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CARACTÈRES PHYSIQUES

QUANTITÉ. — Il est de nécessité absolue de mesurer la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures. J’insiste sur ce fait, car il est toujours difficile de réaliser parfaitement la collection des urines d’un malade, même dans les services hospitaliers les mieux disciplinés. On n’arrive à un résultat satisfaisant qu’en y intéressant les malades eux-mêmes. On se sert d’un bocal de verre blanc gradué ou d’un bocal qu’on gradue soi-même en y collant de haut en bas une bande de toile ou de diachylon et en traçant sur cette bande des lignes correspondant aux niveaux d’affleurement successifs qu’on obtient en versant des quantités d’eau comprises dans un vase dont on sait le jaugeage exact. Il est bon que les divisions de l’échelle n’indiquent pas des quantités supérieures à 100 centimètres cubes. Le bocal doit avoir une capacité de 2 litres au moins. Il doit toujours être très propre, passé chaque jour à l’eau bouillante, savonné et brossé à l’écouvillon, puis rincé et égoutté. Une fois préparé, il faut le maintenir bouché. L’urine recueillie sera prélevée vingt-quatre heures exactement après le début de l’observation. On fera uriner le malade immédiatement avant le retrait du bocal. De . cette façon on a le temps nécessaire à l’entretien du bocal avant la miction suivante et l’on régularise l’heure initiale des mictions si l’on désire faire une observation prolongée.

Le volume de l’urine émise en vingt-quatre heures est inscrit.

C'est ce chiffre qui servira de base à tous les calculs ultérieurs, puisque les déterminations quantitatives sont ramenées au litre.

Pour vingt-quatre heures, la moyenne normale d'urine est de 1400 à 1500 centimètres cubes chez l’homme; de 1200 à 1300 centimètres cubes chez la femme. Il y a anurie quand l’excrétion urinaire est nulle, oligurie quand elle est diminuée, polyurie quand elle est augmentée. Celle-ci est très variable suivantles cas et peut atteindre dans certaines maladies des chiffres excessifs, tels que 20 et 25 litres.

CouLEur. — La couleur de l’urine est généralement jaune ambré. Mais elle revêt, suivant les circonstances, toute une gamme de nuances. On les distingue en urines pâle, normale et foncée. L’échelle de Vogel communément employée les classe en neuf catégories sous les désignations suivantes : jaune pâle, jaune clair, jaune ambre, jaune rouge, rouge jaune, rouge, rouge brun, brun rouge et noir brun.

La coloration urinaire est due à des pigments divers sur la nature desquels on n’est pas nettement fixé. Le principal d’entre eux, dans l’urine normale, est l’urochrome découvert par Thudichum. C’est un pigment jaune. Il est complexe et contient de fortes proportions d’urobiline. Cette richesse de l’urochrome en urobiline reporte sur cette dernière substance toute l’attention. Découverte par Jaffé, l’urobiline est en effet un des pigments urinaires les mieux connus. Elle dérive de la matière colorante du sang, soit directement, soit par l’intermédiaire des pigments biliaires. On ne peut actuellement, dans l’urobiline urinaire, différencier celle qui vient du sang et celle qui vient de la bile. L’urochrome en s’oxydant devient rouge. On l'appelle alors uroérythrine, uropurpurine. C’est cette substance qui teint les sédiments urinaires uratiques. L’urohématine (de Harley) figure parmi ces pigments. Je crois qu’on peut lui donner une signification adéquate à l’urochrome : son extraction résulte de réactions différentes, aboutissant à des interprétations parallèles, mais c’est au fond de la même substance pigmentaire qu’il s’agit.

L’hématoporphyrine de Mac Munn est un pigment urinaire, isomère de la bilirubine.

Ces pigments sont le résultat de modifications successives qui se passent, soit dans: l'intimité des tissus, soit pendant le séjour des urines dans les voies excrétoires, soit après leur sortie de l’organisme. Les modifications des deux derniers ordres sont dues pour la plupart à Paction de ferments étrangers à l'organisme ou ne s’y trouvant qu'accidentellement.

