

Quand, au contraire, elle est troublée par une poudre blanche, il est probable qu'elle est ou stannifère ou antimonifère.

On élucide ce point en recueillant la poudre blanche sur un petit filtre de papier Berzélius, la lavant à l'eau et la faisant sécher à l'étuve. 11 est facile alors de la détacher du papier, de l'attaquer au rouge sombre dans un creuset d'argent par 5 fois son poids de soude caustique et de reprendre par de l'eau le contenu du creuset. La solution aqueuse ainsi obtenue est additionnée d'un tiers de son volume d'alcool à 83o ; on agite quelque temps ce mélange, puis on l'abandonne au repos. Si la poudre à caractériser contient de l'antimoine, ce toxique reste insoluble à l'état d'antimoniate de soude. On décante la liqueur claire sur un filtre Berzélius, on lave en premier lieu avec de l'alcool étendu de son volume d'eau l'antimoniate de soude resté sur le filtre, puis on achève le lavage avec de l'alcool contenant seulement le tiers de son volume d'eau.

Après ce lavage, l'antimoniate est dissous sur le filtre même par un peu d'acide chlorhydrique faible. Cette solution chlorhydrique sert alors à caractériser le toxique.

On reconnaît l'antimoine au précipité jaune orangé qu'il donne avec lacide suif hydrique, au dépôt noir d'antimoine métallique qu'une lame d'étain fait naître dans la liqueur, lorsqu'on l'y plonge pendant quelque temps, enfin aux taches d'un noir velouté qu'il donne à l'appareil de Marsh lorsqu'on introduit dans cet appareil une petite quantité de la solution chlorhydrique de l'antimoniate. Nous rappelons ici que les taches fournies par l'antimoine à l'appareil de Marsh se distinguent des taches d'arsenic : l" à leur aspect velouté ; 2° à leur insolubilité dans l'hypochlorite de soude et à ce que, reprises par l'acide nitrique, elles donnent une liqueur qui ne

précipite pas en rouge brique le nitrate d'argent ainsi que Je fait l'arsenic.

Lorsque la recherche de l'antimoine est terminée, on passe à celle de l'e'tain restée en solution dans les eaux de lavage alcoolique précédemment obtenues. Dans ce but, on fait bouillir ces eaux pour chasser l'alcool, puis on acidifie par l'acide clilorhydrique. La liqueur obtenue précipite en jaune pâle par l'hydrogène sulfuré lorsqu'elle est stannifère ; de plus, une lame de zinc y fait naître un précipité d'étain métallique, reconnaissable à la double propriété qu'il présente d'être facilement fusible à chaud et de se convertir en oxyde d'étain blanc et insoluble sous l'action de l'acide azotique.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par Vantimoine. — L'empoisonnement par l'antimoine est caractérisé par les .symptômes et les lésions suivantes :

10 à '12 centigrammes d'un composé soluble d'antimoine, le tartre stibié par exemple, ingérés en une fois^par un adulte, peuvent amener la mort. Après l'ingestion, le sujet ressent une saveur métallique désagréable, puis les nausées, les vomissemenls, les superpurgalions, les douleurs à l'épigastre surviennent. La respiration et les mouvements cardiaques s'accélèrent d'abord, puis se ralentissent par suite de la paralysie qui se manifeste dans le muscle cardiaque et les muscles dilatatgurs de la poitrine. Le pouls s'affaiblit, devient presque insensible ; la cyanose apparaît et la température s'abaisse rapidement; enfin, après quelques convulsions, la mort arrive par arrêt de la circulation. On observe ordinairement, lorsque la mort n'a pas lieu le premier ou le deuxième jour après l'ingestion, l'apparition d'une éruption analogue à celle de la variole.

Les lésions observées à l'autopsie sont l'éruption que nous V enons de signaler qui se montre aussi à l'intérieur dans le tube digestif. Le canal intestinal est fortement injecté : le sang est fluide et de couleur sombre, parfois en constate une congestion des méninges, du cerveau et du poumon.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par Vétain. — Il est rare qu'on ait à constater un empoisonnement par l'étain. Les symptômes les plus caractéristiques sont une salivation particulière (salivation stannique), la fétidité de l'haleine, la coloration grisâtre des gencives, des douleurs violentes à Tépigas- Lltaud, Méd. lég, 37

tre et des abcès stanneux au pourtour de la langue. La muqueuse de l'estomac est souvent ulcére'e.

Les lésions que pre'sente le cadavre sont l'inflammation de la paroi stomacale qui est rouge par places, noire dans d'autres et parfois même ulcérée.

