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ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE MÉDICALES DES REINS

Les reins sont situés à la partie postérieure et supérieure de l’abdomen, en arrière de la cavité péritonéale, de chaque côté de la colonne lombaire. Ils sont maintenus dans leur situation normale par leur pédicule vasculaire qui les suspend aux gros vaisseaux du tronc (aorte et veine cave inférieure) et par un sac fibreux, dédoublement du fascia propria sous-péritonéal; ce sac forme au rein une loge trop grande pour l’organe, mais dont les parties vides sont comblées par du tissu adipeux plus ou moins abondant (capsule adipeuse du rein).

Laissant de côté les détails d'anatomie descriptive, pour lesquels nous renvoyons aux traités classiques, nous n’exposerons ici que les notions de structure nécessaires pour comprendre le fonctionnement de l’organe à l’état normal et pathologique.

A. TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE. LE LOBE RÉNAL. — Extérieurement, le rein paraît homogène, sa surface est lisse, sa coloration uniforme. Mais, si l’on fait une coupe de l’organe allant de son bord externe à son bord interne, et le divisant en deux moitiés antérieure et postérieure, on distingue immédiatement deux substances d'aspect tout à fait différent. L’une, de couleur claire, gris jaunâtre, occupant toute

la périphérie de l'organe, sauf au niveau du hile, est la substance corticale. L’autre, centrale, brun foncé, striée, formant sur la coupe plusieurs départements presque complètement enclavés dans la substance corticale, est la substance médullaire. Les différents segments de la substance médullaire s’avancent jusque vers le hile et font dans le bassinet, au fond des calices, une saillie arrondie qu’on appelle papille rénale. Les papilles rénales sont au nombre de dix à douze. Chacune de ces papilles forme, avec le département médullaire qui lui correspond et avec la substance corticale adjacente, un lobe rénal. Chez l’adulte, les lobes du rein sont confondus par fusion de leur substance corticale, l’organe est lisse à sa surface et la division lobaire n’est plus représentée que par la segmentation de la substance médullaire et l’indépendance des papilles; mais chez le fœtus et le nouveau-né, cette division est apparente extérieurement, le rein est lobulé.

La partie médullaire du lobe rénal porte le nom de pyramide de Malpighi, etles portions de substance corticale situées entre les pyramides de Malpighi sont désignées sous le nom de colonnes de Bertin.

Dans le lobe rénal, plusieurs zones se laissent distinguer, même à l’œil nu, par la différence de leur aspect. La pyramide de Malpighi présente deux parties : la plus interne ou zone papillaire est de couleur pâle uniforme; au-dessus, dans Ja zone dite limitante, la substance médullaire est formée de stries radiées, convergeant vers la papille, alternativement claires et foncées. Les stries claires se prolongent dans la substance corticale où elles se perdent en s’effilant; elles portent alors le nom de pyramides de Ferrein. Enfin, entre ces pyramides de Ferrein, la substance corticale prend le nom de labyrinthe et laisse voir, aux limites de la vision distincte, de petits points foncés, rangés en séries linéaires parallèles aux pyramides de Ferrein et qui sont les glomérules de Malpiyhi.

B. STRUCTURE. LE TUBE RÉNAL. — Le rein est décomposable en organes élémentaires tous semblables entre eux, les tubes rénaux. Parti d’un glomérule de Malpighi, chacun de ces tubes aboutit à une papille, après avoir subi plusieurs fois d'importants changements de structure, et en suivant au travers du rein un chemin compliqué, débrouillé par les mémorables travaux de Henle, Schweiger-Seidel et Ludwig.

