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Gazette médicale de Strasbourg

ferme suivant le nombre d’hydatides qu’elle renferme ; d'ordinaire læ fluctuation est des plus manifestes.

Les parois de la poche sont fibreuses, parcourues par de nombreux vaisseaux, quelquefois incrustées de dépôts calcaires ; lorsque la poche atteint la périphérie de l’organe, elle est limitée par la capsule fibreuse, qui s’enflamme à son tour; il se forme alors des. adhérences avec les organes voisins, le mésentère, les intestins, plus rarement avec-le-foie, la rate, l’estomac. Mais avant d'atteindre la capsule, le kyste refoule excentriquement le parenchyme rénal, qui forme une sorte de bordure, constituée par les éléments tassés, défigurés, puis atrophiés de la glande, de sorte que les lésions histologiques sont des altérations mécaniques, qui aboutissent à la disparition progressive de la substance rénale.

Le contenu du kyste est le plus souvent un liquide limpide pré— sentant dans sa composition quelques particularités, telles que la présence d’acide urique, d’oxalate de chaux, de phosphate de soude et de phosphate ammoniaco-magnésien. On note parfois la purulence du liquide hydatique ; on sait que cette suppuration est consécutive à la pénétration des microbes pyogènes dans le kyste.

L'évolution du kyste hydatique du rein est toujours lente. Parfois il se développe autour de la poche un tissu de selérose qui limite son accroissement; on assiste alors dans certains cas à des métamorphoses régressives : la cavité se ratatine et contient une bouillie blanchâtre ; cette transformation équivaut à une guérison. Mais dans la règle, la tumeur dans son développement progressif tend à pointer vers la cavité abdominale. La rupture de la poche est un accident fréquent; dans la grande majorité des cas, cette rupture se fait dans le bassinet, 952 fois sur 63 cas (Roberts); la conséquence en est unevariété d’hydronéphrose avec toutes ses lésions secondaires; mais on a cité aussi quelques faits de communication de la poche avec les divers organes voisins, intestin, poumons et surtout bronches. On ne connaît aucun fait de rupture intra-péritonéale de kyste hydatique du rein.

Il est rare de trouver des kystes de même nature dans les autres viscères ; les hydatides du rein ont peu de tendance à se généraliser: c’est dire qu'il s’agit souvent d’une localisation isolée, fait qui rend comple jusqu’à un certain point de la difficulté du diagnostic clinique.

Rappelons enfin qu’on a signalé l’hypertrophie compensatrice du rein du côté opposé à la tuméfaction.

Symptomatologie. — Le développement lent de l’hydatide, l'intégrité relative de la glande rénale, la suppléance fonctionnelle par le rein du côté opposé expliquent pourquoi les symptômes par lesquels se traduisent les kystes hydatiques du rein sont souvent.

peu marqués. Le kyste peut être une simple trouvaille d’autopsie; d’autres fois les premiers phénomènes que l’on constate sont dus à la rupture de la poche. Dans certains cas, on ne note, pendant une période fort longue, que des troubles fonctionnels, d'origine mécanique, souvent peu accusés, tels que de la gène et de la pesanteur dans un flanc; Frerichs a signalé une parésie dans le membre inférieur correspondant au rein lésé; pendant longtemps, l’état général ne laisse rien à désirer. Lorsque le kystè a. atteint un grand développement, on se trouve en présence d’une tumeur arrondie, occupant un des flancs et une partie plus ou moins grande de la cavité abdominale et qui présente les caractères des tumeurs rénales, c'est-à-dire sonorité partielle antérieure, matité postérieure costolombaire, ballottement; la tumeur est tantôt molle, manifestement fluctuante, tantôt dure, rénitente, donnant la sensation d’un néoplasme solide ; le frémissement hydatique ne s’observe que d’une manière exceptionnelle, lorsque le kyste est superficiel; sa constatation a une très grande valeur.