Plomb. — L'emploi du mélange d'acide sulfurique et d'acide nitrique pour détruire la partie organique des matières à examiner a fait passer le plomb à l'état de sulfate qui ne reste pas dissous en entier dans la liqueur jaune madère obtenue. Une portion du métal sulfaté reste au fond de la cornue à l'état de poudre blanche et pourrait à la rigueur être pris pour de l'oxyde d'étain ou de l'oxyde d'antimoine. Néanmoins, lorsqu'il ne s'agit pas d'un dosage, la quantité de plomb demeurée en solution est suffisante pour qu'on puisse caractériser ce métal. D'ailleurs on peut facilement lui adjoindre le sulfate de plomb précipité en traitant le sulfate par l'acide azotique qui le dissout peu à peu à l'ébuUition. Une fois la dissolution opérée, on réunit toutes les liqueurs et c'est sur une partie de leur mélange qu'on opère la recherche du plomb.

Dans ce but, la portion de liqueur consacrée à l'expérience est évaporée à sec dans une capsule de porcelaine ; on porte le résidu au rouge sombre, puis on laisse refroidir. En traitant alors ce résidu parla plus petite quantité possible d'eau froide, on enlève le zinc qu'il contient ; le plomb reste indissous à l'état de sulfate qu'on recueille sur un filtre.

Pour caractériser le plomb dans ce sulfate, on fait sécher le filtre, puis on le brûle au roiiÇe sombre après l'avoir imbibé d'acide azotique. Le papier se détruit et le sulfate reste isolé. Après refroidissement, à l'aide d'une spatule de platine, on enlève une petite quantité du produit et on la dépose sur un verre de montre. Si l'on est en présence de sulfate de plomb, le contenu du verre noircit au contact d'une solution aqueuse d'hydrogène sulfuré. Une deuxième portion de la matière, placée également dans un verre de montre, est recouverte avec un peu d'eau distillée ; on agite quelque temps le mélange avec une baguette de verre ; la liqueur filtrée après cette agitation donne un précipité jaune soit avec l'iodure de potassium, soit avec le chromate de potasse.

Symptômes et lésions de l'empoisonnement par le plomb. — Dans l'intoxication aiguë parle plomb, le sujet éprouve aussi-

tôt après Tingestion une saveur d'abord douceâtre, puis métallique et désagréable. Il est pris de nausées et de vomissements. Les matières rejetées sont souvent blanchâtres et renferment du chlorure de plomb. Une douleur vive commence à la bouche et s^'étend peu à peu à Testomac ; l'abdomen devient bientôt aussi douloureux ; il se contracte fortement. Descoliques surviennent et sont accompagnées de diarrhées peu abondantes et souvent colorées en noir parce qu'elles contiennent du sulfure noir de plomb. Le pouls se ralentit. Les traits s'altèrent et une faiblesse générale suit, puis le malade meurt dans le coma souvent avec une paralysie des extrémités inférieures.

Lorsque l'intoxication est lente, la peau se colore en jaune pâle terreux. L'haleine est odorante. La muqueuse buccale présente des taches d'un gris bleu ardoisé. Les gencives sont bordées d'un liséré de même couleur et les dents deviennent jaunes. Les malades éprouvent des coliques dites coliques saturnines, des douleurs dans les membres et des céphalalgies pénibles.

Les lésions observées sur le cadavre consistent en la couleur jaune pâle du corps, en la contraction de l'abdomen, en la formation à la surface des muqueuses d'un enduit blanc plomfcifère.

A ces caractères vient se joindre la coloration ardoisée des bords de la langue et des gencives.

On a constaté aussi parfois l'altération des tubuli des reins.

Zinc. — Dans les cas d'empoisonnement, du reste fort rares, par le zinc, ce toxique se concentre et peut être retrouvé dans la solution sulfo-azotique claire obtenue lors delà destruction des matières organiques.

Pour rechercher le zinc, on étend d'eau une portion de cette liqueur, puis on y fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré. Le plomb et le mercure se précipitent k l'état de sulfure noir, tandis que le zinc reste en solution. On filtre s'il y a lieu, puis on porte la liqueur filtrée à l'ébuUition pour chasser l'excès d'hydrogène sulfuré employé. Quand toute odeur a disparu, la liqueur est rendue ammoniacale, puis ramenée à une légère acidité par l'acide acétique. On le traite alors à nouveau par Fhydrogène sulfuré, qui donne cette fois naissance à un pré-

cipité blanc de sulfure de zinc s'il y a eu ingestion de ce métal. ^

Après quelque temps de repos, le sulfure de zinc est recueilli sur un filtre et lavé à l'eau chargée d'hydrogène sulfuré. On le dissout ensuite sur le filtre même enfarrosant avec de l'acide azotique faible, puis on fait bouillir la solutionjusqu'à ce qu'elle soit parfaitement éclaircie. Cette liqueur est propre alors à servir pour la recherche du zinc.

