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LASÈGUE (Arch, génér. de médecine, 187, t. Il): e

chimiquement la présence de cet acide dans les matières expectorées; il attribue l’altération du produit bronchique à une perversion du système nerveux comparable à celle qui détermine l’apparition du sucre dans le sang, dans l’expérience de la piqûre du plancher de Cl. Bernard » (Straus'). L’explication de Laycock n’a pas grande vraisemblance. Nous dirions aujourd’hui qu'il y a, sous l’action des germes, fermentation putride des mucosités accumulées dans les bronches; mais la nature des germes qui créent cette fermentation et la raison de leur intervention dans tel cas, de leur non-intervention dans tel autre, ne nous est pas connue. Ce qu’il faut bien retenir pour le diagnostic, c’est que l’expectoration « de la bronchite putride peut offrir tous les caractères de celle de la gangrène vraie du poumon, l’aspect, la consistance, l'odeur, la séparation en trois couches, la présence de bouchons de Dittrich (ajoutons la présence de micro-organismes variés identiques): celle de débris pulmonaires est seule caractéristique de la gangrène vraie » (Straus, d’après Traube).

Pronostic. — Le pronostic de la bronchite chronique est suffisamment indiqué dans les lignes précédentes : elle n’est pas, le plus ordinairement, une affection grave, mais elle peut entrainer les accidents les plus sérieux : asphyæie, asystolie, gangrène pulmonaire.

Diagnostic. — Le diagnostic de la bronchite chronique n’est pas difficile : les caractères de l’expectoration, les résultats de l’auscultation, la longue durée des manifestations paraissent des indices qui ne permettent guère l’erreur.

Deux affections seulement peuvent rendre le diagnostic hésitant : la bronchectasie et la phtisie à marche chronique.

Bronchite chronique et bronchectasie sont le plus souvent associées : les affections qui créent la bronchectasie créent de même la bronchite chronique, et la bronchite chronique appelle la dilatation des bronches : l'erreur est donc de peu d'importance.

La bronchectasie diffère de la bronchite chronique par les caractères de son expectoration, rendue souvent en bloc, presque à la façon d’une vomique. Ge symptôme si important vient-il à manquer, on à pour guides dans le diagnostic les signes cavitaires que donne lauscultation. Le problème clinique se limite d’ailleurs le plus souvent à ceci: y a-t-il, outre la bronchite chronique, dilatation des bronches?

Le diagnostic avec la bronchite chronique a été longtemps embarrassant, et chez des malades toussant depuis longtemps,

1. STRAUS, Gangrène pulmonaire, in art. Poumon, du Nouv. Diclion. de médecine el de chirurgie prat., 1880.

rendant des crachats muqueux ou muco-purulents (catarrhe muqueux), souvent amaigris, la question de tuberculose se pose. On a réuni en clinique une série de signes différentiels souvent d’une appréciation délicate, que nous nous garderons d’énumérer : un simple examen microscopique des crachats, au besoin une inoculation au cobaye, tranche aujourd’hui la question en révélant ou non la présence du bacille de Koch, qui est le seul véritable critérium.

Traitement. — Le traitement doit réclamer une place importante dans cette question. Nous écarterons les variétés spéciales de bronchites, telles que la bronchite des cardiaques, où l'effort thérapeutique doit porter sur le cœur, et très secondairement sur les phénomènes bronchiques; les bronchites professionnelles, où le véritable mode de traitement consiste à soustraire le malade aux poussières et vapeurs irritantes qui lèsent sa muqueuse bronchique.

Les bronchites chroniques, où la bronche est en jeu primitivement, ou du moins joue un rôle majeur, sont justiciables d’un grand nombre de moyens thérapeutiques.

Les révulsifs cutanés seront modérément employés, et surtout dans le cas de poussées aiguës et subaiguës : on s’adressera aux divers emplätres connus (thapsia, etc.), aux vésicatoires, à l’huile de croton, etc.

Les narcotiques peuvent être mis en usage pour calmer une toux fatigante et épuisant le malade; comme dans la bronchite aiguë, on emploiera l’opium (extrait d’opium, extrait thébaïque, morphine, codéine), la belladone, la jusquiame ; le datura stramonium en fumigations réussira bien quand la dyspnée est marquée et paroxystique.

Les expectorants soulagent beaucoup le malade en Paidant à expulser les mucosités bronchiques. On s’adressera, soit aux antimoniaux (tartre stibié à la dose de 1 à 5 centigrammes), médicaments actifs et à action rapide; soit au kermès (40 centigrammes à 1 gramme par jour dans un julep gommeux), à l’oxyde blanc d’antimoine. L’ipéca à petites doses réussit aussi fort bien. On a vanté encore le polygala, la gomme ammoniaque (à la dose de 10 centigrammes) et le chlorhydrate d’ammoniaque. Le premier groupe (tartre stibié, ipéca, kermès, oxyde blanc d’antimoine) doit être préféré.

Les balsamiques exercent une action modificatrice puissante sur la sécrétion bronchique. L’eau de goudron est d’un usage très populaire, mais on trouve plus d’avantages à faire usage des baumes de Tolu et du Pérou, du benjoin, même du copahu, qui a donné de bons résultats. Les modificateurs les plus puissants sont encore la créosote (vin créosoté, capsules ou perles, glycérolé) et le dernier venu dans cette série, la terpine, qu’on administre en cachets, en

capsules, en élixir, à la dose de 1 gramme de substance active par jour.

L’eucalyptol donne aussi de bons résultats, surtout quand les sécrétions bronchiques ont de la tendance à la fétidité (1 à 2 grammes en vingt-quatre heures).

Les astringents sont conseillés dans le cas de sécrétion trop abondante : on conseille le tannin, le cachou, l’extrait de ratanhia.

Le soufre est une des substances les plus actives contre la bronchite chronique et réussit souvent là où les autres préparations ont échoué. Il faut donner la préférence aux eaux minérales sulfureuses (Eaux-Bonnes, Cauterets, Labassère, Enghien) prises soit à domicile, soit sur les lieux mêmes, c’est-à-dire au traitement thermal. Les eaux arsenicales du Mont-Dore sont très vantées et réussissent bien, surtout dans la bronchite avec asthme. Le traitement par les eaux de Saint-Honoré est efficace dans les bronchites chroniques encore peu intenses.

Telle est la longue série des agents thérapeutiques mis en usage contre la bronchite chronique. Un certain nombre — et nous avons pris soin de les signaler — ont une valeur réelle.

Il existe aussi un traitement hygiénique qu’il ne faut pas négliger. On aura toujours présent à l’esprit que les poussées aiguës sont fréquentes et qu’elles aggravent singulièrement le mal : on évitera avec le plus grand soin tout refroidissement qui pourrait en déterminer l’éclosion.

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