Une série de ces composés ne sont pas dans toutes leurs phases à l’état pigmentaire, c’est-à-dire jouissant de propriétés colorantes. IIS passent par des états achromatiques, d’où ils deviennent pigments,

On les appelle alors chromogènes. Un chromogène, c’est unesubstance incolore qu’une réaction chimique déterminée va transformer en une substance colorée. C’est ainsi que le chromogène de l’urobiline, après avoir fixé de l’oxygène, sera urobiline vraie, avec toutes ses réactions colorées caractéristiques.

A l’urochrome s'ajoute un autre pigment d’origine toute différente, l’indican autrefois appelé uroxanthine par Heller. Celui-ci provient de la décomposition des matières albuminoïdes dans l’intestin. L’indican donne lieu, par oxydation, à la formation de deux produits : l’uroglaucine ou bleu d’indigo et l’urrhodine ou rouge d’indigo.

La couleur de l’urine est à l’état pathologique modifiée par la présence de certains éléments. Contenant du sang, elle prend une teinte rouge, brune ou verdâtre. Cette teinte est plus ou moins marquée. Elle est soit rouge vermeil, soit rouge clair, tantôt rouge groseille, tantôt rouge pâle, à peine rosée. La couleur rouge brunit beaucoup dans certains cas, et même devient noire, couleur de goudron ou de café. Quelquefois, le sang étant en faible quantité, l’urine a une nuance jaune verdâtre, analogue à celle du sang très dilué, ou bien elle s’obscurcit légèrement et prend une teinte de fumée.

L’urine chargée de bile a une couleur verdâtre ou brunâtre. La mélanine, pigment des cancers mélaniques, donne une couleur brun foncé ou noire.

L’urine devient blanchâtre, laiteuse, opalescente quand elle renferme des substances graisseuses. Cet aspecl se rencontre dans la chylurie. Les urines chyleuses de la filariose en sont un bel exemple.

La couleur de l’urine est altérée par certains médicaments. La rhubarbe, le séné, la santonine, le safran lui donnent une couleur jaune plus ou moins accusée, et quelquefois du jaune elle passe au brun verdâtre. La fuchsine la colore en rouge, la pyocyanine en vert ou en bleu. L’uva ursi, l’acide phénique, le goudron, le salol, le naphtol, la résorcine lui donnent une teinte vert olivâtre, noirâtre quand ils sont en quantité notable. L’inspiration de certains gaz, tels que l’hydrogène arsénié, donne lieu à des urines noires.

AsPpEcT. — L’urine normale est limpide au moment de son émission. Elle contient néanmoins en suspension des éléments figurés, mais en trop petit nombre pour en altérer la limpidité. Ceux-ci, quand on abandonne l’urine au repos, ne tardent pas à se déposer au fond du vase, sous l’aspect d’un nuage peu dense auquel on donne communément — et à tort — le nom de mucus ou de dépôt muqueux. Il est presque uniquement constitué par des cellules épithéliales de la vessie et surtout de l’urèthre. L’urine normale peut tenir aussi en suspension des filaments prostatiques ou spermatiques, et acciden-

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tellement des sécrétions vaginales. Chez l’homme, il importe de faire le diagnostic histologique des filaments issus de sécrétions normales et entraînés par le passage de l’urine et celui des filaments anomaux résultant de sécrétions pathologiques du canal.

Le seul abaissement de la température peut entraîner la précipitation de sels uratiques, sans qu’il y ait de ce fait à soupçonner la gravelle. De même, l’urine normale abandonnée à l’air subit des fermentations qui la troublent et qui, la rendant alcaline, déterminent la précipitation des phosphates et la formation de phosphate ammoniaco-magnésien. Une urine non pathologique peut être trouble lors de son émission, quand l’ingestion d’acides végétaux, d’eaux minérales alcalines ou carbonatées l’a rendue alcaline. Hormis ces cas où la surcharge de l’urine est temporaire et où la limpidité peut être récupérée à volonté, toute urine trouble à son émission est une urine pathologique.

