II. — NÉPHRITES SYSTÉMATIQUES
Introduction. — Ces néphrites forment le second groupe du mal de Bright. Elles ont leur expression la plus nette et la plus complète dans la néphrite par artério-sclérose dont l’anatomie pathologique, l’évolution et les symptômes sont bien connus et décrits aujourd’hui. C’est elle qui servira de type pour les descriptions anatomiques et cliniques des néphrites artérielles. Le rein goutteux, le rein sénile, la néphrite saturnine, la néphrite par aplasie artérielle forment des variétés distinctes en raison de leur étiologie, de leur pathogénie spéciales et de quelques caractères anatomiques et cliniques; nous les indiquerons au cours de ce chapitre.
Étiologie.— La néphrite par artério-sclérose n’est que la localisation partielle et prédominante d’une maladie générale. Ilest donc inutile de passer en revue toutes les causes qui peuvent la déterminer; cependant l’action de l'alcool est diversement interprétée et, comme elle semble avoir pour quelques auteurs une influence sur les artères en général et sur celle du rein en particulier, il est nécessaire de donner quelques explications à ce sujet. M. Lancereaux nie le rôle de l’alcool dans l’artério-sclérose. Pour Dickinson, cet agent ne doit pas figurer dans l’étiologie des néphrites chroniques, quelle que soit la variété à laquelle on ait affaire. Rayer, Christison, Johnson admettaient son influence nocive. Mais la plupart de ces auteurs, ainsi que Grainger-Stewart, Roberts, Leudet, ont serré de plus près la question : en se fondant sur le grand nombre de néphrites chroniques observées dans les districts où l’ivrognerie est répandue, sur l’association assez fréquente de la sclérose hépatique et de la sclérose rénale, ils ont établi un rapport de cause à effet entre la sclérose rénale et l’alcoolisme lent, invétéré. Il y a lieu cependant de faire des réserves sur l’opinion de ces derniers auteurs; elles sont d'autant mieux justifiées que, si tant est que l’alcool puisse déterminer des néphrites chroniques, il n’est pas prouvé qu'il agisse sur les artères en général et localement sur celles du rein.
Fréquence. — Il est difficile d'établir une échelle de fréquence pour les diverses localisations de l’artério-sclérose. D’après les statistiques de Lobstein, Bizot, Rokitanski, on peut avoir des données approximatives sur la fréquence de la néphrite chez l’athéromateux. Celui-ci, d’une manière générale, semble plutôt exposé aux troubles cardio-vasculaires, à l’aortite chronique qu’à la néphrite qui, ellemême, paraît plus fréquente que les troubles cérébraux (hémorrhagie).
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La néphrite par artério-sclérose est plus fréquente chez l’homme que chez la femme.
Age. — La néphrite par artério-sclérose est l’apanage de l’âge adulte. Elle s’observe de préférence entre quarante et cinquante ans. On la constate aussi dans l’adolescence ! et même chez des enfants. Mais dans ce cas il faut distraire du groupe ces jeunes malades qui présentent l’habitus extérieur et la plupart des symptômes de la chlorose; ce sont des malades entachés de chloro-brightisme (Dieulafoy). Dans la vieillesse, l’artério-sclérose peut donner naissance, d’après certains auteurs, à cette forme spéciale de néphrite artérielle dite rein sénile. Dans ce cas, ce dernier serait une manifestation tardive de cette maladie d'évolution.
Hérédité. — Elle joue très probablement un rôle dans le développement des néphrites artérielles qui débutent dans le jeune âge ou avant vingt ans. On voit en effet des enfants ou des individus jeunes atteints d’albuminurie, de polyurie, d’hypertrophie du cœur, n’ayant eu aucune maladie susceptible de déterminer une néphrite et qui meurent avec un petit rein granuleux; ils sont issus de parents albuminuriques, artério-scléreux; dans une même famille plusieurssujets présentent le même ensemble pathologique*. Il s’agit dans ces circonstances de véritables maladies artérielles transmissibles. D’après M. Lancereaux, l’artério-sclérose et l’aplasie artérielle seraient de nature semblable à celles qu’on observe chez les malades présentant les manifestations avancées de l’herpétisme. L’apparition précoce des altérations artérielles qui se localisent dans le rein fait toute la maladie. Les accidents qui ont mis des années à évoluer chez les ascendants marchent chez les descendants d’une façon aiguë en quelques années.
Saturnisme. — Le plomb, depuis les travaux d’Ollivier*, de Charcot et de M. Gombault, est considéré définitivement comme étant la cause d’une variété de rein contracté. La néphrite saturnine n’est pas rare au cours de l’intoxication par le plomb ; Ollivier signalait déjà sa fréquence à l’époque où l’albuminurie était regardée comme le seul témoin d’une altération rénale. Dickinson, sur 42 cas d'intoxication saturnine, cite 26 fois la mort par néphrite, et Wagner, sur 150 petits reins contractés, en attribue 15 au saturnisme.
La néphrite saturnine est relativement fréquente au cours de l’intoxication par le plomb; cette complication survient à la suite d’un empoisonnement lent et continu, elle succède le plus souvent à des
1. PoiLcor, Contrib. à l'étude de la néphrile artérielle chez les jeunes gens (Thèse de Paris, 1891).