CnarcorT et CoRNiL (Soc. de biologie
5. Contribution à l'étude du rein sénile (Rev. de méd., 1881). 6. Mémoire inédit.
ont trouvé souvent des lésions artérielles; mais les travaux de ces derniers auteurs ne démontrent pas que le rein sénile soit une néphrite d’origine artérielle, comme l’admet M. Sadler‘. En somme, les lésions du rein sénile sont diverses ; cependant, dans nombre de cas, la sclérose rénale semble être d’origine épithéliale.
On vient de voir que pour la néphrite goutteuse et le rein sénile les opinions sont partagées : les unes faisant débuter la maladie par les épithéliums, les autres par le système artériel. Maïs voici un groupe de néphrites chroniques dont le processus estnettement subordonné au système artériel d’après la grande majorité des auteurs : c’est la néphrite communément appelée néphrite interstitielle. Cette dénomination ne peut être conservée, car elle ne désigne pas suffisamment le processus anatomique qui a pour point de départ le système artériel et de plus elle entretient une confusion, puisque nombre de néphrites diffuses toxiques se localisent dans le tissu conjonctif.. La dénomination de cirrhose vasculaire, adoptée par MM. Cornil et Brault, accorde par contre trop d'importance à l’hypertrophie conjonctive qui n’est qu’un phénomène compensateur banal et elle n’établit pas une séparation assez tranchée entre cette néphrite et les autres variétés à prédominance scléreuse. Pour l’opposer à ces dernières, on a proposé de l’appeler atrophie primitive du rein; mais ce terme, qui a l’avantage de s’appliquer à l’évolution anatomique de la lésion, n'indique pas suffisamment sa nature, que l’appellation de néphrite par artério-sclérose précise mieux. L’artério-sclérose est l’expression d’une entité morbide, maladie générale dont la localisation rénale est une des manifestations. Comme telle la néphrite par artério-selérose a son individualité propre au triple point de vue de son origine, de son évolution clinique et anatomique.
Distincte de cette dernière, la néphrite par aplasic artérielle ? doit cependant prendre place à côté d’elle. Elle évolue d’après le système artériel, elle relève de l’étroitesse générale des artères et de celles du rein en particulier. Les réactions scléreuses essentiellement froides qui la caractérisent, son évolution essentiellement chronique la rapprochent de la néphrite par artério-selérose, mais en fon: une variété à part dans les néphrites artérielles.
En résumé, les travaux des anatomistes justifient l’exclusion des dégénérescences du rein (graisseuse, amyloïde) de la classe des néphrites. En se fondant sur les études des anatomistes les plus considérés et sur l’ensemble des travaux modernes, on peut grouper les néphrites dans les trois catégories suivantes :
-1. Étude clinique el anatomo-pathologique sur la vieillesse, 1886, p. 97. 2. J. BESANCON (Thèse de Paris, 1889).
I. Les néphrites aiguës. —— Elles reconnaissent pour cause la plupart des maladies aiguës; leur évolution est de courte durée, leurs lésions sont essentiellement épithéliales. Elles sont en général bénignes.
II. Les néphrites chroniques diffuses. — Ces dernières ont la même étiologie que les précédentes. Mais l’agent pathogène a prolongé son action, ou bien en raison de sa nature même (il s’agit en général d’intoxications) il détermine des lésions profondes et persistantes ; enfin on peut admettre que différentes infections se sont aidées mutuellement pour déterminer des néphrites chroniques. Malgré la chronicité de l’affection, celle-ci peut guérir; mais elle peut aussi persister dans son caractère chronique et aboutir à des transformations diverses de la substance rénale, commandées par la durée de la maladie. Les néphrites chroniques diffuses comprennent deux variétés anatomiques : l’une où les lésions épithéliales prédominent, l’autre dans laquelle le tissu conjonctif est plus profondément lésé.
IT. Les néphrites systématiques. — Celles-ci comprennent surtout les néphrites chroniques d’emblée. Les lésions évoluent dans le tissu conjonctif en prenant pour point de départ l’élément glandulaire ou vasculaire. Les néphrites du premier groupe (cirrhoses glandulaires) comprennent la néphrite saturnine et le rein sénile, quoique, pour certains auteurs, ce dernier puisse être regardé comme une manifestation tardive de l’artério-sclérose. Appartiennent au second groupe (néphrites artérielles) la néphrite par artério-sclérose et la néphrite goutteuse qui peut être à la rigueur considérée comme une variété importante. La néphrite par aplasie artérielle présente quelque affinité avec ce groupe.
Cliniquement la néphrite saturnine, le rein sénile, la néphrite de l’artério-sclérose et celle de la goutte se traduisent par un ensemble de signes qui donnent à la maladie des aspects différents en rapport avec l’intoxication saturnine, la sénilité, les troubles généraux de l'artério-sclérose et la diathèse goutteuse.
Toutes ces néphrites ont un pronostic grave, parce que leur évolution est progressive et qu’il n’y a aucune tendance à la réparation des tissus lésés. Elles se terminent ordinairement de la même manière, et le petit rein contracté est leur aboutissant habituel; aussi les auteurs avaient-ils rangé dans un vaste groupe sous la dénomination vague de néphrite interstitielle des néphrites de causes diverses comme les néphrites goutteuse, saturnine, le rein sénile, affections qui, tout en aboutissant aux mêmes lésions, présentent au cours de leur évolution des modalités assez distinctes pour qu'il ne soit pas permis de négliger la notion de leur étiologie.