Le fait déjà observé de la précipitation en blanc par l'hydrogène sulfuré est un des caractères les plus saillants du zinc.

On peut lui adjoindre lesréactions suivantes :

La. potasse et Vammonique produisent dans la liqueur un précipité blanc d'oxyde de zinc hydraté qui est soluble dans un excès du réactif employé.

Le cyanoferride de potassium versé dans la liqueur détermine la formation d'un précipité jaune de cyanoferride de zinc.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par le zinc. — On distingue l'empoisonnement aigu de l'empoisonnement lent ou professionnel. Dans le premier cas, les sujets ressentent une saveur styptique désagréable, leur face est pâle ; ils éprouvent de la constriction à la gorge, des nausées suivies parfois de vomissements, la faiblesse est très grande et les patients se tiennent difficilement debout, ils sont atteints de crampes. La température s'abaisse et la mort survient au bout de quelques heures.

Dans l'intoxication lente ou professionnelle, on observe d'abord de la constipation, de l'amaigrissement et de l'anémie, puis surviennent la saveur métallique, la manque d'appétit, les vomissements, la céphalalgie, la toux, de l'érythème, des crampes, enfin la série des phénomènes signalés ci-dessus.

Les lésions consistent dans le ramollissementde la muqueuse de l'estomac et de l'intestin grêle. Celle de la bouche se ride et blanchit.

Cuivi^e. — Quand la proportion de cuivre que contiennent les organes est très notable, la liqueur azoto-sulfurique qui reste dans la cornue après la destruction des matières organiques présente une teinte verdâtre ; mais ce cas n'est pas très fréquent et le plus ordinairement cette coloration n'est pas ap-

parente. Quoi qu'il en soit sur ce point, on ajoute un excès d'ammoniaque liquide dans une partie de la liqueur à essayer, puis on filtre ; si cette liqueur contient du cuivre, elle devient d'un bleu plus ou moins foncé. On se'pare par fîltration le dépôt insoluble qu'a fait naître l'addition d'ammoniaque, puis on évapore à sec la liqueur filtrée. Le résidu obtenu est porté au rouge et maintenu pendant quelque temps à cette température. On laisse refroidir, puis on reprend à chaud la matière par de Tacide chlorhydrique. La solution acide sert alors à la recherche du cuivre.

Lorsqu'elle est cuprifère, cette liqueur présente les caractères suivants :

1° Elle précipite en noir par l'hydrogène sulfuré ;

2o Elle se colore en bleu par l'ammoniaque ;

30 Elle donne un dépôt de cuivre métallique sur le fer poli ;

4® Enfin le cyanoferrure de potassium lui fait prendre une teinte rouge brun ou bien la précipite en même couleur.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par le cuivre. — Dans l'empoisonnement aigu par le cuivre le patient ressent une saveur styptique écœurante. Bientôt les vomissements se déclarent et sont suivis de selles plus ou moins abondantes. La couleur des matières rendues est verdàtre ; on y rencontre souvent du sang. La céphalalgie devient intense; des crampes surviennent, la circulation, d'abord accélérée, se ralentit ; une sueur visqueuse couvre le corps du malade ; les urines se suppriment ; la respiration va en s'affaiblissant ; des phénomènes de paralysie se manifestent ; enfin la mort arrive par arrêt du cœur.

Lorsque l'intoxication est lente comme dans les cas d'intoxication professionnelle, les cheveux sont souvent verdàtres; la peau prend une teinte jaune pâle, les gencives sont bordées d'un liseré rouge, l'anémie est rapide ; il survient une toux catarrhale qu'aucune lésion pulmonaire ne peut expliquer ; on constate enfin les phénomènes de l'intoxication aiguë.

Les lésions les plus marquées qu'on observe sur le cadavre sont l'inflammation des muqueuses, qui présentent des taches rouges ou noirâtres et des ulcérations dans le rectum. Ces derniers caractères ne se montrent toutefois que rarement. La peau présente une teinte jaune ictérique. Le foie est injecté, les poumons congestionnés.

Mercure. — Comme pour les métaux dont il vient d'être question, c'est encore dans la liqueur azoto-sulfurique que se trouve le mercure.

