‹ Manuel de médecine légaleChapitre 53 sur 353 · DE L'AVORTEMENT MÉDICAL · texte numérisé non relu

DE L'AVORTEMENT MÉDICAL

lionnes dans ce sens répondirent que la femme avait pris du mercure. Le simple énoncé de celle substance, si redoutée des gens du monde, impressionna péniblement l'auditoire : magistrats, jurés et public.

Delanglard fit alors demander au président quelle a été \a préparation mercurielle employée. Du mercure pur, fût-il répondu, du vif-argent, du mercure à. baromètre. •

Delanglard ayant instruit le président du caractère inoffensif de cet agent métallique, celui-ci manda le docteur Guérard et lui demanda s'il avait conservé quelques souvenirs du séjour de la malade dans les salles de son service. Ce praticien consulta les cahiers de service et ne trouva rien dans les prescriptions qui put faire supposer une fausse couche ou une perte utérine. Le séjour à l'hôpital avait" été très court et la médication tiès simple.

Le président demanda alors à Guérard si le mercure à l'élat métallique peut produire l'avortement. Sa réponse négative vint confirmer l'opinion qu'avait émise Delanglard, et le procès changea de face immédiatement. Les trois témoins furent arrêtés séance tenante, et la femme fit bientôt des aveux complets. Le prévenu fut acquitté.

Nous nous dispensons d'accompagner ces deux faits de commentaires. Il est probable du reste qu'ils resteront longtempsisolés.

On a répété bien souvent que tout est possible ; cela est vrai, surtout de quelques-uns des faits qui se présentent à l'observation du médecin-légiste, et parmi ceux-ci l'avortement simulé occupera désormais une place à part. Mais il ne nous est pas donné de prédire dans quelles circonstances nouvelles d'autres faits de cette nature pourraient se produire.

DE L AVORTEl^ENT MEDICAL OU THERAPEUTIQUE.

L'avortement pratiqué dans un but thérapeutique a soulevéau même titre que la céphalotripsie l'opposition d'un grand nombre de médecins. Dans la discussion qui eut lieu à ce sujet à l'Académie de médecine en 18o2, tous les orateurs, à l'exception de Bégin et de Moreau, reconnurent la nécessité et la légitimité de l'avortement provoqué dans certains cas déterminés.

il sera donc utile au médecin-légiste d'avoir présentes à

l'esprit les circonstances qui autorisent l'intervention. Il faut

pour cela que la vie de la mère coure un danger sérieux, car

-on n'a plus ici, comme dans l'accouchement prématuré, la

chance d'obtenir un enfant vivant. L'Académie ne s'est occu-

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pée dans sa discussion que des rétrécissements du bassin inférieurs à 63 millimètres et des vomissements incoercibles^ mais Joulin signale d'autres motifs tout aussi impérieux d'avoir recours à l'opération. Elle est également indiquée dans les cas <le tumeurs ne pouvant être opérées ou mobilisées et qui agissent par leur volume at la manière des rétrécissements inférieurs à 65 millimètres. La rétroversion utérine est également une circonstance qui peut nécessiter l'intervention. Mais il •est excessivement rare que Téclampsie, l'hémorrhagie et les autres affections qui peuvent nécessiter Taccouchement prématuré exigent la déplétion de Forgane avant l'époque de la "viabilité (Joulin).

Mais on pourra toujours réfuter les arguments mis en avant par l'accusé qui se retrancherait derrière ce système de défense, •en rappelant cette loi professionnelle que, dans aucun cas, V av or tentent provoqué ne doit être tenté sans quHl y ait eu une ■consultation avec des confrères. C'est là une règle absolue qui me souffre aucune exception, car l'opération n'est jamais d'une urgence extrême et on a toujours le temps de s'y préparer.

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