‹ Manuel de médecine (volume 2)Chapitre 7 sur 104 · H. CUVILLIER · texte numérisé non relu

H. CUVILLIER

Définition. — L’œdème de la glotie est une affection grave, caractérisée par l’infiltration du tissu cellulaire sous-muqueux du larynx. On la désigne aussi sous le nom de laryngite ou angine laryngée œdémateuse, de laryngite phlegmoneuse, d’œdème aigu du larynx.

Historique.— Signalé par Morgagni, l’œdème de la glotte a été surtout étudié par Bayle (1808), qui le désigna sous ce nom, puis par une série d’auteurs français : Cruveilhier, Valleix, Bouillaud et surtout Sestier, qui écrivit en 1852 un mémoire qui a fait époque dans l’histoire de cette affection.

Étiologie. Pathogénie. — L’œdème de la glotte n’est pas, ainsi que le voulait Sestier, une entité morbide bien définie. C’est un syndrome commun à un grand nombre d’affections, et d’affections les plus diverses. Il s’observe, en effet, principalement comme complication des grandes maladies du larynx, mais aussi dans bon nombre de maladies générales.

Parmi les causes prédisposantes, l’âge et le sexe masculin semblent jouer un certain rôle. L’enfant n’en est que rarement atteint : 17 fois sur 215 cas, d’après Sestier; une statistique de Virchow donne des résultats analogues : sur 210 cas, 144 chez les hommes, 40 chez les femmes, 21 chez les enfants.

Causes déterminantes. —L’'œædème de la glotte peut être spontané. : s’observe alors à la suite d’exposition au froid. Cet œdème dit spontané et dont la pathogénie est encore fort obscure, est mis en doute par certains auteurs (Gottstein). On l’observe sur les individus débilités antérieurement par une maladie, par un excès de fatigue, etc.

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Trousseau, et avec lui beaucoup d’autres auteurs, en ont cité des cas tels que le suivant : un ivrogne s’endort au froid et est atteint au bout de quelques heures d’æœdème de la glotte. On suppose, sans qu'aucune preuve puisse en être donnée, que l’action de la température péut produire, suivant les cas, tantôt une laryngite catarrhale simple, tantôt l’æœdème de la glotte.

Une grande obscurité enveloppe également l’étiologie d’une forme particulière d’œdème laryngé, appelée œdème vaso-paralytique. Signalé par Strübing!, cet œdème évolue en quelques heures, spontanément ou sous une influence thermique. Il s’accompagne souvent d’æœdème du cou et de la face. Il y a du tirage et un tableau assez semblable aux crises laryngées du tabes. D’après Strübing, cet æœdème serait dû à une excitation des vaso-dilatateurs, accompagnée d’une perméabilité exagérée des parois vasculaires.

En dehors de ces cas, on peut distinguer deux grands ordres de causes de l’æœdème de la glotte: 1° l’œdème est consécutif à une laryngite ou à une lésion voisine du larynx ; 2° ilsurvient sans qu'il y ait de laryngite primitive, ni d'affection de voisinage.

I. — L’œdèmeglottique s’observe le plus souventcomme épiphénomène ou comme complication d’une maladie du larynx. Cest un ædème de voisinage. Les traumatismes, les plaies du larynx, accidentelles ou chirurgicales, les corps étrangers peuvent le déterminer. Il en est de même des brûlures. Dans certains pays du Nord, en Angleterre, en Amérique, on observe assez fréquemment l’œdème glottique chez les enfants qui, buvant au goulot de la théière, se brülent la bouche et l’arrière-gorge. L’inhalation d’air surchauffé, le froid excessif, les empoisonnements par les acides forts et les alcalis caustiques peuvent également le déterminer. L’iodure de potassium, à dose toxique pour certains individus, a déterminé parfois des accidents graves d’ædème glottique (Fournier).

Mais de toutes les causes, les plus fréquentes sont les laryngites infectieuses. Les laryngites dues à la syphilis, à la tuberculose, à la morve, à la diphtérie, à la fièvre typhoïde, les lésions que l’on observe dans les périchondrites, la gangrène, le cancer du larynx, la pachydermite, peuvent se compliquer d’œdème de la glotte. Nous mentionnerons, à propos de la tuberculose, les poussées d’œdème provoquées par l'injection de tuberculine chez les individus atteints de laryngite tuberculeuse (Virchow). L’érysipèle, la variole, plus rarement l’infection puerpérale, la pyohémie, puis, à titre d'exception, le charbon (Straus) à la suite de pustule maligne de la face, la rage, la vaccipation peuvent également l’amener.

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