NÉPHRITES AIGUËS 533
Tels sont les divers types de néphrites que l’on peut dégager pour une description didactique dans l’état actuel de nos connaissances. Mais il faut savoir que, dans nombre de circonstances, ces types peuvent être défigurés. Des causes diverses, de nature essentiellement différente, peuvent agir simultanément ; le rein altéré peut être influencé par des poussées congestives provoquées elles-mêmes par une pneumonie ou par des troubles gastro-intestinaux ; le cœur altéré et hypertrophié peut lui faire sentir son action sous forme de congestions répétées. En pareil cas on trouve à l’autopsie des lésions complexes. Il faut distinguer ces altérations surajoutées ou de production secondaire de celles qui sont essentielles et primitives. Cliniquement, l’évolution tout entière du processus renseigne parfois sur la nature de la maladie; on ne le confondra pas avec un processus différent par cela seul qu’il présente avec lui, à l’une de ses étapes, des similitudes plus ou moins accusées. Ainsi donc l’observation clinique et l’étude anatomique se prêtent un mutuel secours et les données qu’elles fournissent peuvent servir, avec l’aide de la notion étiologique, à caractériser les divers types des néphrites.
NÉPHRITES AIGUËS
Introduction. — Les néphrites aiguës comprennent les affections décrites sous les noms de néphrites aiguës albumineuses, de néphrites catarrhales, croupales, de néphrites parenchymateuses | aiguës, de néphrites épithéliales. Les lésions sont plus ou moins éten- | dues et intenses, le plus souvent elles sont passagères, elles sont hypérémiques ou phlegmasiques, elles peuvent aboutir à la destruction plus ou moins complète des épithéliums, elles peuvent affecter une prédilection plus ou moins marquée pour telle ou telle partie de l’organe (épithélium, glomérule), elles peuvent être enfin caractérisées par des altérations inflammatoires, nécrosantes ou dégénératives, isolées, associées en proportions variables ou prédominantes suivant les cas. Aussi, le terme de néphrites aiguës a-t-il l'avantage, en ne précisant pas toutes ces variétés anatomiques, de répondre à un groupe de néphrites nosolegiquement distinctes, et d’être compris aisément dans le langage clinique.
Étiologie. — Les fièvres éruptives, surtout la scarlatine, la fièvre typhoïde, la diphtérie, la pneumonie, occupent le premier rang dans l’étiologie des néphrites aiguës. Les oreillons, le rhumatisme
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articulaire aiqu, la varicelle, la grippe, la fièvre récurrente, la syphilis (néphrite syphilitique précoce), Le choléra, le tétanos, l'ictère grave, la fièvre jaune et en général la plupart des maladies infectieuses peuvent s'accompagner d’inflammations aiguës des reins qui surviennent comme de véritables complications de la maladie générale.
La néphrite aiguë peut encore succéder à une infection localisée, à l’érysipèle !, à des angines, à des anthrax, à des plaies en voie de suppuration, voire même à des phlegmons et à l’ostéomyélite. La blennorrhagie, surtout quand elle est compliquée d’orchite, donne souvent naissance à une albuminurie parfois très abondante, symptomatique d’une altération aiguë des reins*.
Quelquefois la néphrite aiguë semble être primitive et ne dépendre d’une infection ni généralisée ni localisée comme dans les faits rapportés par M. Perret et par quelques auteurs allemands; dans ces cas, le rein seul semble lésé et la néphrite est l’unique expression de la maladie infectieuse. Ce sont les néphrites dites bactériennes primitives *.
Certains troubles gastro-intestinaux (gastrites infectieuses), quelques affections hépatiques aiguës paraissent provoquer des lésions aiguës des reins.
Les agents thérapeutiques introduits dans la circulation sanguine, par injections sous-cutanées ({uberculine de Koch‘), ou par application sur la peau (vésicatoires), ou ingérés par l’estomac déterminent parfois des néphrites. Le goudron, le pétrole, l'acide pyrogallique, l'acide chrysophanique, le sublimé, l'acide phénique, employés sous forme de topiques ou de solutions antiseptiques, sont, parmi les médicaments externes, les plus justement incriminés. Parmi les médicaments internes, il faut citer la teinture de cantharide dont quelques thérapeutes se sont servis dans le traitement des néphrites, l'essence de térébenthine, le baume de copahu, l'azotate d’urane, la paraldéhyde administrée d’une manière prolongée, l’arsenic et l’antimoine. Divers agents exercent une action nocive sur le rein, même à dose non toxique pour l'organisme en général. Tels sont le sublimé, l’iodoforme, l'acide phénique, l'acide salicylique. À la suite des empoi-
1. ACHALME, L’'érysipele (Biblioth. Charcot-Debove, p. 199). — Considér. palhog. el anat.-path. sur l’érysipèle, ses formes et ses complications (Thèse de Paris, 1893).
2. BALZER et SOUPLET (Annales de dermat.:et de syph., t. II, n° 2, fév. 1892). — BALZER ct JACQUINET (Sem. méd., 1893).
3. BAMBERGER (Würzb. med. Zeilsch., Bd. 1, 305, 1860). — Aurrecar, Pathologie Miltheil., t. 1, 1881. — LiTTEN, Einige Füälle von mycotischer Nierenerkrankung (Zeilschr.f.klin. Med., 1882).— PERRET, Néphrite bact. primitive (Lyon méd., 1888). — MANNABERG, Zur Æliol. der Morbus Brightii acutus (Zeëtschr. f. klin. Med., 1890). — LETZERICH, Ucber die Ætiologie, Pathologie und Therapie der bacillären interstitiellen Nierenentzündung (Zeilschr. f. klin. Med., 1891, Bd. XVIII, p. 529).