Pour caractériser ce toxique, on évapore à siccité au bainmarie une partie de cette liqueur, puis on reprend le résidu de l'évaporation par une petite quantité d'eau froide et rendue faiblement nitrique. On filtre et on lave le précipité resté sur le filtre avec un peu d'eau. Les liqueurs éclaircies ainsi obtenues sont alors franchement acidifiées, puis traitées par un courant d'hydrogène sulfuré. Il se forme un précipité qu'on recueille sur un nouveau filtre et qu'on lave successivement avec de Teau chargée d'hydrogène sulfuré et avec une solution de sulfhydrate d'ammoniaque. Le résidu que contient le filtre après ces diverses opérations est constitué par du sulfure de mercure. Ce sulfure, débarrassé à l'aide d'eau distillée de l'excès de solution sulfureuse qui l'imprègne, est dissous à chaud dans l'acide azotique.

On peut maintenant caractériser le métal qu'elle contient à l'aide des réactions suivantes :

40 La solution nitrique amenée à neutralité doit précipiter en rouge par l'iodure de potassium, le précipité est soluble dans un excès de réactif;

2° Une goutte de la solution, déposée sur une lame de cuivre décapé, doit produire une tache grise et volatile de mercure métallique ;

30 Si l'on soumet à l'action d'une pile de Smitson (voir page 546) le reste de la liqueur consacré à la recherche du mercure, cette liqueur doit fournir sur la lame d'or une tache grise de mercure métallique. On caractérise en ce cas le mercure en roulant la lame d'or sur elle-même et en la chauffant au rouge dans un petit tube à essai fermé à l'une de ses extrémités. Le mercure se volatilise et vient former en avant de la partie chauffée du tube un anneau grisâtre de mercure métallique. On peut parfois en ce cas constater dans cet anneau la présence de petits globules de mercure métallique. Si ce caractère fait défaut, on coupe, àl'aide d'un trait de lime, l'extrémité fermée du tube à essai et on y introduit un petit cristal d'iode. En chauffant légèrement ce cristal, il se produit des vapeurs d'iode qui viennent transformer en iodure rouge de mercure l'anneau miroitant de mercure métallique.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par le mercure. —

Lorsque rempoisonnement par les composés mercuriels est aigu, les symptômes suivants se manifestent avec netteté' ; saveur métallique désagréable, haleine fétide, salivation mercurielle, tuméfaction de la langue, des lèvres, des parois buccales et de la gorge, sentiment de constriction. Il se produit des vomissements biliaires verdâtres et parfois sanguinolents, des évacuations alvines à odeur fétide. La face est pâle et grippée ; le pouls s'affaiblit rapidement ; le corps se couvre de sueurs froides ; la prostration devient extrême ; la voix s'éteint et la mort arrive après quelques syncopes.

Dans rempoisonnement lent ou professionnel, on constate surtout la faiblesse, la salivation plus ou moins accentuée, le tremblement mercuriel et parfois la nécrose des maxillaires.

Indépendamment de l'inflammation des muqueuses, des ecchymoses de l'intestin et de l'estomac, le foie subit une dégénérescence graisseuse profonde ainsi que les reins ; ces derniers organes sont décolorés et de teinte jaunâtre.

Arsenic. — Les dernières portions de la solution azoto-sulfurique servent à la recherche de l'arsenic. A cet effet, on les évapore doucement au bain-marie jusqu'à ce qu'elles cessent de dégager des vapeurs nitreuses. On étend d'eau le résidu acide restant, puis on répète l'évaporation au bain-marie.

Les dernières traces de produit nitreux étant chassées par ce deuxième traitement, on étend d'eau, puis on ramène l'arsenic au minimum par l'action d'un courant de gaz acide sulfureux. Il convient de laisser agir environ douz^ heures cet agent sur la matière, afin d'opérer une réduction complète. On chasse alors parl'ébullition l'excès d'acide sulfureux employé, puis après refroidissement, on fait passer dans la liqueur un courant de gaz hydrogène sulfuré. Le précipité recueilli sur un filtre et lavé à l'eau distillée est arrosé avec une solution aqueuse d'ammoniaque qui dissout le sulfure d'arsenic. La solution ammoniacale saturée peu à peu par de l'acide chlorhydrique laisse déposer le sulfure d'arsenic qu'elle a soustrait au précipité formé par l'hydrogène sulfuré. On attaque le sulfure par l'acide azotique, qui le convertit à Tébullition en un mélange d'acide sulfurique et d'acide arsénique. Le mélange est évaporé doucement à siccité, l'acide arsénique reste ainsi isolé.

Pour caractériser ce dernier acide, on le dissout dans une

petite quantité d'eau, puis on cherche à obtenir les réactions suivantes avec la solution.