Cette évolution, presque silencieuse, peut se poursuivre ainsi, jusqu’à ce qu’éclatent des accidents, traduisant soit la suppuration de la poche, c’est-à-dire des frissons, une fièvre irrégulière avec déchéance générale, soit la rupture. Celle-ci donne lieu à des phénomènes beaucoup plus nets : il survient une douleur, souvent très intense, apparaissant subitement, et entraînant parfois une lipothymie, s’accompagnant d’une sensation de déchirement intérieur ; parfois il v a des symptômes généraux : frissonnements, fièvre, nausées, hoquet, urticaire. Lorsque l'ouverture du kyste se fait dans le bassinet, on assiste au tableau à peu près complet de la colique néphrétique, avec les irradiations douloureuses vers l’aine ou le testicule, les vomissements, les difficultés de la mictiôn. Il peut y avoir hématurie. La colique se juge parfois par l'expulsion d’hydatides ou de membranes avec l’urine, en même temps que l’on note l’affaissement de la tumeur. Après la colique, l’urine devient louche et on a parfois tous les symptômes de la pyélo-néphrite. Si les hydatides séjournent dans la vessie, on signale une douleur le long de la verge jusqu’au gland, l'interruption brusque du jet de l’urine. En général, après cette crise douloureuse, il y a rémission ; le malade se croit guéri, mais la poche se reforme et, au bout d’un certain temps, les mêmes accidents se reproduisent.

Il n’y a rien de spécial à dire pour l’ouverture de la poche dans les poumons et les bronches; cette rupture se fait surtout quand le kyste est suppuré et se traduit par une vomique purulente; on trouve des hydatides ou des débris du kyste dans nn ons : cet accident est toujours d’une grande gravité.

Marche. Durée. Terminaisons. Pronostic. — Le développement des kystes se fait lentement et il faut souvent plusieurs années avant que la poche devienne assez volumineuse pour constituer une tumeur ou pour arriver à la rupture. La guérison est possible ; elle survient, soit spontanément par une sorte de caséification de la poche, ainsi que la chose a été notée dans un assez grand nombre de cas, soit après la rupture et l'évacuation du contenu par le bassinet et l’urèthre. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et la mort survient dans des conditions diverses, tantôt par une cachexie lente dans le marasme, tantôt par septicémie à la suite de la suppuration de la poche, tantôt après la rupture, qui est presque toujours un accident grave, surtout lorsque l’ouverture se fait dans les bronches.

Le pronostic, tout en étant très sérieux, est moins grave que pour les kystes hydatiques d’autres organes, car, lorsque le rein opposé est sain, il peut suppléer son congénère malade. Les accidents les plus sérieux sont provoqués par la rupture.

Diagnostic. —Le diagnostic de kyste hydatique du rein offre les plus grandes difficultés. Avant la rupture de la poche, on cherchera à établir le diagnostic de tumeur du rein, en éliminant successivement les tumeurs du foie, de la rate et surtout de l’ovaire. Il s’agit ensuite de déterminer la nature de cette tumeur. Pour cela, on est autorisé à avoir recours à la ponction exploratrice, laquelle, pratiquée aseptiquement, est inoffensive ; l’issue d’un liquide clair comme de l’eau de roche, la constatation à l’aide du microscope de crochets ou de fragments de membranes feuilletées permettent d’affirmer le diagnostic de kyste hydatique, à l’exclusion de celui de kyste simple et d’hydronéphrose.

Mais la ponction ne donne pas toujours un résultat positif, et le diagnostic, dans bien des cas, reste en suspens. Il faut alors penser à rechercher l'existence d'un kyste hydatique dans un autre organe : cette donnée peut être d’un réel secours.

Après la rupture, le diagnostic de kyste hydatique s’impose, lorsqu’on trouve des hydatides rendues avec l’urine ou avec l’expectoration ; mais, en pareil cas, il importe de chercher le point de départ du kyste; on sait que les kystes du foie, par exemple, s’ouvrent parfois dans les bronches ou dans les voies urinaires.

Traitement. — Il n’y a rien de spécial à dire au sujet de la prophylaxie. Le traitement médical a pour but de tuer le parasite en administrant des médicaments, tels que la térébenthine, l’iodure de potassium, les mercuriaux, qui pourraient s’éliminer par le rein. Il y a lieu aussi d’instituer un traitement symptomatique des accidents produits par la rupture de la poche.

Dans l'immense majorité des cas, le traitement médical est inefficace, et c’est à une intervention chirurgicale qu’il faut avoir recours : on a conseillé la ponction simple ou suivie d’une injection parasiticide (liqueur de Van Swieten, solution iodo-iodurée); on s’est servi du procédé de Récamier.

