QUESTIONS MEDICO-LEGALES RELATIVES A L AVORTEMENT
10 Existe-t-il certaines substances capables de pro- 'duire l'avortement ? — Les développements que nous avons donnés plus haut nous empêchent de traiter longuement cette question qui sera fréquemment posée à l'homme de l'art appelé à déposer devant les tribunaux. Nous pensons avec la plupart des médecins-légistes que les substances prétendues abortives ne jouent qu'un rôle insignifiant ou secondaire dans la plupart des cas d'avortement. En résumé, dit Tardieu, si l'on cherche à se rendre un compte exact des effets .réels des substances réputées abortives, on voit que le plus grand nombre ne méritent pas cette qualification et que si l'action vénéneuse de l'if, de la sabine et surtout de la rue, se combine avec une sorte d'influence spéciale sur la matrice, il n'en est pas 'de même de l'ergot de seigle qui, impuissant à provoquer la contractilité de cet organe, n'agit sur lui que par une sorte de stimulation seconxlaire. On est ainsi conduit à reconnaître que, dans l'immense majorité des cas, les breuvages ne jouent qu'un rôle apparent dans la perpétration du
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crime d'avortement et qu'il faut en chercher ailleurs les agents réels et directs.
L'expert pourra donc, dans cette circonstance, reproduire cette opinion qui a été soutenue avec tant d'autorité par les médecins-légistes les plus éminents. Dans tous les cas, il évitera toujours de donner une réponse affirmative et se contentera de dire que certaines substances ont la réputation de produire Vavortement, mais que ces propriétés abortives n'ont pas encore été établies par des faits scientifiques rigoureusement observés.
1^ Existait-il une maladie qui pût justifier l'avortement ? — Les développements que nous avons fournis à propos de Tavortement médical aideront beaucoup à la solution de cette question. Si l'accusé se retranche derrière la doctrine dangereuse de la légitimité de l'avortement, l'expert pourra facilement apprécier la certitude et l'urgence des indications en même temps que l'omission de toutes les garanties qu'exigent le devoir et la sécurité professionnels.
3° L^accusée a-t-elle pu ignorer la nature des manœuvres qui étaient pratiquées sur elle? — Lorsque la femme se décide à faire décrocher ou à faire couler son enfant elle ignore le plus souvent la nature des manœuvres qu'elle aura à subir; nous l'avons dit plus haut, ces manœuvres sont d'une très grande simplicité, et nous admettons, avecTardieu, qu'elles puissent être pratiquées sur une femme sans que celle-ci ait une idée précise de l'acte qui s'accomplit. « C'est ainsi que beaucoup de victimes soutiennent de la meilleure foi du monde que la sage-femme s'est bornée à leur introduire un doigt dans la matrice et que cette introduction n'a différé des préc»'dentes que par les suites. » Il est bien évident que, dans l'immense majorité des cas, lorsqu'une femme est enceinte et se met entre les mains d'une sage-femme, ses intentions doivent être soupçonnées ; mais, nous le répétons, elle peut ignorer le moment précis où l'acte criminel a été accompli.
4° Une femme peut-elle pratiquer sur elle-même des manœuvres abortives? — Un grand nombre de femmes absorbent, le plus souvent sans résultat, des substances réputées abortives. Mais il en est d'autres, plus expérimentées et LUTAUD, Méd. lég. 8
t)E l'avortement.
plus adroites, qui arrivent à décoller elles-mêmes Fœuf en introduisant une sonde dans la matrice. J'avais déjà observé en 1881 deux exemples de ce genre, mais une intéressante discussion qui eut lieu à la Société de médecine légale en 1884 est venue jeter sur cette question un jour nouveau.
M. Charpentier a cité l'observation d'une dame qui, à deux reprises, s'était fait avorter en introduisant elle-même une sonde dans l'utérus. M. Le Blond a rapporté un fait analogue. Dans un autre cas emprunté à la pratique de M. Couillaud la femme s'était fait avorter en introduisant dans la matrice une paire de longs ciseaux.
Dans les cas qui me sont personnels, l'utérus était très abaissé et facilement accessible lorsque la femme était dans le décubitus dorsal. J'estime donc qu'une femme qui a déjà eu des enfants et dont l'utérus abaissé est facilement accessible peut se faire avorter, sans le concours de personne, en introduisant un instrument dans le canal cervical. Cette conclusion a une grande valeur pratique en médecine légale.
Hésumé du chapitre III.
I/avortemeiU est l'expulsion prématurée et violemment provoquée du produit de la conception, indépendamment de toutes les circonstances d'âge, de viabilité et même de formation régulière.
L'avorlement est un crime Fréquemment pratiqué, et les -coupables sont, le plus souvent, des femmes.
C'est entre le troisième et le cinquième mois que l'avortement criminel est le plus souvent provoqué.
L'expert doit toujours avoir présentes à l'esprit les causes qui produisent Vavortement spontané et accidentel. Ces causes peuvent provenir du père, de la santé générale et ►de l'habitude de la mère, de l'état de la matrice et de ses annexes, des maladies de l'œuf et du fœtus. Les causes déterminantes, telles que commotions, chutes, coups, agissent ordinairement en décollant le placenta et en provoquant l'inflammation et la rupture des membranes.
Les moyens employés pour produire l'avortement criminel se divisent en préparatoires ; indirects ou médicaux; directs ou chirurgicaux.
Les premiers qui consistent en bains, saignées, pédilu- •ves irritants, etc., sont tentés au début de la grossesse, et sont généralement sans action.
Les moyens médicaux comprennent certaines substances médicamenteuses qui ont une action élective sur Tutérus. Les plus importantes sont la rue^ l'iodure de potassium, i'ergot de seigle, la sabine et l'if. Les propriétés abortives de ces substances sont loin d'être constantes et au-dessus de toute contestation.
Les moyens directs sont : le décollement du placenta avec une sonde introduite dans le col et contournant l'œuf ; l'ouverture de la poche amniotique avec un instrument ,jpoinlu ; l'introduction d'une éponge préparée dans la ca- 5rité du col ; les injections d'eau chaude dans l'utérus.
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En général, quand Tavortement esl connu de la justice, c'est qu'il n'a pas réussi.
Les manœuvres abortives sont extrêmement dangereuses. Sur 416 cas d'avortement criminel, 60 ont été suivis de mort.
L'expert pourra reconnaître l'avortement en examinant la femme et \q produit expulsé. On constate si le produit expulsé appartient bien à un fœtus, et si l'embryon est porteur d'une maladie dont l'existence peut causer l'avortement naturel.
Il existe des observations dans lesquelles l'avortement a été simulé dans un but crimineL
L'avortement médical ou obstétrical est celui que le médecin a le droit et le devoir de faire pour sauver la femme. V accouchement prématuré artificiel se pratique lorsque l'enfant peut vivre et est viable. Quand le rétrécissement est au-dessous de 6 cent. 4/2, il faut provoquer l'avortement ; s'il est de 7 cent. 4/2, il faut pratiquer Taccouchement prématuré. L'avortement médical se pratique aussi dans les cas de rachitisme, de tumeurs du bassin et de vomissements incoercibles ; mais il ne doit jamais être tenté sans qu'il y ait eu consultation avec un ou plusieurs confrères.
Une femme peut, dans certains cas, pratiquer sur ellemême des manœuvres abortives suivies d'effet.