10 Une partie de la solution est neutralisée par de l'ammoniaque, on fait agir sur le produit une solution de nitrate d'argent. Il se forme un précipité rouge brique d'arséniate d'argent.

20 Une autre partie de la solution est évaporée à une douce chaleur jusqu'à siccité dans une capsule de porcelaine. A Taide d'une spatule on détache du fond de la capsule le résidu de Févaporation, puis après en avoir mélangé une partie avec son volume de charbon en poudre, on chauffe ce mélange jusqu'au rouge dans un petit tube de verre fermé à l'une de ses extrémités. Il se forme bientôt en avant de la partie chauffée un anneau miroitant d'arsenic.

Cet anneau est volatil et se déplace à mesure qu'on le rapproche de la flamme qui sert à chaufferie tube. De plus, il se convertit en acide arsénieux de couleur blanche lorsqu'après avoir coupé l'extrémité fermée du tube on confinue à faire agir la chaleur sur ce tube tenu dans une position inclinée .

3° La troisième réaction caractéristique que doit fournir la solution qu'on suppose arsenicale est la production des taches miroitantes à l'appareil de Marsh.

Nous avons déjà décrit cet appareil (page 540) et la manière de le faire fonctionner. Il nous paraît donc superflu de revenir sur ce sujet, mais nous croyons utile d'insister sur certains détails d'exécution sans l'observation desquels la réussite de l'opération peut être compromise. En premier lieu, il est absolument indispensable que la liqueur à essayer soit complément exempte d'acide nitrique, car on a reconnu qu'une petite quantité d'acide introduite dans l'appareil suffit pour empocher la formation des taches caractéristiques. En second lieu, le dégagement de gaz hydrogène doit se produire avec assez de lenteur pour que la flamme qui brûle à l'extrémité du tube terminant l'appareil ait au plus une longueur de cinq à six millimètres. On a reconnu, en effet, qu'avec une flamme plus longue il peut arriver qu'une liqueur faiblement arsenicale ne donne pas de taches. Pour obtenir à la fois une flamme de dimension convenable et brûlant régulièrement, il faut n'introduire dans l'appareil qu'une dizaine de fragments de zinc pur en lames ayant 3 à 4 centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur. L'acide sulfurique pur employé pour

produire le gaz hydrogène devra être verse' en faible quantité par le tube à entonnoir, et s'il j a lieu d'en faire une addition nouvelle, ce sera avec un tube gradué qui permettra de ne pas en faire sensiblement varier la dose. Grâce à ces précautions, la flamnle de l'hydrogène restera la même tout le temps que durera Fessai.

Enfin nous insistons sur le point d'essayer à blanc la flamme de Tappareil atin de s'assurer de l'arsenic dans l'acide sulfurique et dans le zinc employés.

Symptômes et lésions de V empoisonnement par l'arsenic. — La manifestation des phénomènes d'intoxication ne se montre en général qu'au bout d'une demi-heure après l'ingestion. Il survient dans l'œsophage une sensation de brûlure très vive, des douleurs intenses à l'estomac, des vomissements de matières muqueuses, enfin des diarrhées blanches et séreuses. En même temps se déclarent une soif ardente et des crampes aux mollets. La peau d'abord fraîche et pâle se cyanose au visage et aux mains: le pouls s'affaiblit; enfin, après une prostration générale, le malade succombe dans le collapsus, dit Taylor.

Dans certains cas, les vomissements cessent et les symptômes ci-dessus mentionnés sont remplacés par d'autres symptômes. On constate alors de l'albuminurie, l'affaiblissement des muscles et de l'énergie du cœur. La peau prend une teinte ictérique.

Il arrive aussi que les signes qui prédominent sont ceux d'une affection cérébro-spinale que suit une paralysie générale et la mort.

Les lésions existant sur le cadavre sont la cyanose de la face et des extrémités, le gonflement et le ramollissement des muqueuses de l'estomac et de l'intestin. Ces deux portions de l'appareil digestif renferment un liquide séreux parfois teinté de sang. La dégénérescence graisseuse du foie, des reins et du cœur est manifeste.

Alcaloïdes organiques. — La cinquième partie des matières est consacrée à la recherche des alcaloïdes organiques.

Boutmy se sert ici de la méthode de Stas qui lui paraît encore le procédé le plus sûr parmi tous ceux qui ont été proposés.

Méthode de Stas. — Nous avons déjà fait connaître cette

méthode. Néanmoins nous en répétons ici les détails pour éviter aux expérimentateurs, dans le cas d'une expertise médico-légale, Tobligation de se reporter à ce que nous avons dit précédemment.