OpEur. — L’urine a une odeur fade, parfois légèrement aromatique et musquée. Une multitude de substances alimentaires et médicamenteuses en modifient l’odeur. L’ail, la valériane lui donnent un caractère spécial : les asperges en sont un exemple banal. Le santal, le cubèbe, le safran, le citron, et certaines essences produisent des aromes variables, dont le plus communément observé est le parfum de violette qui suit l’absorption des vapeurs d’essence de térébenthine.

L’urine fermentée après son émission prend une odeur ammoniacale, fétide, répugnante. Il en est de même des urines altérées pendant leur séjour dans la vessie. Cette odeur ammoniacale perçue au moment de l’émission indique toujours une lésion des voies urinaires. Quelquefois les urines ont une odeur fécaloïde, soit qu’il y ait réellement communication de la vessie avec l’intestin, soit qu’elles contiennent des masses putrilagineuses (cancer vésical, gangrène).

Chez les diabétiques, l’urine prend une odeur musquée plus ou moins forte. Dans certains cas elle est aigrelette. L’odeur de pomme rainette, de chloroforme, odeur qui se répand aisément dans la chambre du malade et que le sujet même exhale, indique la présence de l’acétone. Cette simple constatation peut avoir une valeur pronostique et diagnostique très grande.

On a signalé des odeurs particulières, comme l’odeur de souris dans la méningite, etc. Les urines ictériques ont parfois l’odeur que dégagent certains cas d’ictères à une période avancée de leur évolution.

ConsisrANcE. — L’urine est fluide. Sa mousse est plus persistante que celle de l’eau, mais tombe assez vite. La persistance de la

mousse est plus accusée, lorsque l’urine est albumineuse. Au toucher, elle laisse une sensation faiblement onctueuse, qui s’exagère au fur et à mesure que sa densité augmente et qui est très nettement accusée dans les urines très sucrées. La présence du pus en notable quantité donne à l’urine une viscosité particulière, qui augmente encore par suite de la facilité qu'ont les urines purulentes à subir la fermentation ammoniacale. Certaines urines chyleuses ont une consistance gélatineuse. Enfin dans quelques cas les urines sont filantes sans être purulentes. Get état « filant » est dû à un parasite.

RéacTION. — L’urine normale est acide. Elle rougit franchement le papier de tournesol bleu. Abandonnée à l’air, elle devient alcaline et ammoniacale. Certains végétaux (acide citrique, tartrique), les eaux minérales alcalines rendent l’urine alcaline à son émission : ceci est un fait physiologique et passager. Quelquefois les urines présentent en même temps la réaction acide et la réaction alcaline. C’est la réaction amphigène de Heller ou æmphotère de Bamberger. Elle se rencontre quand l’urine examinée est au début de sa fermentation alcaline. Certaines de ses parties restent acides par suite de la présence du phosphate acide de soude, tandis que d’autres sont déjà rendues alcalines par l’ammoniaque résultant de la décomposition de l’urée.

Il en va autrement d’une urine dont l’alcalinité est permanente à l'émission. Cela tient soit à la fermentation alcaline dans les voies urinaires mêmes (bassinet, uretère, vessie), à la décomposition de l’urée en carbonate d’ammoniaque par l’action de ferments figurés, parasitaires, soit à une dyscrasie, telle que l’anémie, la chlorose ou des états nerveux de pathogénie encore obscure, soit à la résorption continue de transsudats alcalins pleurétiques ou péritonéaux, soit enfin à certains états gastriques chroniques.

La détermination clinique de la réaction de l’urine se fait rapidement au moyen du papier de tournesol. Il est bon d’employer simultanément le papier bleu et le rouge : on perçoit mieux ainsi les différences des teintes.

DensiTé. — L’urine de l’homme a une densité normale variant de 1016 à 1022; celle de la femme est généralement un peu moins dense.

