IT. — NÉPHRITE DES TUBERCULEUX
Définition. — On sait déjà qu'un malade tuberculeux pulmonaire chronique, par exemple, peut présenter de l’œdème, et des quantités considérables d’albumine. Ce fait n’est pas facile à interpréter. [l ne s’agit point là d’action directe du bacille sur le rein, puisque la tuberculose rénale ne s’accompagne presque jamais d’albuminurie. Ce peut être une albuminurie dyscrasique. Ge peut être une lésion du rein, tenant soit à une modification du plasma sanguin chez les tuberculeux, soit à une action toxique directe des produits de sécrétion du bacille de Koch, de la tuberculine, sur les épithéliums rénaux. Ce peut être même une lésion produite par les sécrétions des agents pathogènes d’infection secondaire. Il s’en faut que toutes ces causes de néphrite soient bien élucidées et la question reste très complexe. Cependant certains faits permettent, à l’heure actuelle, de classer au point de vue pathogénique, clinique et anatomique, une néphrite tuberculeuse, non par action directe du microbe, mais par tuberculine.
Historique. — Déjà en 1840, dans son Traité des maladies des reins, Rayer consacre un chapitre entier aux rapports de la néphrite albumineuse et de la phtisie pulmonaire. On trouvera dans les thèses
1. LANCEREAUX, Néphrites épithéliales dans la syphilis, la tubereulose et la lèpre (Bull. méd., 11 janvier 1893). — CHAurFFARD, Néphrite par tuberculine (ibid., novembre 1892).
de MM. Le Noir, Coffin, Daunic!et Du Pasquier, le résumé des travaux antérieurs sur cette question.
Pathogénie. Étiologie. — Tous les auteurs admettent la fréquence relative de l’albuminurie chez les phtisiques. M. Le Noir, sur 715 tuberculeux, a rencontré 218 albuminuriques : c’est dire que ce symptôme se montre à peu près dans le tiers des cas. L’albuminurie chez les tuberculeux n’étant pas toujours un signe de néphrite, il est difficile, encore à l’heure actuelle, de déterminer la proportion de la néphrite des tuberculeux.
Son mode pathogénique paraît maintenant élucidé. Il ne s’agit pas là, probablement, comme le croyait M. Coffin, d’un traumatisme bacillaire direct; les auteurs n’ont jamais trouvé de bacilles dans ces cas : on sait d’ailleurs, depuis les travaux de M. Borrel, que ces derniers ne siègent pas sur les épithéliums et que dans le rein ils ne peuvent former que de la granulation tuberculeuse. La néphrite est peut-être due aux agents d'infection secondaire comme dans le cas de M. Pernice ? où l’on trouvait du streptocoque dans le rein, mais dans ces cas complexes la question reste difficile à juger. Il s’agit plutôt d’une néphrite toxique provoquée par le passage de la tubereuline à travers les tubes rénaux, fait aujourd’hui démontré par l’expérimentation et par la clinique.
En 1891, MM. Grancher et Martin *, MM. Arloing, Rodet et Courmont * ont présenté des cas de néphrite chez les animaux à la suite d'injection de tuberculine. MM. Enriquez et Daunic ont reproduit le même fait sur des lapins. MM. Grancher, Martin et Ledoux-Lebard, après avoir injecté à un lapin des cultures atténuées de bacilles, ont observé après sa mort un gros rein blanc avec néphrite épithéliale et glomérulo-néphrite, sans tubercules et sans bacilles apparents; ces auteurs pensent que les lésions dépendent plutôt de l'intoxication que de l’évolution tuberculeuse. Enfin chez l’homme, lors de l’emploi thérapeutique de la lymphe de Koch, des faits analogues ont été observés. La Commission des médecins de l’hôpital Saint-Louis? a relaté, chez 50 lupiques ayant subi le traitement, 8 cas d’albuminurie d’une durée d’un à huit jours, dont plusieurs accompagnés d’hématurie. M. Chauffard à rapporté le cas très intéressant d’un malade qui, après avoir reçu en six semaines 44 milligrammes de lymphe de Koch, présenta constamment des signes de
1. DAUNIC, Le rein des tuberculeux (Thèse de Toulouse, 1893).
2. PERNICE, Sul rene dei tisici (La Sicilia medica, avril 1890).
3. GRANCHER et MARTIN (Congres de la tuberculose, Paris, 1891).