Aujourd'hui, la méthode de choix consiste dans l’incision du kyste par la voie lombaire, suture des bords du kyste à la paroi, si la chose est possible, et drainage. Toutefois, ce n’est qu'après une ponction simple qu’il faudra recourir à une opération plus radicale.

Il. —— PARASITES DIVERS DES REINS.

L’étude des divers parasites du rein présente pour le clinicien un intérêt bien moindre que celle des vers intestinaux, et cela pour une double raison, d’une part leur rareté dans nos climats, et d’autre part le peu de symptômes auxquels ils donnent lieu. Longue est la liste des parasites trouvés dans le rein; nous ne ferons que citer le Spiroptera hominis(Rudolphi)identique à la Filaria piscium(Schneïider), le Dactylius aculeatus (Gurling), le Tetrastoma du rein. Nous décrirons avec un peu plus de détails la Bulharzia hæmatobia, le Pentastoma denticulatum, et le strongle géant. Rappelons que la filaire du sang a été trouvée soit dans les vaisseaux, soit hors des vaisseaux du rein; c’est une cause d’hématurie ou de chylurie; sa description sera faite à l’article Filariose dans la partie de ce Manuel consacrée aux maladies générales. Il ne faut pas non plus oublier qu’accidentellement les parasites du tube digestif, ascarides lombricoïdes, tænias, oxyures, ont pu pénéter dans les voies urinaires. Enfin il faut éviter certaines causes d'erreur, qui consisteraient à prendre pour des parasites des concrétions sanguines ou fibrineuses expulsées avec l’urine.

STRONGLE GÉANT (Eustrongylus gigas). — Ge parasite, bien décrit par Davaine et par Leuckart, est le plus grand des vers nématoïdes. Il présente une grande ressemblance avec l’ascaride. Le corps est cylindrique, allongé, aminci aux extrémités, strié longitudinalement et transversalement, de couleur rougeûtre ; la bouche est petite et est entourée de six nodules ou papilles. Le mâle mesure 14 à 40 centimètres de long et 4 à 6 millimètres de large. La femelle est plus longue; sa longueur varie de 20 à 100 centimètres, sa largeur de 4 à 12 millimètres. L’œuf est ovoide, brunâtre, pourvu d’une enveloppe épaisse, chitineuse, semée à sa surface de petits trous circulaires.

Cet entozoaire est surtout fréquent chez les animaux carnivores et chez ceux qui se nourrissent de poissons. On admet que les œufs

du strongle géant évacués avec l’urine seraient entraînés par les eaux et avalés par des poissons, dans lesquels ils subiraïient les premières phases de leur développement; puis ils seraient avalés avec le poisson par un mammifère où s’achèverait leur évolution. Le strongle géant existe assez rarement chez l’homme et, d’après les recherches de Davaine, il n’y en a guère que sept observations probantes dans la science.

On trouve d'ordinaire un seul strongle, rarement deux ou trois dans le rein. Le strongle habite les voies urinaires et surtout le bassinet; il y détermine d’ailleurs des lésions assez profondes: le bassinet est dilaté, rempli de caillots sanguins; le rein est très altéré et les hémorrhagies y sont fréquentes. La couleur rougeàtre du strongle s’explique ainsi par une sorte d’imbibition. Les symptômes qui permettent de soupçonner l’existence du parasite sont vagues, parfois analogues à ceux de la lithiase rénale : douleurs dans la région du rein, émission par l’urine de sang ou de pus, dysurie, rétention d'urine. Pour arriver à un diagnostic précis, la constatation du parasite ou de ses œufs dans l’urine est indispensable; mais il faut bien reconnaître, étant donnée la très grande rareté du strongle chez l’homme, que les quelques faits connus étaient de véritables surprises.

PENTASTOMA DENTICULATUM (Rudolphi) ou LINGUATULA SERRATA. — C’est un parasite blanc, transparent, lancéolé, ayant de 3 à 6 millimètres de long, strié transversalement, et dont les bords sont hérissés de petites saillies, ou spicules chitineuses, dont la pointe est dirigée en arrière. Il a été longtemps rangé dans la classe des vers; mais actuellement on le décrit avec les arachnides. D’après Leuckart, le Pentastoma denticulatum ne serait que la larve du Pentastoma tænioides ou Linguatula rhinaria, qu’on retrouve très fréquemment dans les cavités frontales de certains animaux et du chien en particulier.

