‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 18 sur 263 · DE GRANDMAISON (Thèse de Paris · texte numérisé non relu

DE GRANDMAISON (Thèse de Paris

CIRRHOSES DU FOIE 65

des cirrhoses du foie. Voici la conception résumée d’Ackermann : Le processus débuterait par la dégénération granuleuse ou graisseuse des cellules périphériques de l’acinus. La nécrose de ces éléments, agissant alors à la façon de corps étrangers, déterminerail une irritation inflammatoire, aboutissant à la formation de bourgeons vasculaires ; ces derniers proviendraient des rameaux interacineux de l’artère hépatique. Autour de ces jeunes vaisseaux s’organiserait le tissu conjonctif inflammatoire. Cette néoformation conjonctive comprimerait les capillaires radiés de la périphérie et amènerait l’oblitération progressive des rameaux portes interacineux.

Les faits encore ne s’accommodent pas de cette théorie : nous avons vu que dans certains cas d’obstruction biliaire, dans la forme chronique de Lahousse, la prolifération conjonctive précède lPaltération cellulaire; dans certains cas de cirrhoses de Laennec, des observateurs comme Klebs, Rindfleisch, Cornil, Hanot ont positivement constaté que les cellules hépatiques étaient saines.

L'étude de ces altérations cellulaires préoccupe de nos jours ceux qui s’adonnent aux recherches de cytologie; le matériel fourni par les autopsies humaines est moins utilisable que le matériel expérimental, qu’on accumule de tous côtés.

Nous avons appris jusqu'ici que les mêmes toxiques, les mêmes microbes agissaient différemment, suivant leur concentration, leur nombre, l’état, l'espèce, la vigueur, l’âge de l’animal choisi, suivant la voie d'apport, etc. Nous avons appris que les actions pathogènes se superposaient, qu’un toxique pouvait amener des infections secondaires, qu’une infection provoquait des intoxications secondaires multiples, que ces infections étaient canaliculaires ou vasculaires, que les intoxications agissaient sur les cellules, directement et par voie indirecte, nerveuse, etc.

Il paraît donc prématuré de proposer une théorie quelconque.

Classification des cirrhoses. — Ce que nous venons de dire indique assez que l’ordre que nous suivrons dans l’étude des cirrhoses n’a pas la prétention de répondre à une classification vraiment pathogénique. Une classification anatomique, à supposer qu’elle fût rigoureusement possible, n’a pas pour le médecin l’intérêt d’une classification étiologique, même défectueuse. Ce qu’il importe de savoir, c’est que telle affection du foie est due au paludisme, telle autre à la syphilis, telle à l’alcool, telle à une infection ; la thérapeutique n’est possible qu’en tenant compte de ces notions. Sans doute il importerait de savoir quel est le mécanisme d'action d’un poison, d’où vient et quel est l’agent d’une infection ; ce sont là des desiderata auxquels l’avenir satisfera certainement en partie.

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Nous diviserons les cirrhoses du foie de la manière suivante :

Cirrhose saturnine.

Cirrhose phosphorée (voir ci-dessus, p. 57).

Cirrhoses des dyspeptiques.

Cirrhoses des goutteux.

Cirrhoses des diabétiques.

| Cirrhoses alcooliques.

Cirrhoses toxiques.....

Cirrhoses paludéennes.

Cirrhoses tuberculeuses (v. Tuberculose hépatique).

Cirrhoses syphilitiques (voir la Syphilis hépatique). \ Cirrhoses infectieuses indéterminées.

| Cirrhose de Hanot.

Cirrhoses infectieuses. }

Cirrhoses par obstruction (cirrhoses calculeuses).

Cirrhose cardiaque (on trouvera sa description au chapitre Foie cardiaque, p. 30).

Nous éliminons du cadre de notre étude les scléroses partielles développées autour des tumeurs (gommes, angiomes, kystes hydatiques, etc.) et des corps étrangers, les cirrhoses du foie ne devant comprendre que les cas où la prolifération conjonctive est généralisée à tout l’organe. Cependant, quand les corps étrangers (charbon, hydrate de fer) sont répandus dans toute l’épaisseur du parenchyme, il semble qu’ils puissent donner lieu à des cirrhoses ; nous en dirons quelques mots à propos de la cirrhose pigmentaire des diabétiques.

La cirrhose capsulaire est également une sclérose partielle qui peut cependant se généraliser à tout le foie dans des conditions encore mal déterminées; cette forme de cirrhose, indiquée par ourschmann, mérite une simple mention.

