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NÉPHRITES CHRONIQUES DIFFUSES 987

sueurs d'urée et l'ensemble des affections cutanées comprises sous le terme général d’urémides font partie de l’urémie et ne seront pas décrites ici, quoiqu'il soit difficile parfois de déterminer si ces complications font partie de l’urémie ou de l’évolution même de la néphrite.

Troubles auditifs. — Ils dépendent d’une cause nerveuse ou d’un processus inflammatoire ‘. On observe des otites internes, des lésions labyrinthiques, l’œdème du nerf acoustique. Ces troubles consistent en tintements, bourdonnements dans une ou deux oreilles. Le malade peut devenir subitement sourd, mais habituellement on observe une surdité, sujette à répétition, localisée à l’une des oreilles ; rarement elle est durable et, si elle persiste, elle est très légère. Ces troubles sont tantôt indolores, tantôt accompagnés de douleurs auriculaires ou de la face.

Troubles dus à l'insuffisance urinaire. — Is sont parfois difficiles à reconnaître au milieu des autres symptômes qui relèvent de lésions des poumons, de l’encéphale, des yeux et des oreilles; manifestations isolées de l’urémie, ils sont confondus dans l’ensemble des troubles dus soit à l’œdème, soit à des altérations organiques. On constate la dyspnée sous toutes ses formes, sauf le type de Cheyne-Stokes, des céphalées frontales plus ou moins tenaces; la vue du malade est troublée par des scotomes, des brouillards, la cécité peut être complète; la brusquerie de cette dernière complication et sa répétition par accès successifs durant de vingt-quatre à trente-six heures permettent de la distinguer de la rétinite albuminurique. Quant aux troubles auditifs, ils se traduisent par les mêmes signes que ceux qui dépendent de lésions organiques.

Tous ces accidents indiquent, dans une certaine mesure, l’insuffisance rénale et prouvent que le malade subit une ébauche d’urémie dont les grandes manifestations peuvent cependant se faire attendre pendant longtemps.

Marche. Durée. Terminaisons et complications. — La durée de la néphrite chronique diffuse ne peut être précisée que très difficilement. Elle varie beaucoup suivant que les lésions épithéliales ou conjonctives prédominent. Dans le premier cas, la maladie peut évoluer en deux, trois ans. Dans le second cas, l’affection poursuit une marche lente; son évolution se rapproche sensiblement de celle des néphrites artérielles systématiques; c’est parfois d’emblée que s’installe la néphrite chronique diffuse à prédominance scléreuse; ailleurs on voit cette dernière succéder à une néphrite

1. DIEULAFOY (France médicale, 1877, n° 16; — Gaz. hebd., 1878,. n° 2). — | DoMERGUE, Troubles auditifs dans le mal de Bright (Thèse de Paris, 1881).

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aiguë ou chronique qui s’est accompagnée d’albuminurie plus ou moins abondante, d’oligurie, d’æœdème plus ou moins prononcé : insensiblement, on voit les symptômes s’atténuer, la polyurie s’établir, et apparaître la plupart des signes décrits par M. Dieulafoy sous le nom de petits accidents du brightisme.

La guérison, fréquente dans quelques néphrites aiguës, est plus rare dans les néphrites chroniques diffuses.

Quelques néphrites persistent longtemps avec un taux d’albumine considérable. Les urines conservent leur toxicité normale et les malades peuvent continuer à vivre sans présenter d’autres phénomènes morbides que l’albuminurie‘. L’albumine seule persiste, albumine à peu près invariable dans sa teneur, irréductible, malgré une hygiène rigoureuse et les médicaments usités en pareil cas; réciproquement elle ne subit aucune augmentation malgré les régimes les plus variés. S'il est possible de la diminuer, ce n’est que dans des limites très restreintes, comme l’a démontré M. Jaccoud*?; cet auteur admet que sous l'influence de la diète lactée la globuline persiste seule, alors que la sérine disparaît; mais cette globuline reste à un taux fixe.

Tant que la toxicité urinaire ne diminue pas, tant que les petits accidents du brightisme sont absents, la maladie ne peut présenter aucun caractère de gravité et, sous la forme d’une albuminurie pure, on l’a vue évoluer, sans troubler autrement la santé générale que par des pertes plus ou moins considérables d’albumine pendant plusieurs années (deux, cinq, sept, et même trente, cinquante ans). M. Dieulafoy en se fondant sur ces faits admet une « dissociation des actes morbides du rein », c’est-à-dire que la néphrite peut se traduire seulement par de l’albuminurie, tandis que la plupart des symptômes toxiques font défaut et que la toxicité urinaire reste normale.

Mais dans ces formes de néphrites, on voit apparaître, après une longue période essentiellement «albumineuse », les signes d’une urémie légère dont les manifestations isolées annoncent le défaut de la dépuration urinaire. Alors la terminaison par urémie est à redouter.

Cette TERMINAISON s’observe plus souvent dans les formes de néphrites chroniques à prédominance scléreuse. Dans la généralité des cas, l’urémie ne survient pas brusquement; elle est annoncée par de légères céphalées et dyspnées, des troubles oculaires, auditifs, en apparence insignifiants ; cependant la présence même de ces derniers n'implique pas l’apparition, à brève échéance, des accidents graves de

1. DIEULAFOY (Académie de médecine, juin 1893). — CurFer et GAstou, Des né— phrites partielles (Revue de médecine, 1891). — HAwxINS (Soc. clin. de Londres, août 1892).

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