BaRD, Précis d'anatomie pathologique, Paris
moment donné une certaine virulence, soit enfin que l'agent causal prolonge son action plus que de coutume pour des raisons qu'il est difficile de déterminer (néphrite de la scarlatine). On peut admettre, d’autre part, que plusieurs causes s'associent pour frapper le rein à des intervalles plus ou moins éloignés et donnent ainsi un caractère chronique à une néphrite dont le caractère aigu s’était manifesté au commencement de la maladie. C’est de la sorte que, pour MM. Lecorché et Talamon, la néphrite scarlatineuse se réveille parfois à l’occasion de la grossesse, et que certains auteurs ont publié des faits dans lesquels des néphrites pneumoniques aiguës se superposaient en quelque sorte à des néphrites chroniques de différente nature.
Voilà donc quelques considérations que l’on peut invoquer pour expliquer comment une néphrite aiguë peut prendre une allure lente, peut avoir une évolution prolongée et passer à l’état chronique. Mais dans d’autres circonstances cette chronicité s'affirme d’emblée en raison de la nature même de la maladie, en raison de la qualité de l'agent toxique, en raison de l’intoxication lente et répétée (néphrite alcoolique) et en raison d'infections successives produites par un même agent (néphrite paludéenne). Des poisons d’origine animale ou végétale agissent sans doute de même par suite de leur passage incessant à travers le filtre rénal, et, à la longue, quand ils sont peu toxiques, donnent naissance à des altérations plus ou moins profondes, mais durables dans le parenchyme ; ils réalisent insensiblement des types de néphrites chroniques. La dose plus ou moins faible, l’atténuation de ces poisons, la répétition de leur action sont, comme précédemment, les facteurs essentiels de la production de ces néphrites.
Dans tous ces cas, les lésions sont diffuses et il en résulte un ensemble symptomatique qui suffit à caractériser la néphrite chronique diffuse. Et si quelquefois les altérations affectent une prédominance marquée sur les épithéliums ou sur le tissu conjonctif, cependant il est toujours facile de trouver entre ces deux types extrêmes des liens cliniques suffisants pour affirmer leur étroite parenté.
Le second groupe des néphrites comprend donc les formes à lésions diffuses, à prédominance parfois épithéliale ou conjonctive, dont l’étiologie est le plus souvent la même que celle des néphrites aiguës, mais où le parenchyme rénal, pour différentes raisons, est atteint plus profondément. L'évolution de la néphrite dépend de ces données étiologiques et anatomiques.
A côté de ces deux variétés (néphrites diffuses aiguës, néphrites chroniques diffuses) prennent place les néphrites systématiques. Elles sont au nombre de deux : la cirrhose glandulaire de Charcot et
Gombault et la cirrhose vasculaire. Le type de la cirrhose glandulaire est la néphrite saturnine; le type de la cirrhose vasculaire est la néphrite par artério-sclérose.
D’après M. Lancereaux ‘ et M. Bard ?, la néphrite saturnine débuterait au pourtour des artérioles et des capillaires et, par conséquent on serait autorisé à la considérer comme une modalité de la cirrhose vasculaire. À ce titre, mais pour ces auteurs seulement, la description du rein saturnin se confondrait avec celle de la néphrite interstitielle.
De même la néphrite goutteuse serait une néphrite systématique, localisée au début autour des vaisseaux artériels. Todd n’a-t-il pas établi que néphrite interstihelle et néphrite goutteuse étaient synonymes”? et la synonymie de ces deux termes est tellement entrée dans le langage médical qu’on les emploie indistinctement pour désigner latrophie primitive du rein. Cependant M. Cornil ?, Charcot# et la plupart des pathologistes se sont élevés contre cette assimilation absolue qui a pour effet d’effacer complètement la néphrite goutteuse. Celle-ci ne comprend pas les désordres rénaux provoqués par la lithiase rénale, mais elle répond anatomiquement aux scléroses localisées qui se développent autour d’infarctus uratiques. On admet en outre que chez le goutteux l'élimination de l’acide urique en excès et des produits de désassimilation au niveau des épithéliums, leur contact prolongé sur les vaisseaux déterminent des cirrhoses soit glandulaires, soit vasculaires. Dans le premier cas, la néphrite goutteuse rentrerait dans le cadre des cirrhoses épithéliales; aans l’autre cas, elle ferait partie de la cirrhose vasculaire. Il est donc possible d'admettre l'existence de plusieurs types de néphrite goutteuse; mais, à part la sclérose uratique disséminée dont le processus est bien connu, il est difficile, en présence d’un petit rein goutteux, de reconnaître si l'affection a débuté par les épithéliums ou par les vaisseaux artériels. Par suite, il est difficile d’assigner une place bien déterminée à la néphrite goutteuse parmi les néphrites systématiques.
En est-il de même du rein sénile? Tandis que M. Ballet * lui reconnait un processus anatomique analogue à celui que Charcot et M. Gombault ont admis pour l’intoxication saturnine, MM. Gombault et Mosnyf, au cours de nombreux examens microscopiques,