‹ Manuel de médecine légaleChapitre 49 sur 353 · Ann. d'hyg. et de méd. lég., p · texte numérisé non relu

Ann. d'hyg. et de méd. lég., p

2» Hamelin, art. Rue, Dict. encyclopédique, 3»

série, t. V.

lODURE DE POTASSIUM. — ERGOT DE SEIGLE. 99

Lient également posse'der des propriétés abortives. La science ne possède qu'un seul fait, qui semble assez concluant. Un herboriste de Marseille ayant administré à une femme grosse de quatre mois une potion contenant 4 grammes d'iodure de potassium pour 150 grammes de véhicule, on observa les symptômes suivants : après l'administration de la première cuillerée, la femme ressentit de la chaleur à l'épigastre ; le lendemain, après l'ingestion de la troisième cuillerée, elle eut une forte hémorrhagie utérine. Une quatrième cuillerée ayant été donnée le soir et une cinquième le lendemain matin, les signes de l'avortement se déclarèrent. MM. René, Dumas et Fuster, appelés en qualité d'experts dans cette affaire, ont considéré l'iodure de potassium comme la cause de l'avortement.

Malgré l'autorité de ces noms pous persistons à mettre en doute les propriétés abortives de l'iodure de potassium.

Ergot de seigle. — Ce médicament a été très bien étudié au point de vue qui nous occupe. Il résulte d'un grand nombre d'observations que, dans la première moitié de la grossesse, l'ergot ne peut qu'aide!^ à accomplir l'avortement, mais non le solliciter, et que, à une époque plus avancée, il peut quelquefois éveiller la contractilité de Vutérus. Telle est l'opinion de Danyau, à laquelle Tardieu se rattache complètement. « Au premier rang des motifs qui ont rendu le seigle ergoté suspect aux médecins et à l'autorité,* dit M. Danyau dans son rapport à l'Académie, il faut placer la crainte du criminel emploi qu'on en pouvait faire. N'était-ce pas un nouveau moyen abortif offert ■ à la perversité, moyen plus redoutable encore que ceux jusqu'alors mis en usage, puis(i[ue les coupables, moins retenus par la crainte des accidents et assuré/ de l'impunité du crime qui ne devait pas laisser de traces, auraient le champ libre et ne connaîtraient plus de bornes à leurs entreprises ! Ces appréhensions étaient au moins exagérées. Le seigle excite, réveille la contractilité de l'utérus quand, fatiguée, épuisée, elle sommeille ; il l'éveille difiîcilement, on a même cru longtemps qu'il ne pouvait l'éveiller quand elle n'a pas encore été mise enjeu. La rareté des avortements, pendant les épidémies d"ergotisme, n'était pas un motif suffisant de sécurité? Mais plus tard, cette propriété qu'on avait d'abord déniée au seigle, il se trouva qu'il la possédait, au moins à une époque avancée de la grossesse. C'est en la mettant à profit que, dans un grand

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nombre de cas déjà, l'accouchement a été provoqué avant terme. Ce que les maîtres de l'art ont opéré dans l'intérêt de la mère et de l'enfant, d'autres n'ont-ils pu le faire dans de criminelles intentions? Cette question paraît encore préoccuper l'autorité; c'est ce qu'on peut au moins inférer d'un passage de la lettre de M. le Préfet de police, qui ne mentionne pas, à la vérité, des faits bien précis. Nous ne pensons pas que le seigle puisse, sans aucun travail commencé, sans impulsion étrangère, sans manœuvres préalables, à lui seul enfin, mettre «n jeu les contractions de l'utérus dans la première moitié de la grossesse, qui est celle pendant laquelle le crime d'avortement est le plus souvent commis. Mais ce qu'il ne saurait accomplir tout seul, il peut au moins concourir à l'opérer, et nul doute que, dans ces ténébreuses manœuvres, il ne fasse partie des moyens employés sinon à la destruction, du moins à l'expulsion des fœtus. Co*mbien, dès lors, n'est-il pas regrettable qu'on ne puisse pas le rendre absolument inaccessible aux mains qui en font un si criminel usage. »

Sabine., — Les opinions sont contradictoires à l'égard de cette substance. Fodéré rapporte le fait d'une femme enceinte de sept mois qui, ayant avalé une écuelle devin contenant une forte dose de sabine en poudre, éprouva pendant quinze jours des vomissements et une fièvre intense sans que la grossesse cessât de parcourir. Jusqu'au terme, son cours régulier. D'un autre côté, Murray et Letheby * ont publié deux observations dans lesquelles l'administration de la sabine en infusion produisit l'avortement et la mort. Les expériences d'Orfila ont démontré que la sabine produit une vive inflammation des organes digestifs, détermine des troubles graves du côté du système nerveux, et que son action ne diffère pas sensiblement d'un empoisonnement, dans lequel l'avortement ne se présenterait que comme conséquence extrême d'un désordre général porté jusqu'à la mort. Quoi qu'il en soit, les propriétés abortives de la sabine sont moins caractéristiques que celles de la rue.

If, — On a rapporté plusieurs tentatives d'avortement suivies de mort à la suite de l'ingestion d'une infusion de feuilles de cet arbre ^. Dans ces cas et dans une expérience pratiquée sur une chienne, la mort est survenue avant l'expulsion du produit de la conception. Les propriétés abortives de l'if ne

1. Presse médicale de Marseille, 1858 ; Tardieu, Avortements, p. 31.

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