Le tube rénal fait suite à la membrane d’enveloppe du glomérule ou capsule de Bowmann, à laquelle il est uni par une partie rétrécie ou col. La première portion du tube rénal est onduleuse, sans direction fixe et située tout entière dans la substance corticale : c’est le tube contourné. Après un court trajet, le tube rénal se rétrécit brusquement, devient rectiligne et se dirige directement vers la papille,

accolé d’abord à la pyramide de Ferrein, plongeant ensuite dans la substance médullaire. À une certaine distance, variable pour chaque tube, mais toujours comprise dans la zone limitante ou dans la partie supérieure de la zone papillaire, le tube rénal se replie sur luimême et remonte vers la substance corticale, décrivant ainsi une courbe à très petit rayon connue sous le nom d’anse de Henle. En même temps son calibre augmente et devient égal à celui du tube contourné. L’anse de Henle est donc formée de deux branches : l’une descendante, grêle; l’autre ascendante, large. L’anse proprement dite, l'union des deux branches se fait tantôt aux dépens de la branche grêle, tantôt aux dépens de la branche large, suivant le niveau où elle se produit. La branche ascendante traverse la substance corticale dans la pyramide de Ferrein, puis elle rentre dans le labyrinthe, redevient flexueuse et assez semblable au tube contourné, et prend alors le nom de pièce intermédiaire (Schweiger-Seidel). À la suite vient le canal d'union, plus étroit, mais encore flexueux, situé généralement très près de la capsule fibreuse et se jetant, après un trajet très court, dans un canal collecteur. Depuis le glomérule jusqu’au canal collecteur, chaque tube rénal est indépendant, sans anastomose avec les tubes voisins. Là cesse cette autonomie; les canaux collecteurs traversent le rein en droite ligne, d’abord dans la pyramide de Ferrein, puis dans celle de Malpighi; pendant ce trajet ils s’unissent plus ou moins dichotomiquement, deviennent de plus en plus larges et de moins en moins nombreux, et débouchent au sommet de la papille au nombre de quinze à vingt. Les canaux collecteurs, dans la pyramide de Malpighi, prennent le nom de fubes droits ou tubes de Bellini.

Il reste maintenant à indiquer la structure de chaque partie du tube rénal.

Le glomérule est le trait d’union entre le système vasculaire et le système glandulaire du rein : il appartient au premier par son bouquet de capillaires, il est le point de départ du second par la capsule de Bowmann, partie initiale du tube rénal. La capsule de Bowmann est une membrane hyaline, sphérique, contenant dans sa cavité le peloton vasculaire. Gette cavité est tapissée d’un épithélium plat, à noyau saillant, présentant l’aspect d’un endothélium. Par un de ses pôles, cette cavité se continue avec un tube contourné; à ce niveau existe un léger étranglement (col de la capsule) et l’épithélium change insensiblement de caractère pour prendre l’apparence spéciale qui sera décrite plus loin. Le pôle opposé donne, par un même orifice, passage à deux vaisseaux, l'artère afférente et l’artère efférente du glomérule ; ce dernier vaisseau présente à sa sortie un anneau de fibres musculaires lisses, véritable sphincter qui doit jouer un rôle

dans les variations de pression glomérulaire (Hortolès). Entre les deux artères et dans la cavité de la capsule existe un réseau de capillaires formés d’anses pelotonnées, qui constituent le glomérule proprement dit. Les capillaires du glomérule ont une structure spéciale ; leur endothélium est formé de plaques cellulaires à noyaux multiples, sans limites imprégnables à l'argent; il est analogue à l’endothélium des capillaires embryonnaires. Les rapports du glomérule vasculaire et de la capsule ont été très discutés. On avait pensé d’abord que le glomérule était recouvert par la capsule de Bowmann invaginée, celle-ci se comportant comme une séreuse et coiffant le peloton vasculaire par son feuillet viscéral. L’aspect du glomérule sur des reins de fœtus était en faveur de cette opinion; mais différents arguments d'ordre purement histologique et, en particulier, limpossibilité d’imprégner à l’argent ce revêtement cellulaire, ont fait rejeter cette idée. On admet généralement aujourd’hui, avec MM. Renaut et Hortolès que, si le revêtement épithélial des vaisseaux glomérulaires existe chez le fœtus, il a disparu chez l’adulte; les capillaires sont libres dans la cavité capsulaire et l’on ne trouve entre leurs anses que des éléments nucléés discontinus, peut-être même d’ordre conjonctif.

