Soc. méd. des hôp., 27 février
liquide labyrinthique, d’où, du côté de l'oreille, des troubles spéciaux qui paraissent plus fréquents dans les néphrites artérielles. Ces troubles consisteraient en vertiges entièrement comparables aux crises de vertiges de Ménière. Ils seraient susceptibles de s’amender par le régime lacté comme les autres accidents brightiques de même nature dont ils ont d’ailleurs la même valeur diagnostique et pronostique !.
La pollakiurie est un phénomène à part dans les accidents brightiques. On doit se demander si l’état névropathique du malade, une neurasthénie préexistante ne jouent pas un rôle adjuvant dans l’apparition de ce symptôme. Ce trouble semble provoqué par une excitabilité de la muqueuse vésicale qui détermine des mictions fréquentes (cinq, six, dix dans les vingt-quatre heures); nocturnes pour la plupart, toutes sont impérieuses, souvent douloureuses chez la femme notamment, mais elles ne s’accompagnent pas toujours d’une émission considérable d'urine ; le taux même des urines de vingt-quatre heures peut rester inférieur à la normale malgré la fréquence des mictions. La pollakiurie est précoce ou tardive.
Les épistaxæis apparaissent au début du mal de Bright ou surviennent au cours, en pleine évolution de l’affection rénale. Dans le premier cas, l’hémorrhagie est généralement unique et très abondante, elle persiste pendant un quart d'heure, une demi-heure, une heure, quelquefois davantage, avec des alternatives d'arrêt et de reprise. Elle nécessite souvent le tamponnement des fosses nasales. Très légère dans la suite, elle consiste en quelques filets de sang que le malade mouche tous les matins; ces épistaxis sont continues et durent pendant longtemps.
PÉRIODE D'ÉTAT. — La plupart des signes que nous venons de décrire font aussi partie, nous l'avons déjà dit, de la période d'état. Mais les caractéristiques de cette période sont : la polyurie, l’albuminurie quoiqu’elle fasse souvent défaut, les œdèmes, l’hypertrophie du cœur, des accidents urémiques (céphalée, dyspnée), des troubles gastro-intestinaux; avec quelques-uns des petits accidents du mal de Brigt, ébauches d’urémie, ils annoncent la gravité de la maladie et l’imminence de plus graves manifestations de l’urémie confirmée.
La polyurie est un trouble constant de la fonction urinaire. L’urine émise dans les vingt-quatre heures s’élève à 2 litres, 3litres ; elle peut dépasser ce chiffre, atteindre 8, 10 et même 15 litres. Cette augmentation de l’urine est un symptôme précoce, de longue durée, qui ne disparaît que dans les moments où le cœur faiblit ou dans les
1. BoNNIER, Brightisme auriculaire (Rev. de la Soc. de laryngol., 1892).
NÉPHRITES SYSTÉMATIQUES 614
dernières périodes de la maladie, quand cet organe succombe à la tâche. C’est alors que l’albumine peut apparaître.
L’urine émise est claire, limpide, de couleur citrine très pâle, mousseuse; elle ne renferme que peu ou pas de dépôt. Celui-ci est formé par des cristaux d’urate et d’oxalate de soude, et par quelques rares cylindres granuleux, cireux ou colloïdes. Les chlorures, les phosphates, l’acide urique sont toujours diminués ; quelquefois l'acide urique manque totalement. Aussi la densité des urines est-elle très peu élevée ; cette faible densité s'explique encore par la quantité considérable d’eau qui dilue les matières extractives. Cette densité oscille entre 1000 et 1012; elle est ordinairement de 1005 à 1009.
Le taux de l’urée est à peu près normal, surtout dans les premières périodes de la maladie, tandis que dans les néphrites chroniques diffuses il est toujours diminué. Cependant il n’en est pas ainsi dans tous les cas. La diminution de cette substance peut coïncider avec l’affaiblissement de la santé générale et annoncer une lésion rénale au début malgré l'absence d’albumine et de cylindres urinaires.
Toutes ces constatations chimiques n’ont pas la valeur que possèdent l’urohématine et les amas pigmentaires d’hématoïdine. Quand on fait apparaître par l'acide azotique (expérience du verre de Gubler) un ménisque rosé d'urohématine généralement solitaire au milieu de l’urine, on a un élément précieux de diagnostic. L’urohématine se trouve surtout dans les néphrites conjonctivo-vasculaires ; et souvent avec la polyurie, la faible densité des urines, leur coloration claire, elle suffit à dépister une néphrite, même en l’absence de l’albumine qui d’ailleurs fait souvent défaut.
L’albuminurie en effet est un signe infidèle dans les néphrites artérielles. Elle n’a qu’une valeur secondaire ét contingente. La quantité d’albumine est ordinairement faible ; elle ne dépasse pas quelques centigrammes, | gramme, rarement on la voit atteindre 2 grammes dans les vingt-quatre heures; exceptionnellement, si ce n’est peutêtre à la fin de la maladie, elle dépasse ces chiffres. Dans les premiers. stades de la néphrite, l’albuminurie est passagère, la néphrite semble procéder par poussées successives. Mohamed‘ admet que la sclérose dans sa première période ne s’accompagne pas d’urines albumineuses ; d’où le nom de « stade pré-albuminurique » par lequel il a désigné cette période. Or ce terme consacre une erreur. L'apparition de l’albumine est essentiellement variable dans les néphrites scléreuses. Tantôt en effet l’albumine apparaît dès le début de la maladie. tantôt elle se montre au cours d’un mal de Bright en pleine évolution. tantôt elle ne survient qu’à la période terminale de la maladie.