‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 221 sur 263 · Jorrroy (Bull. médic., 4 févr. 1891, p · texte numérisé non relu

Jorrroy (Bull. médic., 4 févr. 1891, p

arriver jusqu’à la manie, jusqu’au délire aigu, ou s’apaiser jusqu’à la stupeur en passant par le subdélirium.

Ces délires diffus ont une tendance naturelle à la guérison ; mais leur durée varie avec les lésions qui les provoquent. Parfois, ils disparaissent totalement sans laisser de traces de leur passage; d’autres fois on constate après eux de la diminution de la mémoire ou quelque reliquat de délire, quelque idée fixe; enfin le délire peut se systématiser ; il rentre dans le groupe suivant qui comprend les faits de folie brightique.

Délires systématisés ou folie brightique. Tantôt c’est la forme lypémaniaque qui domine; le malade a toutes les apparences d’un mélancolique; il a l’œil éteint, la figure impassible; il se renferme dans un mutisme absolu ; il paraît résigné à tout souffrir, il craint de mourir, et il nourrit des idées de suicidet.

C’est alors que les idées de persécution prennent le dessus; le malade refuse les aliments par crainte du poison; il croit qu’on veut attenter à ses jours, il entend des personnes qui veulent le tuer, il se croit coupable des plus grands crimes et il en redoute le châtiment; les gens qui l'entourent sont ses bourreaux, il est pris de terreur.

Souvent les idées de persécution n’ont aucune cohésion et se mêlent à toutes sortes d’autres éléments délirants ; rarement le délire urémique revêt la forme érotique ou religieuse. Le délire du doute a été observé par M. Raymond®.

D’ailleurs, ces différentes variétés de délire peuvent exister isolément; souvent, elles se suivent, elles alternent, elles se combinent. Leur durée est variable, parfois très longue, mais alors entrecoupée de rémissions. Leur terminaison dépend essentiellement de l’affection rénale.

On peut retrouver, dans l’intoxication urémique, d’autres troubles psychopathiques, qui ne rentrent à la vérité dans aucune des classes précédentes : telle la démence, rare, il est vrai, et qui se rencontre surtout chez des brightiques qui ont quelque lésion circonscrite du cerveau.

1. Une des malades de M. Dieulafoy refusait toute nourriture, parlait de se tuer tout en craignant la mort. Elle était bourrelée de remords, s’accusant d’un crime imaginaire, et s'attendait à être arrêtée pour passer sous la guillotine, prenant les élèves du service pour des bourreaux qui venaient la chercher.

2. La malade dont il a publié l’histoire fut prise à soixante-cinq ans de ces troubles mentaux. Elle remontait trois fois dans sa chambre pour vérifier si elle avait bien éteint son feu. Ces doutes la prenaient pour tout acte qu’elle avait accompli et survenaient par accès. Quand, chez cette femme, l’albuminurie diminuait, la tendance au doute disparaissait de l'esprit.

3. Un malade de Hoæsslin, après avoir présenté de légères attaques d’apoplexie ayant déterminé une faiblesse du côté droit du corps, manifesta un jour des idées de grandeur et de l’incohérence.

Au cours d’un délire à base de confusion mentale, un malade de MM. Brissaud et Lamy‘ a présenté des phénomènes de catalepsie; les membres conservaient la position qu’on leur donnait.

Le délire urémique, n’étant caractérisé que par sa cause, pouvant simuler toutes les variétés de délire, est une source de fréquentes erreurs du diagnostic. Si l’on ne prend pas soin de connaître les antécédents du malade, si l’on n’analyse pas les prodromes même les plus insignifiants en apparence, enfin si l'examen des urines n’est pas méthodiquement pratiqué, on peut s’exposer à envoyer dans un asile spécial un malade qui n’est pas aliéné et chez qui le délire peut être remplacé d’un moment à l’autre par quelque accident urémique d’une nature différente.

Troubles de la sensibilité. — Les démangeaisons, le prurit seront spécialement étudiés avec les phénomènes cutanés de l’urémie. Il importe de mentionner l’impressionnabilité spéciale des brightiques au froid; cette hyperesthésie est localisée à certaines régions, elle n’est pas seulement provoquée par le contact d'objets froids, elle est spontanée, comme la sensation du doigt mort; elle est indépendante de la température ambiante et apparaît aussi bien pendantles saisons chaudes. C’est la cryesthésie (Dieulafoy).

Parmi les symptômes douloureux, on à cité souvent ceux qui occupent les nerfs périphériques : les névralgies, les arthralgies, les myalgies.

Les névralgies peuvent être occipitales, faciales, brachiales.

Les douleurs articulaires ou rhumatoïdes sont fréquentes aussi, surtout au cours de l’urémie lente. M. Jaccoud les a cependant observées et décrites dans l’urémie aiguë et a proposé de réunir ces accidents sous le nom de forme articulaire de l’urémie®.

Les malades se plaignent souvent aussi de crampes aux mollets, souvent fort douloureuses, de spasmes musculaires affectant les muscles de l’épaule ou du cou, pouvant même se généraliser sous forme d’opisthotonos.

Il faut signaler enfin les petits secousses convulsives localisées, les soubresauts de tendons, les tressaillements musculaires, coexistant la plupart du temps avec l’apathie, la somnolence, l’hébétude de l’urémie lente (voir ci-dessous l’Urémie lente).

TROUBLES RESPIRATOIRES. — Sous le nom de bronchites albumi-

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