DEBOVE (Soc. médicale des hôpitaux
des foyers multiples disséminés dans un seul poumon ou dans les deux. Les eschares gangréneuses sont superficielles ou profondes, de volume variable, de coloration brune ou gris foncé, ou d’un noir tirant sur le vert; elles rappellent souvent l'aspect de l’eschare produite sur la peau par la pierre à cautère (Laennec). La consistance est de bonne heure friable, la coupe humide, l’aération nulle. Le foyer malade et surtout le liquide brunâtre qui s’écoule par expression répandent une odeur infecte. Le tissu pulmonaire voisin présente les lésions de l’hépatisation rouge ou grise, de la pneumonie catarrhale ou de lœdème simple. Plus tard, tantôt l’eschare s’isole en masse avant de se ramollir, et n’adhère plus que par des prolongements filamenteux, tantôt elle forme un amas bourbillonneux facile à écraser, qui rappelle le chanvre putréfié (Stokes). A la limite on n’a plus qu’une bouillie putride, gris verdâtre ou sanguinolente, ou parfois même une poche fluctuante. La communication se fait alors avec une bronche et le foyer s’évacue.
L’excavation gangréneuse est irrégulière et contient une quantité variable de liquide brunâtre ou grisâtre. La paroi est tomenteuse, inégale ; elle est recouverte de lambeaux sphacéliques, qui flottent sous un courant d’eau, ou montre des saillies jaunâtres cylindroïdes qui lui donnent une apparence gaufrée ; ces saillies correspondent à des tuyaux vasculaires ou bronchiques. Au delà, le parenchyme présente, dans une épaisseur variable, l'aspect de la fonte gangréneuse extensive. Exceptionnellement la paroi forme une membrane de granulation, limitant le sphacèle et préparant la réparation. Les vaisseaux qui longent ou traversent l’excavation sont habituellement oblitérés; mais ils peuvent rester longtemps perméables et être la source de graves hémorrhagies. L’une des bronches s’ouvre ordinairement dans la cavité par une section nette.
Histologiquement, on trouve à la périphérie du foyer une zone de pneumonie catarrhale ou fibrineuse, et plus en dedans l’hépatisation gangréneuse. [ci les alvéoles contiennent un exsudat globulaire et de nombreuses cellules sphériques de 15 à 20 &, remplies de granulations graisseuses : ce sont les corps granuleux de Cornil et Ranvier. Les vaisseaux sont thrombosés. Vers l’eschare, les débris filamenteux contiennent des vaisseaux et des fibres élastiques. Tous ces éléments diminuent au centre du foyer, à mesure que la liquéfaction progresse et que prédominent le détritus granuleux, la graisse et les amas bactériens.
Ces derniers montrent des formes microbiennes variées. Traube et Fischer avaient d’abord signalé des microcoques et des bacilles mobiles; de même Leyden et Jaffé, qui attribuaient pourtant le rôle principal au leptothrix pulmonalis. On décrivit encore d’autres élé-
ments : Monas lens et cercomonas de Kannenberg, spirilles spéciales de Leyden, aspergillus de Friedreich, sarcines, un bacille septigène associé au staphylococcus aureus (Babes), le tétragène, le bacille pyocyanique. Dans un cas M. Roger! vit deux espèces de spirilles, des coques et bacilles divers, des pneumocoques ; ce dernier fait éclaire les relations de la gangrène avec les poussées pneumoniques. Assez souvent, ce sont les organismes pyogènes, streptocoques et staphylocoques, qui déterminent la gangrène (Bonome). Plus récemment, Hirschler et Terray* auraient vu un coccus spécial, dont les cultures renferment de l’indol et du scatol, et dont l'injection intra-pulmonaire a produit chez les animaux des foyers gangréneux. Quant aux gangrènes non fétides, on n’est guère plus fixé sur leur nature: on s’est demandé s’il ne s’agirait pas de nécrose primitivement aseptique (Lebert).
L'évolution du foyer comporte plusieurs éventualités : extension progressive, élimination totale suivie d’un bourgeonnement de guérison, évacuation compliquée de bronchite putridé ou d'infection rétrograde d’autres térritoires, inoculation de la plèvre ou perforation avec pyo-pneumothorax septique, communication avec le péritoine, l'œsophage, le péricarde, ou l’extérieur à travers un espace intercostal.
La gangrène diffuse est plus rare et occupe un lobe ou une grande partie d’un poumon. Le foyer se montre irrégulier et mal limité, la lésion est à des stades divers, la teinte est bigarrée; des parties fermes s’entremêlent à des zones liquéfiées ou excavées. Les cavernes gangréneuses sont ici très anfractueuses. Cette gangrène ferait suite à une embolie spécifique de gros calibre, ou à l’hépatisation grise lobaire (Cornil et Ranvier) ; cette dernière relation est commune chez le cheval.
Dans la forme pneumo-pleurale, la couche corticale du poumon est escharifiée en lame et montre des débris sphacélés, qui pendent dans la cavité séreuse. Celle-ci contient un épanchement brunûtre, très fétide, et des gaz putrides. La communication avec les bronches manque ou s’est faite très tard.
On a vu parfois l’inflammation gangreèneuse des vaisseaux et ganglions lymphatiques de la région.
Pathogénie. — La distinction de Virchow entre la nécrobiose pure et la nécrose avec gangrène semblait comporter, pour la gangrène pulmonaire, un processus en deux actes : mortification suivie de putréfaction. Si rationnelle que puisse sembler la théorie, si