‹ Manuel de médecine (volume 2)Chapitre 19 sur 104 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

2. A l’état physiologique, la toux peut être provoquée par l’excitation de certaines régions de la trachée et des bronches, dites zones tussigènes (paroi postérieure de la trachée, bifurcation des bronches, tuyaux bronchiques). A l’état pathologique, la propriété tussigène paraît appartenir à toute la muqueuse enflammée.

et expulse d’abord des crachats visqueux, puis des crachats opaques et jaunâtres. Ajoutez une sensation pénible de chaleur et de chatouillement derrière la poignée du sternum, un peu de courbature et de fatigue, de la céphalalgie et vous aurez le tableau de cette affection bénigne qui guérit en quelques jours.

2% La forme intense a des symptômes plus marqués et comprend une période d’invasion et une période d’éfat, elle-même divisée en période de crudité et période de maturité ou de coction.

L’invasion est celle d’une maladie infectieuse aiguë ; elle est marquée par « de la courbature, de la céphalalgie, du malaise général, et par une fièvre que caractérisent de petits frissons répétés, une élévation thermique à maximum vespéral, à rémission matinale très accentuée. Les phénomènes fébriles précèdent parfois d’un jour ou deux les symptômes thoraciques » (Jaccoud).

La période de crudité comprend : de la douleur rétro-sternale, trachéale et laryngée, et une courbature dorso-lombaire. La foux précédée d’un chatouillement trachéal, spontanée ou provoquée par diverses influences, est d’abord quinteuse, sèche et bruyante. Les crachats ont les caractères que nous avons signalés : transparents, écumeux, visqueux et consistants. La dyspnée est plus ou moins accentuée et l’auscultation fait percevoir les réles sonores — sibilants ou ronflants — signalés ci-dessus. La fièvre persiste pendant toute cette période, qui comporte aussi quelques symptômes d’embarras gastrique : langue saburrale, anorexie, etc.

A la période de coction la fièvre tombe, la peau redevient moite. L’expectoration est facile et consiste en crachats abondants, volumineux, jaune verdâtre, muco-purulents. A lauscultation on constate les signes de sécrétion abondante des bronches : rdles muqueux à grosses bulles, à bulles moyennes, et même râle souscrépitant fin.

La guérison survient alors ordinairement après un ou deux septénaires.

Pronostic. — La bronchite a frigore, dont nous venons de dire les symptômes et l’évolution, est en général une maladie bénigne.

Elle acquiert cependant de la gravité chez les enfants, où elle peut gagner les bronches intra-lobulaires et acineuses et servir ainsi de prélude à la bronchite capillaire. Chez les vicillards encore, qui ne peuvent parfois se débarrasser des mucosités accumulées dans les tuyaux bronchiques, la bronchite aiguë peut amener la mort. Chez les cardiaques, elle peut déterminer l’explosion d’une attaque d’asystolie. Chez les bossus enfin, toute cause de dyspnée étant à redouter, elle peut avoir des conséquences funestes.

Il arrive aussi parfois que, chez les individus prédisposés, une

série de bronchites aiguës toutes bénignes, guérissant toutes, conduit à la bronchite chronique, maladie à pronostic beaucoup plus sérieux.

Les bronchites secondaires n’ont pas de pronostic spécial : elles ne sont qu’un épisode dans la maladie générale, épisode qui n’acquiert jamais ni la gravité ni l'importance des complications pulmonaires qui coexistent souvent.

Diagnostic. — Le diagnostic de la bronchite a frigore ne présente vraiment aucune difficulté sérieuse : l’auscultation, la toux, le caractère des crachats, la marche spéciale l’établissent facilement.

Les bronchites secondaires demandent à être cherchées, et cette recherche est des plus aisées.

Une bronchite unilatérale, lorsqu'elle est un peu persistante et qu’elle s’accentue de plus en plus, doit toujours faire soupçonner une lésion locale et surtout la tuberculose au début. Il faudra donc suivre le malade à ce point de vue, avec le plus grand soin.

Traitement. — La forme légère de la bronchite a frigore ne réclame guère que le séjour à la chambre, dans une atmosphère douce, et l’usage de quelques boissons chaudes, émollientes, du lait chaud mêlé ou non à ces tisanes!.

La forme intense doit être traitée; pour la combattre, on s’adressera aux révulsifs, aux vomitifs, aux narcotiques.

Les révulsifs seront surtout les ventouses sèches appliquées largement sur le thorax, et la teinture d'iode ou le coton iodé.

Les vomitifs peuvent rendre des services : ils sont indiqués quand la langue est saburrale et que les symptômes d’embarras des voies digestives sont bien marqués.

Les narcotiques forment la base du traitement?. On s’adresse soit à l’opium (pilules de cynoglosse, extrait thébaïque, sirop diacode), soit à l’hydrolat de laurier-cerise. On peut employer avec succès les diverses tisanes pectorales (violette, mauve, bouillon blanc, coquelicot), dont l’ancienne médecine faisait un si large usage et qui sont,

1. Laennec recommandait particulièrement l’usage de l'alcool pour enrayer la marche du catarrhe aigu :

Bonne eau-de-vie............... 30 à 45 grammes. Infusion de violette très chaude.. 60 à 90 — Sirop de guimauve.............. q. S.

À prendre en une seule fois.

2. On a souvent conseillé les fumigations narcotiques : Feuilles de belladone...... dote Te nes 10 grammes. Eau remets ea ee 500 — Faire bouillir un quart d'heure. Recouvrir d’un entonnoir renversé le vase qui contient le liquide et aspirer la vapeur par le bec de l’entonnoir. La durée de la fumigation doit être de cinq à dix minutes au plus.

sinon des narcotiques, au moins d'excellents calmants. On les édulcorera avec le sirop de Tolut.

Le séjour à la chambre et au besoin le repos au lit compléteront le traitement ordinaire chez l’adulte.

Chez l'enfant, administrez plus largement les vomitifs, qui débarrasseront les bronches ; donnez un looch avec 10 centigrammes de kermès ou 25 centigrammes d'oxyde blanc d’antimoine ; choisissez comme préparation opiacée la poudre de Dower; faites appliquer des bottes ouatées légèrement sinapisées, et faites la révulsion avec le coton iodé laissé très peu de temps en place sur le thorax.

Les bronchites secondaires attirent en général bien peu l’attention retenue par des symptômes plus importants. Au cas où la congestion bronchique s’accentuerait d’une façon trop marquée, combattez-la par des ventouses sèches.

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