I. BruuL
On désigne indifféremment, dans le langage usuel, sous les noms de rein mobile, de rein flottant, d’ectopie rénale, de luxation du rein. une affection essentiellement caractérisée, au point de vue anatomique, par la mobilité accidentelle du rein. Cette définition exclut du cadre de notre description l’ectopie rénale fixe qui, le plus souvent congénitale, est sous la dépendance d’une anomalie de développement de l’artère rénale. Mais même après cette distinction fondamentale, ces appellations diverses restent encore applicables, de par la terminologie actuelle, à une série de faits variables dans leur expression symptomatique, sinon disparates quant à leur nature, et dont la différenciation doit être fondée sur les éléments suivants : 1° degré de mobilité de l’organe qui peut être à peine déplacé ou au contraire absolument flottant et très éloigné de sa situation habituelle; 2 coexistence de troubles gastriques et d'accidents névropathiques; 3° enfin adjonction possible, à l’ectopie du rein, de ptoses viscérales multiples dont l’ensemble représente une sorte d'entité morbide, une véritable diathèse ptosique.
Historique. — La première étude relative aux déplacements du rein est due à François Pedemontanus et date de 1581; mais ce
n’est qu’un siècle plus tard, en 1682, avec Riolan, que parut une bonne description anatomique de la luxation rénale.
Plus près de nous, Rayer exposa la plupart des accidents auxquels cette affection donne lieu, et en 1859 Fritz publiait sur ce sujet, dans les Archives de médecine, un mémoire important fondé sur trente-cinq observations.
Peu à peu l’histoire clinique du rein mobile se complétait grâce à Dietl, Becquet, Chroback, et bientôt s’ouvrait l’ère chirurgicale avec Keppler, Hahn, Tuffier, Terrier et Baudouin.
Mentionnons enfin, entre autres travaux d'ensemble, les monographies de Landau et de Lindner, la revue de M. Bruhl! et l’excellent article de M. Brault dans le Traité de médecine.
Étiologie. Pathogénie. — A. CAUSES PRÉDISPOSANTES. — Le rein mobile s’observe beaucoup plus communément chez la femme que chez l’homme. Dans les statistiques rapportées par Ebstein, Fritz, Lancereaux, Landau, Kuttner, on compte, sur 1176 cas, 1028 femmes et seulement 148 hommes, soit pour la femme une proportion de 87 pour 100. Lindner et Kuttner vont jusqu’à prétendre que l’ectopie rénale se rencontrerait 1 fois sur 5 ou 6 femmes examinées au hasard.
C’est surtout, et avec une prédominance très marquée, de vingt à quarante ans, c’est-à-dire pendant la période active de la viesexuelle, qu’on voit le plus grand nombre de cas. Néanmoins on peut en constater à tous les âges, même chezles enfants de quelques années : un fait, cité par Schutze, a trait à un enfant de six mois.
Enfin la luxation du rein peut être unilatérale, et le côté droit est de beaucoup le plus souvent atteint, ou, ce qui est plus rare, bilatérale, et alors généralement le déplacement est beaucoup plus accusé du côté droit. Cette fréquence du siège de l’affection à droite ressort nettement des chiffres relevés par M. Brubhl : sur un total de 936 cas, on trouve que, 819 fois, il s’agit du rein droit.
Si ce siège d'élection s'explique par certains rapports anatomiques que nous aurons à étudier, il est une condition commune qui prédispose les deux reins à leur chute : nous voulons parler de la configuration et de la texture de l’atmosphère fibro-adipeuse qui les maintient dans leur situation normale. En effet le rein n’adhère à cette enveloppe que par des tractus filamenteux très peu résistants, et d'autre part le feuillet fibreux qui se dédouble au niveau de l'extrémité supérieure et du bord convexe de l'organe pour l’engaîner, en passant transversilement en arrière et en avant, ne se reconstitue pas en bas et en dedans. Il existe donc là, si quelque cause de