Les matières amenées à Tétat de pulpe ou de bouillie claire et auxquelles on adjoint une partie des liquides trouvés dans les organes sont introduites dans un ballon de verre. On les recouvre avec deux fois leur poids d'un alcool à 9^^ et dans lequel on a fait dissoudre à l'avance de 0 gr. 5 à 1 gramme d'acide tartrique pur. A l'aide d'un bain-mari e on porte la masse à la température de 70*' centigrades, puis on laisse refroidir. Le contenu du ballon est jeté sur un linge de toile dans lequel on l'exprime fortement. Les matières solides restées sur le linge en sont alors détachées et lavées à l'alcool pur jusqu'à ce qu'elles ne cèdent plus rien à ce dissolvant. On réunit toutes les liqueurs obtenues et aprè* les avoir filtrées sur un liltre de papier qui retient les impuretés passées au travers du linge, on les concentre dans le vide. Pendant le cours de cette concentration, il se dépose ordinairement des matières grasses qu'on enlève de temps en temps en filtrant sur du papier Berzélius mouillé. Quand la liqueur est devenue sirupeuse, on la mélange par petites portions avec de l'alcool absolu, qui détermine la précipitation de matières protéiques. Ces matières sont séparées par filtration et le liquide clair restant est finalement évaporé à sec dans le vide. On reprend par un peu d'eau distillée le résidu de cette dernière évaporation. La solution aqueuse ainsi obtenue est placée dans un flacon bouché à l'émeri, on la sature par du bicarbonate de soude. Dès que l'alcalinité de la masse est manifeste, on agite le contenu du flacon successivement avec de l'éther et du chloroforme. Ces dissolvants, enlevés par décantation, sont évaporés librementà l'air. Ils abandonnent alors un résidu alcalin, qui peut être liquide ou solide. Dans le premier cas, il y a de grandes présomptions pour qu'on se trouve en présence de la conicine ou de la nicotine. Dans le second, pour que ce soit en présence des alcaloïdes fixes tels que la morphine, la strychnine, la vératrine, etc.

Pour caractériser l'alcaloïde isolé, on a recours alors au tableau que nous avons placé page 559 et dans lequel se trouvent indiquées les réactions les plus nettes que présentent les principaux de ces corps.

Ptomaïnes. — Jusque dans ces derniers temps les réactions chimiques dont il vient d'être question ont suffi aux médecins et aux chimistes pour appuyer les conclusions de leurs rapports d'expertise. Mais en 1878, M. Selmi, professeur à Bologne, a appelé l'attention du monde savant sur la formation au cours de la décomposition cadavérique de certains alcaloïdes vénéneux, auxquels il a donné le nom de ptomaïnes et qui peuvent être confondus avec les bases végétales toxiques. Brouardel et Boutmy ont établi d'une manière certaine que l'existence des ptomaïnes ne pouvait être contestée, que ces alcaloïdes vénéneux 6 fois sur 10 se forment dans un court espace de temps après la mort (8 jours suffisent souvent pour les voir apparaître), que les uns se rapprochent par leur action toxique de la strychnine et de la vératrine et que d'autres présentent de l'analogie avec la morphine ; qu'ils sont le plus souvent solides, cristallisables et fixes, mais qu'il paraît^ en exister aussi de volatils ; enfin que le moyen le meilleur pour s'opposer à la formation des ptomaïnes dans le temps qui s'écoule entre le moment de l'autopsie et celui où l'on peut procéder à l'analyse des viscères est le maintien du cadavre à une basse température par un procédé de réfrigération quelconque de l'air ambiant.

Des travaux récents semblent démontrer que des corps alcaloïdiques peuvent prendre naissance dans l'organisme sous l'influence d'états pathologiques divers. D'après certains auteurs, l'urine même normale pourrait contenir des ptomaïnes.

L'opérateur doit donc être sans cesse en défiance et chercher à caractériser les alcaloïdes par le plus grand nombre d'essais possible. Ce n'est pas seulement parce qu'une base retirée d'un cadavre présentera par exemple la coloration bleue de la strychnine avec le mélange de bichromate de potasse et l'acide sulfurique qu'on pourra l'identifier avec ce poison redoutable. 11 sera indispensable pour conclure en ce sens que toutes les autres réactions chimiques connues de la strychnine aient été obtenues et qu'à ces nombreux renseignements chimiques vienne se joindre l'analogie la plus complète entre les phénomènes physiologiques produits par la strychnine proprement dite ou ses combinaisons et les phénomènes déterminés par la base extraite du cadavre.

