JUREL-RÉNOY (Arch. gén. de méd
2. STRAUS et CHAMBERLAND (Arch. de phys., 1883). 3. Deutsch. med. Wochenschrift, n° 806, 807 et Bonn, 1891.
NÉPHRITES AIGUËS 551
réactions fébriles sont éteintes et que tous les symptômes généraux ont disparu. Telle est, par excellence, la néphrite de la scarlatine. Mais le plus souvent, quand la néphrite est intense, elle s’annonce par un début plus ou moins bruyant; elle éclate parfois brusquement, et la maladie présente d'emblée, à une époque plus ou moins rapprochée du début de l'infection, l’ensemble symptomatique de la période d’état. En général, l'organisme a subi depuis quelque temps l'imprégnation de l’agent infectieux avant que la néphrite apparaisse.
C’est ainsi qu’elle se manifeste dans la première semaine de l’infection, le plus souvent au cours de la scarlatine, quelquefois au troisième septénaire de la fièvre typhoïde. Cependant, dans l’infection pneumonique, la néphrite est presque toujours contemporaine du début de la pneumonie, et même, dans quelques cas, les symptômes rénaux peuvent précéder l’éclosion des signes de l'infection pulmonaire. Dans les intoxications aiguës médicamenteuses, l'absorption du poison est suivie dès le lendemain de l'apparition d’urines rares, brunâtres, et d’œdèmes (néphrite cantharidienne).
PÉRIODE D'ÉTAT. — La diminution des urines, leur couleur foncée, l’hématurie, l’albuminurie, la présence de sédiments dans les urines, les ædèmes, les accidents urémiques, tels sont en général les signes que l’on peut observer, à la période d’état. Suivant l'intensité du processus, suivant la cause de la néphrite, suivant les conditions dans lesquelles elle se développe, ces signes apparaissent au complet (ils sont associés diversement avec une prédominance plus ou moins marquée) ou ils ne se manifestent que partiellement.
Urines.— Elles sont diminuées de quantité dès le début ; le malade rend dans les vingt-quatre heures un litre, un demi-litre d’urine et, dans quelques cas, apparaît l’anurie totale ou partielle : l'émission des urines se chiffre par quelques grammes. Cette anurie, contrairement à ce qui arrive dans l’anurie calculeuse, précède souvent et de très près (un ou deux jours) l’éclosion d’accidents urémiques.
Les urines prennent des aspects variables, elles sont brunâtres, couleur de bouillon sale ou de lavure de chair. Quelquefois rosées, elles sont dans certains cas franchement rouges, très foncées, et présentent une intensité de coloration en rapport avec la quantité de sang qu’elles contiennent. Par le repos tous les éléments qu’elles renferment se déposent au fond du vase dans lequel on les reçoit et on y trouve des cellules épithéliales du rein plus ou moins altérées, infiltrées de graisse, mélangées à des leucocytes, à des globules rouges et à des cylindres.
L'augmentation des sels dans les urines explique leur grande densité (1030 et quelquefois au delà) au début de la maladie. Ces
urines sont riches en phosphates et en urates. Lorsque survient un ædème généralisé, les chlorures sont diminués. Pendant la période aiguë de la maladie, le taux de l’urée est abaissé dans de notables proportions ; le malade émet 8 à 10 grammes de cette substance en vingt-quatre heures. Après la cessation de la fièvre, l'équilibre se rétablit et l’urée peut dépasser la moyenne normale. Mais en dehors de tout état infectieux, le dosage de l’urée, au cours d’une néphrite aiguë, a une certaine importance; en faible quantité, l’urée atteste que la fonction rénale est imparfaite et que le processus inflammatoire n’est pas éteint. Il semble prouvé que la diminution de la quantité d’urée s’accentue quand la maladie devient plus grave et que même chez les malades légèrement albuminuriques émettant une quantité normale de chlorures, l’abaissement du taux de l’urée est en rapport avec les modifications profondes des éléments sécréteurs du rein'. Par contre, lorsque l’urée est en proportion normale, même si l’albuminurie est assez prononcée, le pronostic d’une néphrite aiguë peut être considéré comme bénin?.
L’albuminurie est constante dans les néphrites aiguës; si, d’une manière exceptionnelle, son absence a été signalée, c’est que l’albumine peut n’exister que d’une façon passagère dans l’urine. Tantôt elle est si peu abondante qu’elle peut passer inaperçue; tantôt elle se chiffre par 1, 2, 3 grammes par litre; tantôt elle peut atteindre 5, 8 et même 13 grammes par jour. Suivant l'intensité de l’infection, elle offre des proportions plus ou moins considérables, et en général dans les néphrites aiguës elle est l'indice de l’acuité, de l'étendue et de la profondeur des lésions. Cependant elle n’est pas toujours en rapport avec les autres symptômes de la néphrite. On peut voir l’albumine se précipiter par flocons sous l'influence des acides, alors que les œdèmes sont très peu marqués, que les sédiments urinaires sont très peu abondants et qu'aucun accident urémique ne survient. Inversement on observe parfois dans les urines des cylindres et des cellules épithéliales en assez grande abondance, malgré l'absence momentanée de l’albumine (quelques jours, rarement quelques mois)*.
D'une manière générale l’albumine au cours des néphrites aiguës est sujette à des variations journalières coïncidant ordinairement
1. CHABRIÉ, Contribution à l'élude expérimentale de la fonction du rein (Thèse de Paris, 1892).