MOYENS CHIRURGICAUX
sauraient donc être considérées comme constantes. Il en est de même de plusieurs autres substances toxiques : sulfure de carbone, digitale, poudre de cantharides, dont l'action spéciale sur l'utérus n'a pas été suffisamment démontrée. M. Legrand du Saulle accepte cependant les propriétés abortives du sulfure de carbone, et cite à ce sujet la fréquence des avortements chez les ouvrières qui travaillent le caoutchouc soufflé.
Émissions sanguines. — La saignée et les applications de sangsues ont eu autrefois la réputation de produire l'avortement. Même appliquées sur la vulve, les sangsues ont une efficacité des plus douteuses. Néanmoins, ces pratiques, laites sur une femme enceinte sans le conseil d'un médecin autorisé, doivent éveiller de justes soupçons.
c. Moyens directs ou chirurgicaux. — Ce sont des opérations plus ou moins simples pratiquées sur l'utérus pour obtenir le décollement de l'œuf ou la perforation des membranes fœtales. On n'y a généralement recours qu'après avoir inutilement essayé les moyens médicaux que nous avons décrits plus haut. Quoiqu'il soit possible dans certains cas d'atteindre l'utérus avec le doigt, l'opération exige presque toujours l'emploi d'un instrument. Mais les gens qui se livrent à la pratique de Tavortement ont, en général, trop de prudence pour employer des instruments spéciaux dont la possession serait compromettante. Ces instruments ne sont donc pas toujou) s d'ordre chirurgical: aiguilles à tricoter, tringles de rideaux, fuseaux, plumes d'oie, telles senties armes employées par les matrones dans un grand nombre de cas.
Les récents progrès de la science sont venus fournir de nouvelles indications aux criminels, surtout à ceux appartenant de près ou de loin à la profession médicale. On commence maintenant à connaître les procédés récemment appliqués à la chirurgie obstétricale. On a déjà eu recours dans plusieurs cas à V éponge préparée introduite dans la cavité du col ; les injections d'eau chaude, préconisées parKiwisch (de Ratterau), ont été également employées, et il est peu de sages-femmes adonnées à la pratique des avortements qui connaissent et ne sachent appliquer le dilatateur utérin de Tarnier. Dans un cas observé par Tardieu ', un individu a vainement essayé l'emploi
1. Chevalier, Dlcuexne et Ra-ïnai., Ann. d'hyg. et de méd. lég., 2* série, t. IV.
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de l'électricité pour procurer l'avortement de sa servante.
Les expertises médico-légales seront d'autant plus difficiles dans ces derniers cas qu'on aura le plus souvent affaire à des accusés versés dans la pratique obstétricale et qui pourront donner à leurs manœuvres des prétextes et fournir des explications scientifiques et, en apparence, plausibles.
Comme nous l'avons dit plus haut, on peut distinguer deux sortes de moyens chirurgicaux, ceux qui décollent l'œuf et ceux qui perforent les membranes. Comme le font remarquer Briant et Chaude, cette distinction peut avoir quelque importance au point de vue médico-légal : « En effet, la présence de lésions sur le fœtus rendra probable la perforation ; leur absence, au contraire, fera présumer qu'on a eu recours au décollement, et comme ce moyen constitue un mode plus difficile et pour ainsi dire plus savant, son emploi permettra à la justice de reconnaître une main plus exercée et de diriger ses soupçons avec plus de certitude ».
Parmi les moyens directs de nature à provoquer ou tout au moins à favoriser l'avortement, Hoffmann signale les frictions exercées sur le ventre. Wistraud, cité par Hoffmann, rapporte que, dans un cas, l'avortement est survenu après des frictions énergiques et répétées sur le bas-ventre. Le même auteur raconte qu'il y a en Suède des masseurs qui se sont acquis une réputation comme presseurs de ventre (Bauchdrûcker) et qui passent pour produire facilement Tavortement. Sans nier d'une façon absolue l'action de ce moyen mécanique, nous pensons qu'il ne peut acquérir une grande importance en médecine légale. Il est en effet impossible de démontrer par l'examen que le moyen a été employé dans un but criminel.