On consultera avec fruit le travail récemment publié par M. PopofT sur les caractères chimiques qui permettent de dif-

férencier les alcaloïdes végétaux des ptomaïnes (Travaux du j Laboratoire de toxicologie, Paris 1891). -^

§ 5. — Recherche des spiritueux et des ^

anesthésiques. 1

1° Alcool. — On retrouve assez facilement Falcool contenu dans les matières de l'estomac par la distillation ; aux liquides distillés, on ajoute du carbonate de potasse cristallisé, qui détermine la séparation de l'alcool et de Teau qui l'accompagne. L'alcool pourra être caractérisé de diverses façons, notamment par sa transformation en iodoforme sous l'influence de la potasse et de l'iode. Lorsqu'on ne peut opérer que sur une •très petite portion de substances, on ne peut obtenir un résultat appréciable par la distillation. On doit alors avoir recours à l'appareil de Perrin et Duroy, qui se compose (fig. 33) d'un ballon sur une capsule, servant de bain-marie et muni d'un bouchon traversé par deux tubes de verre : le premier tube se rend à un gazomètre plein d'air ; le second se rend, après avoir traversé deux petits ballons remplis de chaux vive, dans deux tubes d'essais contenant une solution d'acide chromique qui doit servir de réactif à l'alcool. Cette liqueur titrée est obtenue parla dissolution d'un décigramme de bichromate de potasse dans 30 grammes d'acide sulfurique.

Lorsqu'on place dans le grand ballon de l'alcool en solution ou du sang d'un animal ayant été intoxiqué par cette substance, le courant d'air pénétrant dans ce ballon chasse les vapeurs hydro-alcooliques. Celles-ci se dessèchent en passant sur la chaux des petits ballons et se rendent dans la liqueur du tube d'essai qui prend instantanément une couleur verte indiquant la réduction de l'acide chromique en sesquioxyde de chrome.

2° Chloroforme. — C'est dans le sang, le cerveau, les organes parenchymateux, principalement le foie et la rate, que le chimiste doit rechercher le chloroforme, en procédant de la matière suivante :

On délaye les matières de manière à obtenir une bouillie claire, et on les place dans un ballon récipient A (fig. 34). Ce balloi; est mis en communication par un tube de verre t avec un tube de porcelaine BB, placé dans un fourneau à réverbère ;

l'appareil est terminé par un tube à boules de Liebig t\ contenant une dissolution d'azotate d'argent.

On porte au rouge le tube BB', puis on chauffe le ballon A

au bain-marie. Le chloroforme se dégage avec de la vapeur

d'eau, se décompose dans le tube de porcelaine en donnant du chlore et de l'acide chlorhydrique qui forment du chlorure d'argent avec l'azotate d'argent du tube de Liebig. Ce chlorure est recueilli et on le reconnaît à la propriété qu'il possède d'être insoluble dans l'acide nitrique, de se dissoudre rapidement dans l'ammoniaque et de devenir violet à la lumière.

30 Éther. — C'est principalement dans le cerveau, le foie et le sang qu'on doit rechercher l'éther. On peut employer soit le procédé que nous avons indiqué pour l'alcool, car cette

Fjg. 34.

substance réduit le bichromate de potasse, soit l'appareil qui sert à la recherche du phosphore. Dans ce cas, au lieu de chaufferdirectementle vase distillatoire B (fig. 35), dans lequel on a placé* les matières, il est préférable de chauffer doucement au bain-marie et de faire passer dans le ballon B un courant d'air qui favorise le départ de l'éther.

40 Amylène. — Lallemand, Perrin et Duroy ont employé pour la recherche.de l'amylène la propriété que possède cet agent de s'oxyder aux dépens de l'acide chromique, qui se transforme alors en sesquioxyde de chrome.

L'appareil qu'ils ont employé est analogue à celui mis en usage pour Talcool. mais il est un peu plus simple. Il se compose (fig. 36) d'un ballon duquel partent deux tubes : l'un qui se rend à un gazomètre, l'autre à un tube d'essai contenant une dissolution de 10 centigrammes de bichromate de potasse dans 30 grammes d'acide sulfurique. L'appareil se termine par un autre tube d'essai. (Voyez la description de l'appareil pour la recherche de l'alcool.)

11 n'est pas nécessaire de faire chauffer les matières conte-

Fig. 35.

nues dans le ballon, car l'amylène est très volatil et insoluble dans l'eau; le courant d'air qui se dégage du gazomètre est suffisant pour enlever, même à une basse température, l'amylène contenu dans les matières organiques.

p 6. —Autres substances toxiques d'origine végétale

ou animale.