Le Pentastoma denticulatum a été trouvé un assez grand nombre de fois chez l’homme; mais c’est surtout un parasite du foie; il a été rencontré dans le rein de l'homme, une fois par Wagner et une fois par Virchow, sous forme d’une masse blanchâtre, fibroïde, presque crétacée, enkystée sous la capsule du rein; il ne présente guère qu’un intérêt anatomo-pathologique; son rôle pathogénique est des plus faibles.

BILHARZIA HÆMATOBIA Où DISTOMA HÆEMATOBIUM‘. — Le Distoma hæmatobium à été découvert en Égypte par Bilharz (1851). Ce parasite est d'observation très commune en Égypte et en Abyssinie chez

1. Voir LAVERAN ctR. BLANCHARD, Les vers du sang (Bibl. méd. Charcot-Debove), 1895.

les indigènes qui boivent l’eau du Nil non filtrée; on l’a rencontré aussi au Cap de Bonne-Espérance et en Tunisie.

Le distome, fait unique dans la classe des trématodes, est unisexué. Le mâle mesure de 7 à 9 millimètres de long; il est d’un blanc opale et atteint à peu près les dimensions d’un oxyure; la partie antérieure du corps est aplatie et est munie de deux ventouses, l’une buccale, l’autre ventrale; la partie postérieure du corps, de beaucoup la plus longue, est d'apparence cylindrique; en réalité elle est creusée sur la face ventrale d’une rainure longitudinale, appelée canal gynécophore, qui est destinée à loger la femelle. Celle-ci est beaucoup plus longue et plus grêle que le mâle; elle mesure 15 à 20 millimètres de long; elle est effilée, comme rubanée et légèrement transparente ; elle se présente sous la forme d’un filament blanchâtre. Les œufs sont ovoïdes, en forme de semence de courge, et présentent à un pôle une extrémité pointue. L’embryon est mou et est couvert de cils vibratiles dès sa sortie de l'œuf.

Chez l’homme, cet entozoaire pénètre dans l'intestin avec les aliments; de là il gagne le système de la veine porte ou de ses branches; le parasite, en effet, vit dans le sang; les œufs sont déposés aux extrémités du réseau capillaire, où ils s'accumulent dans les parois de l'intestin, de la vessie, des uretères; parfois ils forment le noyau de calculs vésicaux. D’une manière générale ils déterminent des lésions par l'intermédiaire des altérations vasculaires : obstructions, hémorrhagies, ulcérations. Damaschino a décrit les lésions intestinales qui sont analogues à celles de la dysentérie. Nous n’insisterons ici que sur les altérations rénales : la muqueuse du bassinet présente des plaques saillantes, gris jaunâtre, recouvertes d’une couche de graviers d’un noir foncé, constituée par une agglomération d'œufs de distome, par des globules sanguins et des cristaux d'acide urique. Des altérations analogues peuvent exister dans les uretères et y déterminer des rétrécissements avec toutes leurs conséquences.

Pendant fort longtemps la présence du Distoma hæmatobium dans le rein ne se révèle par aucun symptôme; quelquefois il y a un état morbide, décrit sous le nom de «bilharziose», caractérisée par un état apathique avec un certain degré d’anémie; à une période plus avancée le symptôme capital est l’hématurie et il ne faut pas oublier que la Bilharzia est une des causes de l’hématurie endémique des pays chauds. Dans l’urine on retrouve des œufs de distome.

La Bilharzia pénétrant dans l’économie avec des boissons malpropres, non filtrées, la prophylaxie se résume tout entière dans l'hygiène alimentaire. Le traitement médicamenteux pour la Bilhar-

zia, comme pour les autres parasites du rein, consiste à prescrire la térébenthine, l’asa fœtida, l’iodure de potassium, en choisissant des médicaments qui s’éliminent par le rein et qui pourraient agir comme des substances toxiques sur les parasites de la glande

rénale.

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