Les tubes contournés sont formés essentiellement d’une membrane hyaline et d’un épithélium tout particulier dont les cellules sont les éléments spécifiques du rein, les cellules rénales. Les caracières de cet épithélium ont été déterminés par Heidenhain. Il est constitué par une seule rangée de cellules épaisses qui ne laissent au centre du conduit, à l’état normal, qu’une lumière très étroite. Chaque cellule, très mal limitée des cellules voisines, contient vers sa base un seul noyau, peu apparent. Le protoplasma présente deux parties distinctes ; sa moitié interne est claire, assez transparente, à peine granuleuse ; sa moitié externe est au contraire trouble, foncée, très granuleuse et ses granulations se groupent en séries linéaires, radiées par rapport à l’axe du tube; c’est ce caractère mis en relief par Heidenhain, qui donne à la cellule rénale son aspect typique et lui a valu le nom de cellule à bäâtonnets.

. L’anse de Henle est formée d’une membrane hyaline, continuant celle du tube contourné, et d’un épithélium. Ce revêtement épithélial est aplati, d'aspect endothélial, dans la branche grêle; dans la branche ascendante ou large il reprend les caractères de l’épithélium ‘de Heiïdenhain.

… Ces caractères disparaissent peu à peu dans la pièce intermédiaire ; dans le canal d’union, la membrane propre est revêtue d’un épithélium cubique, clair et transparent, à noyau très apparent et se rapprochant beaucoup des cellules cylindriques.

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L’épithélium devient nettement cylindrique dans les canaux collecteurs dont la lumière s’élargit progressivement. Le seul point à noter est la disparition de la membrane propre dans la zone papillaire où l’épithélium des gros canaux collecteurs repose directement sur le tissu conjonctif environnant.

C. CIRCULATION RÉNALE. — La circulation sanguine du rein est alimentée par une seule artère, volumineuse et courte, naissant de l'aorte abdominale et se portant vers le hile de l’organe où elle se divise en quatre branches. Celles-ci se subdivisent rapidement et, en atteignant le rein, forment un large éventail dont les branches pénètrent au fond du sinus dans les colonnes de Bertin. A ce niveau chaque rameau artériel se dichotomise et chacune des branches ainsi formées gagne le côté d’une pyramide de Malpighi qu’elle contourne jusqu’à sa partie supérieure. Ces branches sont de véritables artères lobaires.

Chemin faisant, les artères lobaires ou pyramidales donnent des branches latérales qui s’anastomosent les unes avec les autres en un réseau coiffant la surface externe de la pyramide et donnant passage par chacune de ses mailles à une pyramide de Ferrein. C’est ce qu’on appelle la voûte artérielle du rein. De la convexité de la voûte artérielle naissent des artères qui gagnent directement la périphérie du lobe rénal, cheminant dans la substance labyrinthique entre les. pyramides de Ferrein ; elles sont désignées sous le nom d’artères radiées ou interlobulaires. À leur terminaison ces artères donnent quelques rameaux peu importants soit à la capsule, soit aux capillaires du rein; mais pendant leur trajet elles émettent latéralement une série de branches se rendant chacune dans un glomérule dont elle forme l'artère afférente. Les artères interlobulaires sont exclusivement réservées à la circulation glomérulaire. Les capillaires de la substance rénale sont fournis par artère efférente du glomérule qui se divise presque immédiatement après sa sortie en un réseau dont les mailles entourent les tubes urinifères.

La pyramide de Malpighi reçoit aussi des vaisseaux artériels; ils pénètrent par sa périphérie, suivent un trajet rectiligne et radié (arteriæ rectæ)et vont se perdre dans le réseau capillaire médullaire. Quelle est leur origine ? C’est un point très discuté. Il paraît aujourd’hui démontré que ces artérioles naissenten aval des systèmes glomérulaires et que la voûte artérielle ne donne aucun rameau par sa concavité (Kôlliker, Toldt, Gharpy ‘). Leur origine probable serait les artères glomérulaires efférentes les plus voisines de la pyramide. Ainsi donc tout le sang amené par l'artère rénale traverserait d’abord

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