PNEUMONOKONIOSES
Définition. Variétés. — Sous ce nom (xovia, poussière) Zenker a décrit les pneumonies chroniques dues à l’inhalation de poussières atmosphériques, à laquelle sont exposés les ouvriers qui travaillent dans certaines conditions. Ce sont donc avant tout des maladies professionnelles. Selon la nature de l’agent pulvérulent on reconnaît trois variétés principales de pneumonokonioses :
1° L’anthracose, due aux poussières de charbon (&vüpaë, charbon);
2 La sidérose, due à l’oxyde de fer (otdnpos, fer);
3° La chalicose, due à la silice (J&\Ë, caillou) ;
ANTHRACOSE. — À l’état normal, surtout chez les habitants des villes, les poumons sont le siège d’un certain degré d’anthracose physiologique qui se manifeste par des lignes noires circonscrivant les lobules et dont Laennec avait soupçonné la nature. Ces dépôts charbonneux, absents chez le nourrisson, se montrent et augmentent à mesure qu'on avance en âge. On les observe aussi chez les animaux domestiques qui vivent dans l’intimité de l’homme, tandis que les poumons des animaux qui vivent à l’état sauvage en sont dépourvus. L'origine hématique de ces dépôts avait été soutenue (Trousseau, Virchow), mais les recherches chimiques modernes, jointes aux observations de Pearson, de Knauff, de M. Charcot, etc., ne laissent aucun doute sur leur nature charbonneuse.
Étiologie. — L’anthracose a surtout été observée chez les mouleurs en fonte etles mouleurs en cuivre, chez les mineurs, les houiïlleurs, ouvriers vivant dans une atmosphère remplie de poussière charbonneuse!. Les charbonniers en fournissent beaucoup moins d'exemples.
Anatomie pathologique. — On peut diviser en trois degrés la marche des lésions.
1. Tardieu a insisté sur les dangers auxquels sont exposés les mouleurs et fondeursen cuivre.Mais ces dangers sont bien diminués depuis la substitution de la fécule au charbon dansle saupoudrage des moules. Il n’en est pas demême pour les mouleurs en fonte (Proust). C’est surtout pendant le saupoudrage des moules, et dans le souf- [lage qui a pour but d’enlever l'excès du charbon, que le danger est le plus grand. Le flambage provoque également une fumée suffocante à laquelle on peut remédier, il est vrai, par une aération bien conduite.
Les mineurs, les houilleurs y sont également exposés, tant à cause de l’atmosphère charbonneuse provenant de l'extraction du charbon, que de la fumée des Jampes et de celle qui provient de la combustion de la poudre de mine.
Le premier degré correspond en somme à une simple exagération de l’anthracose physiologique. Le charbon infilire les parois lobulaires et se montre sous l’aspect de granulations, de plaques, de trainées noires. Les lobules sont irrégulièrement envahis ; à côté d’un lobule très pris on en rencontre d’absolument indemnes et qui se dilatent au voisinage des premiers.
Sur des coupes perpendiculaires à la bronche, on voit que le charbon se dépose dans deux points d'élection : 1° à la périphérie du lobule ; 2 au centre de celui-ci, autour de la bronche et de l'artère lobulaire(Carrieu‘t). On remarquera la coïncidence de cette disposition avec celle du système lymphatique du poumon (Grancher). La muqueuse bronchique est intacte ou plissée par rétraction de la paroi ; la tunique externe des bronches est seule épaissie ; ilen est de même pour l'artère et pour la veine, dont les tuniques adventices sont remplies de grains anthracosiques. Le tissu pulmonaire intermédiaire, surtout au pourtour des canaux centraux de l’acinus, renferme quelques dépôts erratiques de charbon; ceux-ci correspondent aux lymphatiques, plus rares, intra-alvéolaires. Quant aux alvéoles, leur épithélium est sain, mais on trouve dans leurs cavités nombre de leucocytes chargés de corps charbonneux (Carrieu).
Dans le deuxième degré les cloisons sont épaissies par l'infiltration embryonnaire et par l'accumulation du charbon qui forme des noyaux de la grosseur d’une noisette à un œuf. Au milieu de ceux-ci on trouve des vaisseaux encore perméables, car l’imprégnation anthracosique s'arrête à leur périphérie. À ce moment, le poumon est recouvert d’une épaisse coque pleurale; sa couleur est noire, sa consistance dure, élastique. Le tissu plonge dans l’eau. On observe à sa surface des rétractions cicatricielles ; mais, dans son ensemble, en raison peut-être de la présence du charbon, il se rétracte moins que dans les autres pneumonies chroniques. Il crie sous le scalpel; sa coupe tache en noir les doigts et l’eau de lavage.
Au troisième degré correspondent les ulcérations qui donnent lieu à la formation de cavernes. Celles-ci n’ont pas de siège de prédilection, quoique plus fréquentes peut-être dans les lobes moyen et inférieur (Balzer). Leurs dimensions sont peu considérables; leurs parois sont sèches ou pulpeuses, selon l’époque où on les considère, et recouvertes parfois d’un épithélium pavimenteux. Elles contiennent un putrilage noir. Leur cavité est traversée par des colonnettes qui renferment bronches et vaisseaux.
Les parois bronchiques sont en général indemnes, non imprégnées de charbon; mais, la plupart du temps, les bronches sont obli-