BARIÉ (Arch. gén. de méd
Les vomissements, d’abord alimentaires, simulent l’indigestion banale ; mais peu à peu ils changent de caractères, ils deviennent liquides, bilieux ou séreux. Les matières vomies sont rarement grisàtres ou semblables à du bouillon trouble ou légèrement verdâtres ; elles sont émises parfois en si grande abondance qu’elles constituent une véritable gastrorrhée. M. Dieulafoy a observé un cas où l’on a recueilli jusqu’à 3 litres de matières vomies contenant près de 8 grammes d’urée.
Les vomissements ne se reproduisent d’abord qu’à de rares intervalles dans la journée, mais ils peuvent devenir incoercibles, si bien que tout ce que le malade tente d’ingérer, liquide ou solide, provoque la nausée et le vomissement.
Troubles intestinaux. — Les troubles intestinaux, quoique moins constants que les vomissements, acquièrent cependant une importance clinique considérable.
La constipation existe quelquefois, rebelle, opinâtre; mais la diarrhée est infiniment plus fréquente et de signification plus grave. Surajoutée aux vomissements qui rendent toute alimentation presque impossible, elle hâte les progrès du dépérissement et mène vite à la cachexie terminale.
Treitz a décrit deux variétés de cette diarrhée: le plus souvent, les évacuations sont excessivement fréquentes, liquides et fétides ; c’est une diarrhée séreuse qu’il attribue à une véritable hydrorrhée de l’intestin. C’est ce liquide, fortement chargé de carbonate d’'ammoniaque, qui déterminerait des ulcérations du gros intestin et partant la seconde forme de diarrhée, ou diarrhée dysentérique, dans laquelle les selles, d’abord muqueuses, deviennent muco-sanguinolentes et chargées d’albumine.
Ces troubles peuvent entraîner de nombreuses erreurs de diagnostic. Il est certain en effet que, si les symptômes gastro-intestinaux dominent la scène clinique et paraissent exister presque à l’état isolé, on pense plus volontiers à une affection de l’estomac qu’à une néphropathie chronique. En face d’un malade qui vomit ses aliments ou qui, à jeun, rend des matières glaireuses et visqueuses, on fait le diagnostic de cancer gastrique, et l’autopsie vient démontrer qu’il s’agit en réalité d’une sclérose rénale.
Il faut donc analyser minutieusement les urines de tous les dyspeptiques, de tous les malades qui présentent des troubles gastriques persistants et scruter minutieusement tous les organes, cœur, poumons, etc., qui, par suite des désordres fonctionnels qu'ils provoquent, peuvent venir confirmer l'existence d’une altération rénale.
Anatomie pathologique.— C’est au mémoire de Treitz (1859) qu'il
faut se reporter pour trouver la description complète des lésions gastro-intestinales de l’urémie, lésions observées d’ailleurs antérieurement par Bright et mentionnéés encore par Rayer, Martin- Solon.
Il est certain en effet que la sécrétion est d’abord compromise, et que bientôt après la muqueuse est altérée. Progressivement, des lésions de gastrite interstitielle se développent. La muqueuse gastrique apparaît injectée, quelquefois épaissie, fréquemment avec des érosions superficielles par places. M. Pilliet{ à repris récemment l'étude histologique de la gastrite urémique. Il a montré que ces lésions n’ont rien de spécial et sont semblables à celles de la gastrite chronique vulgaire. Il s’agit d’une infiltration de jeunes cellules dans le tissu interstitiel, aboutissant à la dégénérescence des épithéliums et à l’atrophie des glandes.
Les lésions intestinales sont à la fois plus fréquentes et plus graves. Treitz les divisait ainsi qu'il suit: dans une première forme (blennorrhée chronique), la muqueuse épaissie est piquetée de noir au niveau des villosités ; l'intestin apparaît rempli d’une grande quantité de mucosités visqueuses.
Dans une deuxième forme (catarrhe chronique), il existe une hypérémie plus ou moins étendue de la muqueuse.
Dans la troisième forme (hydrorrhée), la muqueuse intestinale est comme lavée, en même temps qu’elle semble boursouflée et épaissie. On trouve dans la cavité intestinale une grande quantité de liquide muqueux, de réaction alcaline, présentant une forte odeur ammoniacale. Ce liquide, pour Treitz, donnerait naissance aux ulcérations.
Celles-ci siègent principalement sur la partie terminale du gros intestin et, plus rarement, dans le dernier tiers de l’intestin grêle; elles naissent au niveau des follicules clos et du tissu qui les entoure; à leur périphérie, la muqueuse est rouge.
Si ces ulcérations viennent à s’étendre en profondeur, elles peuvent produire la perforation de l'intestin avec ses conséquences ; si elles se réparent, elles sont susceptibles de laisser à leur suite des cicatrices ardoisées et consécutivement le rétrécissement du canal intestinal. Il n’est pas absolument rare de voir ces ulcérations se compliquer de gangrène et simuler alors nettement la dysentérie gangréneuse. Gette forme est rapidement mortelle.
PHÉNOMÈNES CUTANÉS. — Il ne faut retenir ici que les troubles cutanés directement imputables au mal de Bright, à savoir : les eristallisations d’urée, le prurit et diverses éruptions ortiées ou purpuriques.