Quoique cela paraisse invraisemblable, nous pensons qu'une femme peut pratiquer sur elle-même les manœuvres mécaniques nécessaires à la production de l'avortement. (Voy. p. 113.)
CONSTATATION MÉDICO-LÉGALE DE l'aVORTEMENT.
Les circpnstances particulières au milieu desquelles s'opère l'avortement criminel le font différer, au point de vue de la symptomatologie et du pronostic, de l'avortement naturel et de l'avortement légalement pratiqué par le chirurgien.
On trouvera dans les traités d'accouchements la description dès symptômes qui accompagnent l'avortement spontané.
Quant aux symptômes de l'avortement criminel, ils n'ont rien de bien caractéristique. Dans la plupart des cas, la femme éprouve, au moment de l'opération ou peu d'instants après, une vive douleur, soit dans les reins, soit dans un point de l'abdomen. Une hémorrhagie plus ou moins abondante survient presque immédiatement, surtout lorsqu'il y a eu ponction de l'utérus. On observe ensuite des nausées, des vomissements, fin écoulement de sang et de liquide amniotique qui annoncent le commencement du travail.
Il suffit, pour montrer le danger des manœuvres abortives coupables, de rappeler que sur il6 cas d'avortement criminel exactement observés, 60 ont été suivis de mort, tandis que îiur 26 avortements pratiqués légalement, selon les règles de l'art, on na observé aucun incident grave. L'hémorrhagie, ia métro-péritonite et la perforation de l'utérus sont les plus^ redoutables complications de l'avortement et ce sont ces suites qui font découvrir le crime dans un bon nombre de cas. Mais le plus grave et le plus fréquent accident qui complique l'avortement criminel est la rétention des membranes dans l'utc'rus qui détermine la septicémie et dont les conséquences peuvent se manifester plusieurs jours et même plusieurs semaines après, alors que la femme semblait hors de danger.
H importe de préciser autant que possible l'intervalle qui s'est écoulé entre les manœuvres abortives et l'expulsion de l'œuf. Sur 34 cas d'accouchement provoqué, Orfila avait noté que le minimum de temps écoulé entre l'opération et l'expulsion était de treize heures et demie et le maximum de six jours. Tardieu, qui a observé un nombre considérable d'avortements produits par des manœuvres criminelles directes, formule l'opinion suivante : <( Je considère comme rares les cas où la date de l'expulsion du fœtus a été de six, sept, huit ou onze jours. Le maximum et le minimum du temps écoulé entre l'opération et la consommation de l'avortement varient ■donc de cinq heures à onze jours ; mais, je le répète le résultat est obtenu le plus souvent à la suite des manœuvres criminelles dans les quatre premiers jours. S'il s'agit du procédé fréquemment employé aujourd'hui, de l'injection intra-utérine, les choses marchent plus vite encore. Après une seule injection, si elle a réellement pénétré dans la cavité de la matrice, les contractions de l'organe commencent très vite et peuvent ;provoquer Vexpulsion en quelques heures. Je ne l'ai pas vue
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tarder au delà de dix-huit heures et, dans deux cas, je Tai vue accomplie en six ou huit heures. » Nous ne saurions partager entièrement l'opinion de Tardieu, et nous pensons que le temps qui sépare les manœuvres abortives de l'expulsion du produit peut être beaucoup plus long. Il suffit, pour appuyer cette opinion, de constater les phénomènes qui accompagnent l'avortement spontané. Dans ces cas la délivrance peut survenir plusieurs semaines après l'expulsion du fœtus.