La densité est soumise à de grandes fluctuations. Elle est physiologiquement proportionnelle à la quantité d'urine éliminée : à une urine raréfiée par une sudation abondante correspond une densité élevée; à une urine diluée par l’ingestion excessive de boissons correspond une densité faible. En outre, la densité varie avec les moments de la journée : l’urine émise le matin, au réveil (wrina sanguinis), a une densité plus forte que l'urine émise après boire (wrina

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potus). L'’urine émise pendant la digestion (wrina cibi) peut avoir une densité plus élevée que celle du matin.

Dans les maladies, la densité varie beaucoup. Elle est haute dans les maladies fébriles et en général dans les affections où il y a oligurie passagère. Cette densité est souvent proportionnelle à la coloration de l’urine. D’ordinaire plus une urine est rare, plus elle est haute en couleur et plus elle est dense. Mais, dans certaines maladies comme le diabète sucré, où la densité est très forte, on peut voir au contraire une urine abondante, relativement päle et très dense.

Dans les affections qui s’accompagnent de polyurie (hystérie, mal de Bright, diabète insipide), les urines sont pâles et peu denses. Il en est de même dans la convalescence de certaines fièvres graves, comme la dothiénentérie.

En clinique on ne peut recourir à la méthode des pesées pour déterminer la densité : l’usage de l’uromètre suffit toujours. C’est un petit aréomètre gradué qu’on plonge dans l'urine et sur lequel on lit au point d’affleurement le chiffre densimétrique inscrit sur une échelle graduée contenue dans l'instrument. On choisit de préférence un densimètre à tige plate et de dimension moyenne. On verse l'urine dans un grand verre conique ou dans une éprouvette à pied assez large pour que l’uromètre flotte à l’aise sans toucher la paroi. On attend que la mousse soit tombée; puis on plonge le densimètre. Lorsqu'il est devenu fixe, on fait la lecture en se servant du niveau de l’urine comme plan d'horizon et en prenant la base du ménisque concave. On enfonce de nouveau légèrement l’uromètre, et une fois ses oscillations terminées, on fait une seconde lecture analogue à la première pour contrôle. Les uromètres sont en général gradués de 1000, degré le plus élevé sur la tige de l’appareil et point densimétrique de l’eau distillée, à 1040 ou 1050, densité maxima de l'urine. Les lectures sont facilitées par l'emploi de deux densimètres dont l'échelle est composée de divisions plus espacées et dont l’une est graduée de 1000 à 1025; l’autre de 1025 à 1050. Il faut laver et essuyer le densimètre après s’en être servi et de temps en temps le nettoyer avec du xylol ou un mélange d'alcool et de chloroforme en parties égales pour en enlever les matières grasses.

On sait que la densité d’un liquide varie avec la température: plus il est froid, plus la densité est grande. Les uromètres sont d'ordinaire établis pour la température moyenne de 15 degrés centigrades. Aussi faut-il faire une correction quand Ja température de l'urine examinée diffère en plus ou en moins de 15 degrés centigrades. Bouchardat a donné des tables de correction pour l'urine non sucrée et pour l’urine sucrée. Ces tables sont courantes; mais, à leur défaut, on a l'habitude d’ajouter au chiffre indiqué par le densimètre

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une unité pour 3 degrés centigrades en sus ou au-dessous de 15 degrés centigrades. Ainsi on dira qu’une urine qui pèse 1019 à 18 degrés centigrades a une densité de 1020; si elle pèse 1019 à 12 degrés centigrades, elle aura une densité de 1018.

Pour faciliter ces corrections et faire d’un coup la double lecturè de la densité et de la température, on à construit des densimètres qui portent à leur intérieur un thermomètre.

Il arrive parfois que la quantité d'urine dont on dispose est insuffisante pour faire flotter l’uromètre. Dans ce cas on emploie le densimètre de Rousseau qui porte à la partie supérieure de sa tige une cupule d’une contenance de 1 centimètre cube. On remplit cette cupule avec ! centimètre cube d’eau distillée et on fait flotter l'appareil dans une éprouvette pleine d’eau distillée. De cette façon le point d’affleurement est au zéro. Lorsqu'on remplit la cupule avec 1 centimètre cube d'urine, l'appareil en donne le degré densimétrique.

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