‹ Manuel de médecine (volume 2)Chapitre 22 sur 104 · BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE · texte numérisé non relu

BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE

Les pseudo-membranes bronchiques sont de nature et d’origine très variées. La diphtérie, sur les bronches comme au larynx et à la trachée, fait une fausse membrane; l’histoire de cette bronchite pseudo-membraneuse est à peine digne d’une mention, car elle est effacée d’une part par les symptômes laryngés (croup), de l’autre par les symptômes pulmonaires (broncho-pneumonie) qui trop souvent coïncident avec la présence de fausses membranes diphtériques sur la trachée. Ces fausses membranes bronchiques sont bien connues de tous ceux qui ont pratiqué la trachéotomie chez des enfants, à la période où la diphtérie a déjà franchi le larynx pour descendre vers le poumon. Rejetées par la plaie trachéale, elles apparaissent tubulées, ramifiées, véritables moules bronchiques.

L’éruption variolique se traduit souvent sur les bronches, non par des pustules semblables aux pustules cutanées, mais par une fausse membrane étendue en lame, comme d’ailleurs sur le larynx. Gette fausse membrane est remplie de micro-organismes. La bronchite variolique pseudo-membraneuse n’a pas d'histoire clinique.

Il en est de même de la fausse membrane qui se produit sur les bronches dans les cas de fièvre typhoïde compliqués de laryngotyphus. Il s’agit là d'infection secondaire, probablement streptococcique (d’après les examens anciens de Klebs et Eppinger).

Enfin, il est une variété à laquelle s'applique vraiment le nom de bronchite pseudo-membraneuse. Étudiée sommairement par Leudet, Gintrac, Lebert, Laboulbène, etc., elle a fait le sujet de la thèse inaugurale de M. P. Lucas-Championnière (1876)!. En voici très sommairement résumés les traits principaux.

Assez fréquente chez l’enfant, la bronchite pseudo-membraneuse atteint surtout les sujets de dix à trente ans et, de préférence, les sujets à constitution peu robuste, ayant souffert de plusieurs bronchites antérieures.

La maladie est caractérisée par un accès de toux et d’oppression que suit l'expulsion de fausses membranes.

Pendant l’accès, la dyspnée est violente : une énorme sécrétion obstrue les tuyaux bronchiques et se traduit par le rejet d’une expectoration abondante. Cette expectoration peut, dans quelques cas particulièrement violents, être teintée de sang. Il peut y avoir même une hémorrhagie assez abondante.

Après l’accès — deux ou trois heures après — vient le rejet de fausses membranes, teintées ou non de sang, se présentant comme de petites boulettes qui montrent une disposition ramifiée lorsqu'on les fait flotter dans l’eau et qu’on les étale.

Ces fausses membranes, caractéristiques de l'affection, se présentent sous forme de fragments pouvant mesurer de 8 à 10 centimètres de longueur, plus souvent de moindre dimension. Ce sont des moules bronchiques, pleins ou pourvus d’une lumière centrale, ressemblant à du vermicelle, à du macaroni, à des bandelettes ou des morceaux de ténia; ils ont parfois la forme de chapelets. Ils sont constitués de la façon la plus évidente par une série de feuillets concentriques. On les a bien à tort considérés comme le reliquat d’épanchements sanguins, ou comme des productions semblables aux membranes diphtériques. Il ne faut y voir que des composés de mucine et d’albumine (Grancher), de fibrine d’après la plupart des observations;

1. Parmi les travaux récents, nous citerons le travail de M. P. REGARD, Contrib. à l'étude de la bronchite fibrineuse (Thèse de Berne, 1887).

on y a signalé la présence de la syntonine!. Au microscope, on trouve, englobés dans la masse fondamentale, des débris de l’épithélium desquamé, des leucocytes, des globules rouges, des cristaux de Charcot-Leyden comme ceux qu’on rencontre dans les crachats des asthmatiques.

Après l’accès le malade éprouve une grande amélioration. Les accès, séparés souvent par de longs intervalles — des mois ou même des années, — ailleurs se répétant toutes les semaines, sont souvent provoqués par l’action d’une cause extérieure telle que le froid.

Pendant la crise, l’auscultation ne fournit ordinairement que quelques renseignements sans signification précise : on perçoit des râles de bronchite, mais aussi dans quelques cas une diminution marquée du murmure vésiculaire, qui correspond à l’obstruction que produit dans les tuyaux bronchiques la présence de la fausse membrane.

L'accès est apyrétique le plus souvent.

La bronchite pseudo-membraneuse peut durer longtemps sans porter atteinte à la santé. Il faut savoir cependant que le malade est exposé à mourir suffoqué dans un accès intense.

Le diagnostic peut être difficile lorsque l’expectoration fait défaut, ce qui n’est pas rare chez les enfants. On peut alors croire à diverses bronchites, à l'asthme. En l’absence de recherches microbiologiques suffisamment nombreuses ?, on ne peut guère séparer les formes aiguës, d’ailleurs peu communes, des cas non moins rares de diphtérie bronchique primitive (croup ascendant).

On traite, sans grand succès d’ailleurs, cette affection par l’iodure de potassium, le goudron, le mercure. Les vomitifs peuvent aider à l'expulsion des fausses membranes lorsqu'elles sont détachées des parois bronchiques.

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