L'expert chargé d'éclairer la justice dans un cas présumé d'avortement devra procéder à Vexamen du produit expulsé, à Vexamen de la femme et à V autopsie, s'il y a lieu.
a. Examen du produit de la conception. — Il faut d'abord constater la nature de ce produit, qui peut être resté dans les parties génitales de la mère ou se trouver dans les caillots de l'hémorrhagie. Cette opération, qui est souvent difficile, sera pratiquée avec le plus grand soin afin d'éviter de détériorer l'œuf et d'y faire des déchirures qui pourraient être prises plus tard pour des lésions criminelles. Le point essentiel est de s'assurer si les débris plus ou moins informes qu'on présente quelquefois à l'expert appartiennent réellement à un fœtus : dans ce but, on lavera avec soin ces débris et on procédera à un examen anatomique minutieux. L'examen histologique, qui permettra de reconnaître l'organisation des membranes et la présence des villosités placentaires, sera souvent nécessaire.
On recherchera ensuite les maladies de l'embryon et de ses annexes : hémorrhagie, hydatides, infiltrations graisseuses, etc., dont l'existence peut causer l'avortement naturel.
Les blessures de l'embryon et de ses membranes sont rares avec les procédés d'avortement actuellement en usage; on les recherchera néanmoins avec soin. C'est le plus souvent au sommet du crâne que se trouvent les piqûres, les déchirures ou autres lésions faites pendant la vie fœtale. Dans les cas cités par Ollivier (d'Angers) et Tardieu, les blessures du fœtus occupaient le sommet de la tête, Toccipital, la fontanelle antérieure, la région qui s'étend du sommet de la tête aux vertèbres cervicales. Dans un cas, l'occipital avait été percé ; dans d'autres, les os du crâne avaient été fracturés. (Hufeland.)
L'aspect général du fœtus permettra, dans quelques casj d'arriver à la détermination approximative de l'époque à laf
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quelle il a cessé de vivre dans le sein de sa mère. Il est, du reste, facile de distinguer la putréfaction qui se produit à l'air libre de la macération qui a eu lieu dans l'utérus. L'enlèvement de Tépiderme, les rides et la mollesse de la peau, la teinte rouge brun uniforme des téguments, l'infiltration de sérosité rougeâtre dans le tisiu cellulaire et les cavités séreuses sont autant de signes qui attestent que l'embryon avait cessé de vivre plusieurs jours avant son expulsion. D'après M. lourdes, une putréfaction très avancée rend l'expulsion naturelle plus probable, tandis que les signes de vie et Te'tat de fraîcheur des tissus indiquent un avortement rapide.
M. Le Blond (1) a réuni un certain nombre d'observations qui lui permettent de conclure que l'avortement spontané qui survient pendant les trois premiers mois de la grossesse se fait habituellement en bloc, c'est-à-dire que l'embryon est expulsé entouré de ses membranes intactes. On conçoit aisément l'importance du fait au point de vue de la constatation médico-légale de l'avortement. Les faits personnels que nous avons observés viennent à l'appui de cette doctrine, et nous pensons avec- M. Le Blond que, dans l'avortement des premiers mois de la grossesse, lorsque les membranes sont rompues et qu'elles sont saine?, l'avortement a été provoqué. Cette opinion, habilement soutenue devant la Société de médecine légale par M. Gallard, a été combattue par M. Charpentier. Sans qu'il soit possible dan§ l'état actuel de la science de se prononcer définitivement sur cette question, nous pensons que la rupture prématurée de l'œuf est un signe d'avortement provoqué.
Quoi qu'il en soit, nous pensons que, en général, pendant les deux premiers mois l'avortement se fait dans un seul bloc dans lequel sont compris l'œuf et son contenu ; c'est Vavortement ovulaire. « S'il s'opérait en deux temps, dit M. Brouardel, le médecin légiste ne semblerait pas pouvoir tirer de ce fait des données suffisantes pour affirmer que la rupture n'est pas naturelle et pour reconnaître avec certitude qu'il n'y avait pas altération des membranes ^a.
Il importe également de constater l'âge probable du fœtus en se basant sur le développement des organes externes et internes, mais nous ferons remarquer que cette constatation est d'une importance secondaire et ne peut que servir à contrôler