La cirrhose cardiaque est intermédiaire aux cirrhoses toxiques et aux Cirrhoses infectieuses ; la compression mécanique ne saurait suffire à provoquer la sclérose ; on suppose que ce sont les poisons formés dans les tissus mal irrigués, ou ceux produits dans le tube digestif, ou encore les micro-organismes résorbés à ce niveau et passant dans la circulation, qui seraient chez certains malades les agents de la sclérose.

Enfin l'on aurait pu faire l'étude des combinaisons, des hybrides, pourrait-on dire, si l’on n’avait craint de dépasser les limites assignées à cet article : telles sont la cirrhose cardio-tuberculeuse, la cirrhose cardio-alcoolique, la cirrhose paludo-alcoolique, ete.

Il y a peu de temps encore la cirrhose de Laennec (cirrhose atrophique annulaire) était pour les auteurs classiques l’expression la plus constante, la plus indéniable de l’action nocive de l’alcool sur le foie; aussi en était-on arrivé à considérer comme synonymes les expressions de cirrhose atrophique annulaire et de cirrhose alcoolique; pour certains même toute l’histoire de l’alcoolisme hépatique se bornait à l’étude de cette forme d’hépatite interstitielle. Cependant les observations de cirrhose annulaire atrophique chez des malades qui n’avaient jamais fait abus ni même usage de boissons alcooliques ont été produites de toutes parts!. Et l’on connaissait depuis longtemps des alcooliques succombant avec de gros foies indurés.

Aussi peut-on dire que le foie atrophique de Laennec ne résume pas toute l’histoire de l'alcoolisme hépatique, et, bien plus, qu’il n’est pas spécial à l’intoxication alcoolique.

L’enquête poursuivie depuis plusieurs années, depuis l’avènement de la bactériologie surtout, nous à peu à peu habitués à concevoir qu’un même facteur étiologique détermine sur un même organe des lésions extrêmement variables, proliférations et dégénérescences des cellules glandulaires, réactions variées de la trame conjonctive et vasculaire, etc. Rien n’est plus instructif à cet égard que l’étude des altérations amenées par le bacille de la tuberculose dans un organe donné, la peau ou le poumon, par exemple. Cette étude a été poursuivie également pour le foie et est loin d’être encore complète. La tuberculose hépatique forme l’un des chapitres intéressants de cet ouvrage et nous devrons nous-mêmes en dire quelques mots. Les déterminations de la syphilis sur le foie donnent lieu également à des altérations multiples et connues depuis de longues années déjà. Les altérations du foie impaludique sont aussi variables que les symptômes qui les accompagnent. Nous pourrions en dire autant des troubles qu’entraînent différentes autres infections et intoxications.

C’est pour les raisons que nous venons d’exposer que nous pensons qu’il y à intérêt à ne pas séparer l'étude des cirrhoses alcoo-

4. Bibliographie : FRERICHS, Trailé pratique des maladies du foie (traduct. Duménil), 1877, p. 299 et suiv. — CHARCOT, Maladies du foie el des reins, p. 220 et 221. — EicHHORST, Pathologie interne el thérapeutique, 1889. — HarLey, Maladies du foie, 1890. — Moris WoLLEy (Brooklyn med. Journ., 1889, p. 241). — La bibliographie complète des cirrhoses atrophiques où l’action nocive de l’alcoolisme ne peut être incriminée se trouve, avec des observations personnelles, dans le travail de AD. LAFr- FITTE, /ntoxication alcoolique expérimentale el cirrhose de Laennec, Paris, 1892.

liques du foie de l’étude des autres modifications symptomatiques et anatomiques imprimées par l’intoxication alcoolique sur ce viscère. Cette manière de faire semble d’autant plus légitime que la cirrhose du foie et surtout la forme hypertrophique paraît n’être que l’aboutissant d’une série de poussées de ce que nous allons étudier sous le nom d’hépatites subaiguës ; elle a en outre l’avantage de donner une classification étiologique, c’est-à-dire qu’elle permet de grouper dans une même étude des états qui sont sous la dépendance d’un même facteur principal. Mais il est des facteurs secondaires, qui nous échappent encore pour la plupart, et qui font que l’alcoolisme peut se présenter chez différents individus sous des formes variables; c’est aux efforts des observateurs à préciser le déterminisme de ces modalités.

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