1° Digitaline. — Cette substance se présente sous]la forme de cristaux blancs, solubles dans l'alcool, presque insolubles

dans l'éther. Elle est inaltérable à Fair et possède une amertume excessive. Les acides la dissolvent et donnent un liquide qui re'duit les dissolutions alcalines de cuivre par une longue

ébuUition (Bonis). Certaines espèces de digitaline se colorent" en vert par Facide chlorhydrique. Traitée par un mélange d'acide sulfurique et d'alcool, puis additionnée d'une goutte de

perchlorure de fer, la digitaline donne une coloration verte intense et caractéristique (Lafon). Il ne faut pas oublier que les digitalines de diverses provenances pre'sentent souvent des réactions diverses. Lefort indique comme caractère spécial de la digitaline l'odeur propre à la feuille de digitale récemment pulvérisée, odeur qui est encore plus prononcée par l'addition d'acide chlorhydrique.

L'expert devra toujours traiter les matières suspectes par l'alcool afm d'obtenir un extrait destiné à Texpérimentation physiologique.

2o Picrotoxine. — Cette substance est extraite delà coque du Levant. Elle cristallise en prismes quadrilatères et a une amertume excessive. Elle est un peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et l'acide acétique. La picrotoxine réduit les solutions alcalines de cuivre et donne de l'acide oxalique par l'action de l'acide acétique. On n'a jamais observé d'empoisonnement criminel par la coque du Levant, mais cette substance peut donner lieu à des empoisonnements accidentels. On sait qu'elle est souvent employée pour empoisonner les étangs et les rivières, et on prétend que les poissons ainsi péchés ne peuvent pas toujours être mangés impunément (Bouis).

30 Colchicine. — C'est le principe actif du colchique. Cette substance a un aspect résineux, jaunâtre et cristallise dans l'alcool aqueux en aiguilles déliées. Elle est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Le tannin donne avec la colchicine un précipité blanc qui se rassemble par la chaleur et prend un aspect résineux ; avec la teinture d'iode et l'iodure de potassium ioduré, on a un précipité brun kermès ; avec le chlorure d'or, un précipité jaune d'or ; avec l'eau de chlore, on a également un précipité jaune (Rabuteau). L'acide nitrique (de densité 1,4) colore la colchicine en violet passant au rouge par addition de potasse. Le sulfovanadate d'ammoniaque donne une coloration verte.

40 Sabine. — Nous avons vu (p. 100) que la sabine était employée dans l'avortement criminel et possédait des propriétés éminemment toxiques. D'après Bouis, on reconnaît la présence de ce corps en distillant les matières suspectes avec

LUTAUD. Méd. lég. 38

de Teau : on obtient un liquide trouble et opaque qui a l'odeur et le goût de Fhuile de sabine. Le résidu traité par l'étherpeut donner une solution verdâtre, contenant de la sabine et de la chlorophylle.

50 Curare et curarine. — La curarine est insoluble dans l'éther lorsqu'elle est sèche, et se dissout dans ce liquide lorsqu'elle est précipitée de sa solution dans l'acide tartrique. €ette substance se colore en bleu par l'acide sulfurique ; en violet par le bichromate de potasse et l'acide sulfurique ; l'acide nitrique la colore en pourpre.

60 Cantharides et cantharidine. — Voici le procédé indiqué par Rabuteau. On épuise les matières suspectes par l'alcool additionné d'éther ; on évapore à moitié, puis on agite le résidu avec de la magnésie calcinée et Ton continue l'évaporation au bain-marie. Le résidu sec est repris par l'éther, et la solution éthérée obtenue est abandonnée à elle-même à une douce chaleur. Des cristaux de cantharidine se déposent bientôt, mais pour les obtenir à l'état de pureté, il faut traiter lej résidu éthéré par le chloroforme qui dissout la cantharidine ef la laisse déposer à son tour par évaporation.

La cantharidine est insoluble dans l'eau, peu soluble dans le chloroforme et les acides sulfurique et acétique. Eboli signalé la réaction suivante : lorsqu'on traite cette substanc( par l'acide sulfurique concentré, elle se dissout dans l'acide sans le colorer ; mais si, après avoir chauffé, jusqu'au point <i'ébullition, un peu de la dissolution acide dans un verre d( montre, on éloigne la flamme, puis on ajoute un peu de bi- 'Chromate de potasse, on obtient une masse verte. On sait que la plus petite quantité de cantharidine détermine sur la peai la formation d'une vésicule.

Quand l'empoisonnement a eu lieu par la poudre de cantharides, on retrouve souvent dans les intestins des fragmentsj 4'élytres qui brillent à la lumière directe du soleil d'un éclat mordoré éblouissant.

V Am. ,

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