SPASME DE LA GLOTTE CHEZ LES ENFANTS
Étiologie.— Le spasme idiopathique de la glotte, qu’on appelle encore asthme thymique, asthme de Kopp, est une affection de la
première enfance. Elle apparaît en général entre le quatrième mois et la fin de la seconde année, rarement dans le cours des trois premiers mois et exceptionnellement au delà de deux ans.
Elle est plus fréquente chez les garçons que chez les filles.
Parfois, frappant indistinctement tous ou presque tous les enfants d’une même famille, elle se présente avec un cachet de maladie héréditaire très prononcé. Gerhardt et Reid en ont rapporté ou cité quelques exemples très remarquables.
Les éléments étiologiques auxquels, à tort ou à raison, on a attribué une certaine importance dans le développement du spasme de la glotte chez les enfants sont très divers. Le rachitisme a été particulièrement incriminé. Il occupe en effet une place de premier ordre dans les relevés statistiques de Henocht, et Flesch, cité par Gottstein?, estime que les trois quarts des cas de spasme glottique se produisent chez des enfants entachés de rachitisme. On a encore accusé les troubles digestifs provoqués par une alimentation défectueuse dans le cours d’un allaitement artificiel ou au moment du sevrage, le travail de la dentition, les vers intestinaux, etc. Mais ce n’est là qu’une étiologie pour ainsi dire tirée des circonstances et d'ordre secondaire. Ainsi que nous le verrons en discutant les opinions qui ont été émises sur la pathogénie et la nature du spasme du larynx chez les enfants, aucun de ces facteurs morbides ne saurait à lui seul créer de toutes pièces le spasme de la glotte et sans doute leur rôle se borne, en réalité, à aider au développement de l’affection et à provoquer le retour des accès.
D'ailleurs, il arrive fréquemment que toutes ces causes adjuvantes ou occasionnelles font défaut; en pareil cas le spasme surgit sans motif appréciable, au milieu d’un état de santé en apparence parfaite. .
Description. — Le spasme idiopathique de l'enfance débute assez fréquemment, mais non toujours, pendant le sommeil, comme le faux croup. L'enfant est pris subitement et sans symptômes précurseurs d’une attaque de suffocation dont voici les caractères : brusquement la respiration s'arrête, la tête se rejette en arrière, la bouche est largement ouverte comme pour aspirer l'air ; la face, d’abord pâlie, se congestionne, les veines se gonflent, la cyanose apparaît, l’asphyxie est imminente ; le thorax est immobilisé, l’air ne pénètre pas dans la poitrine. Si l’on ausculte à ce moment de la crise, on n’entend plusle murmure vésiculaire, les battements du cœur sont faibles, irréguliers ou tumultueux. En même temps, si l’accès est violent, les membres
1. HENOCH, Beiträge zur Kinderheilkunde, 1868. 2. GOTTSTEIN, Maladies du larynx, trad. par Rougier, Paris, 1888.
se raidissent, le pouce se porte vers la paume de la main, les doigts étant allongés ou fléchis sur le métacarpe ; des mouvements toniques et parfois cloniques des membres se produisent; des évacuations alvines ont lieu. Quelquefois, après avoir persisté quelques secondes, une minute, deux minutes au plus, l’accès cesse brusquement, la respiration redevient libre tout à coup et l’enfant reprend son air naturel ou se rendort. D’autres fois une série de petites inspirations saccadées et peu sonores, ou bien une inspiration profonde et bruyante marquent la fin de l'accès. Le plus souvent l'intelligence est ou semble conservée, mais elle est quelquefois abolie.
Évolution. — C’est une maladie à marche chronique, qui passe d'ordinaire par des phases alternantes de rémission et d’aggravation. [Il est rare que l’accès et surtout le premier accès détermine la mort par suffocation. Après la première crise, l’enfantrecouvre rapidement les apparences de la santé. Il n’y a chez lui ni fièvre, ni aucun état inflammatoire des voies aériennes. Mais bientôt, soit spontanément, soit sous l’influence d’un émoi, d’une colère, un second accès se produit, puis un troisième; les crises vont se répétant à intervalles plus ou moins éloignés ; elles apparaissent indifféremment le jour ou la nuit. Dans les cas graves les accèsserapprochent de plus en plus; le malade perd l'appétit, s’affaiblit, la diarrhée apparaît et l'enfant finit par succomber dans le marasme ou sous le coup d’une affection intercurrente, s’il ne meurt pas asphyxié dans le cours d’un accès.
La survie est loin d’être rare; on voit alors les accès s’éloigner, perdre de leur intensité, en même temps que l’état général du malade s'améliore progressivement.
De grandes crises d’éclampsie parfaitement caractérisées peuvent précéder les accès de spasme, alterner avec eux ou leur succéder.
Pronostic. — Le pronostic est donc très grave, puisque les jeunes enfants, quelque vigoureux qu’ils soient au début de l’affection, sont exposés à périr par asphyxie pendant un accès ou à succomber par la répétition trop fréquente des crises. Il est grave encore, alors même que les crises s’atténuent, s’espacent de plus en plus ou cessent complètement, parce qu’elles sont l’indice d’un état névropathique, héréditaire ou acquis, mais le plus souvent irrémédiable. Elles sont, en effet, d’un fâcheux augure pour l'avenir des sujets qui en sont atteints; elles marquent parfois le début d’une longue carrière convulsive.
Diagnostic. — La laryngite striduleuse ne saurait être confondue avec le spasme idiopathique ; elle frappe des enfants plus âgés ; elle est précédée en général d’un catarrhe laryngien; elle s’accom-
pagne d’une toux rauque ou éclatante, d’inspirations sifflantes; jamais on n’observe au cours des accès qu’elle détermine les contractions toniques ou les mouvements convulsifs de l'accès d'asthme thymique; enfin c’est une maladie à évolution rapide dont le cycle ne comprend guère plus de cinq ou six accès.
On confondra encore moins le spasme glottique avec le croup. Le spasme de la glotte est une maladie des enfants à la mamelle; le croup est infiniment rare à cet âge; le croup est une maladie continue et progressive, traversée par des paroxysmes de dyspnée, dans l'intervalle desquels l'oppression et les autres signes de la laryngite persistent, tandis que, l’accès de spasme glottique terminé, la dyspnée est nulle, la respiration et la voix restent normales. Le croup enfin est une maladie fébrile : il n’y a pas de fièvre dans les cas de spasme glottique.
La coqueluche, les abcès rétro-pharyngiens et lesaccès de dyspnée
qu'ils provoquent ont une évolution et une symptomatologie trop spéciales pour qu’ils puissent être confondus avec le spasme de la glotte.
Quant aux crises de suffocation qu’on observe chez les enfants porteurs de fistules congénitales trachéo-œæsophagiennes, elles ne sauraient être l’origine d’une erreur de diagnostic. En pareil cas les accès se sont montrés dès les premiers jours qui ont suivi la naissance et se reproduisent seulement à l’occasion des prises de lait.
Chez quelques enfants on voit éclater de temps à autre, toujours à l’occasion d’une violente colère, des accès de suffocation de courte durée. Ces enfants blêmissent brusquement et rejettent leur tête en arrière ; leurs yeux se convulsent et la respiration paraît un instant suspendue. La rareté de ces accès, leur relation constante avec la cause qui les produit les feront aisément reconnaître.
Nature et pathogénie. — Cette affection est de la nature des névroses. Elle n’est qu’une des formes de l’éclampsie infantile. Elle ne répond à aucune lésion déterminée du larynx, ni de ses nerfs, ni des centres nerveux. Les lésions anatomiques qu’on a rencontrées à l’autopsie des enfants morts de spasme glottique sont ou bien des altérations secondaires, produites par le mécanisme de l'effort et de lasphyxie pendant les accès eux-mêmes (tels sont l’emphysème pulmonaire, la congestion encéphalique, l'hypérémie et les suffusions sanguines des méninges), ou bien des lésions concomitantes par coïncidence fortuite et complètement étrangères aux accès de spasme essentiel (telles sont, par exemple, les altérations rachitiques des os du crâne, la tuméfaction des ganglions du mésentère, etc.).
Quant à l'augmentation de volume du thymus et à la compression
des poumons par cette glande, invoquées par Kopp! comme facteur principal de la maladie, elles ne sauraient être prises en sérieuse considération. Cette théorie, comme celle qui attribuait le spasme glottique à la compression de l’encéphale consécutive au ramollissement rachitique de l’occipital (craniotabes), n’a plus aujourd’hui qu'un intérêt historique. Dans cet ordre d'idées, M. Hérard? a beaucoup contribué à assigner aux faits leur véritable valeur. Il a montré qu’il n'existait aucune relation constante entre l’hypertrophie du thymus ou telle autre lésion et le développement du spasme de la glotte.
En somme, l’opinion qui est aujourd’hui généralement acceptée est celle soutenue par Trousseau (Journal de médecine, 1845, Cliniques de l’Hôtel-Dieu), par Valleix, puis par Rilliet et Barthez qui, dans la deuxième édition de leur livre, décrivent le spasme de la glotte sous le titre de convulsion interne. Ce spasme n’est pas purement laryngien ; le diaphragme, les autres muscles de la respiration, ceux des membres participent aussi à la convulsion (d’où le nom de phréno-glottisme proposé par Bouchut). Il n’est qu’une forme de l’'éclampsie infantile. Cet état convulsif, désigné sous le nom de spasme idiopathique de la glotte, ne se distingue en effet par aucun caractère fondamental des paroxysmes irréguliers de l’épilepsie vraie et l’on sait que les grands accès comitiaux succèdent parfois aux crises de spasme glottique, soit immédiatement, soit après une période de répit plus ou moins prolongée. Qu'il apparaisse spontanément ou sous l'influence d’une des causes accidentelles que nous avons déjà citées, le spasme de la glotte appartient à l’histoire de l’épilepsie essentielle ou des épilepsies d’origine réflexe.
Traitement. — Pendant l’accès on s’efforcera de rappeler les mouvements respiratoires ; on doit débarrasser le cou et la poitrine des vêtements qui l’enserrent, frictionner le thorax, asperger le visage d’eau froide et, si l’asphyxie est imminente, recourir au cathétérisme du larynx et pratiquer la respiration artificielle.
Dans l'intervalle des crises et pour en prévenir le retour, il faut rechercher les causes provocatrices et les supprimer autant que possible, surveiller rigoureusement lalimentation des enfants, assurer l’aération constante de la chambre et le séjour temporaire en plein air. Les médicaments nervins, le muse, l’asa fœtida, les préparations de zinc, le bromure de potassium ont été recommandés. Mais il y a peu à attendre de la médication interne.
1. Kopp (Réunion des naluralisles allemands, Heidelberg, 1829, et Denkwürdig- £eilen, in den ürtztlichen Praxis, Francfort-s.-Mein, 1830). 2. HÉRARD, Spasme de la glotte (Thèse de Paris, 1847).