PiLurer (Sociélé de biologie
Les autres manifestations cutanées : érysipèles, lymphangites, pustules, phlegmons, ne sont que des épiphénomènes contingents, ne méritant de ce fait qu’uné simple mention.
Sueurs d'urée!. — Presque toujours l’urée se dépose à la face, au front, à la racine des poils, au cou, à la poitrine, sous forme d’une poussière blanchâtre analogue à du givre.
Ces sueurs sont d’un très mauvais pronostic (Dieulafoy); elles précèdent la mort de peu de jours.
Bartels avait cru que des faits de ce genre plaidaient en faveur de l'influence prépondérante de l’urée en excès dans le sang sur l’apparition des phénomènes urémiques. Or c’est là une conclusion beaucoup trop absolue. Cette excrétion sudorale de l’urée n’est que la conséquence naturelle de la saturation du sang et n'indique pas autre chose.
Le prurit est extrêmement fréquent et se présente sous des aspects cliniques variables; fréquent au moment des accidents urémiques graves gastro-intestinaux et cérébraux, et intense presque toujours à ce moment, il peut survenir dès le début et sous une forme plus ou moins atténuée.
Les démangeaisons acquièrent parfois une telle intensité qu’elles privent les malades de tout repos ; d’autres fois, il ne s’agit plus de prurit vulgaire, la démangeaison revêt une forme particulière que les patients comparent au chatouillement que provoqueraient des cheveux tombés sur le cou, sur la poitrine et dans le dos.
Une troisième variété est celle que les malades comparent au chatouillement provoqué par un insecte, par une fourmi (Dieulafoy).
Les dermatoses vraies d’origine rénale ont fait l’objet de recherches plus récentes. M. Thibierge en a fait une étude complète; avant lui, Huet avait décrit l’érythème papuleux urémique, description analogue à celle que donna plus tard Bruzelius.
Cette éruption est tout à fait typique: « Elle est faite de papules ou de nouures nombreuses entourées d’une auréole rouge, ou se développant sur des plaques érythémateuses ; elle a une coloration
1. Le dépôt durée à la surface de la peau, pendant les attaques d’urémie, a été signalé pour la première fois par Schôttin, en 1851. Bartels a décrit ce même phéno— mène « qui sur la barbe présente tout à fait l'aspect du givre ». DRASCHE (Die epidemie Cholera, Vienne, 1860) dans douze cas de choléra, et HirsCHPRUNG (Dublin med. Press, 1865) dans cinq cas de pyélo-néphrite ont constaté des dépôts analogues. MM. LECORCHÉ et TALAMON (loc. cèt. et Médecine moderne, 22 févr. 1893) ont publié deux cas de ce genre, l’un chez une femme, où la poussière d’urée apparut quelques heures avant la mort, sous la paupière inférieure et autour des narines, l’autre chez un homme dont la face se recouvrit de cristaux d'urée, quatre à cinq jours avant la mort. — Consulter sur ce sujet la thèse de MILENKO DJORITCH (Paris, 1895).
URÉMIE 833 d’un rouge clair d’abord, puis foncé, violet et-enfin d’un bleu noir ; dans ses dernières périodes, son aspect se rapproche de celui des pétéchies et de la péliose. Les papules, d’abord très légèrement saillantes, s’affaissent au bout de peu [de jours et en même temps les plaques deviennent confluentes et forment une sorte d’érythème plus ou moins étendu ;jau bout de quinze à vingt jours, il se produit une desquamation furfuracée. »
L’éruption est généralisée, mais occupe de préférence, surtout au début, la paume des mains, la plante des pieds, les avant-bras et le visage. Dans un cas, des vésicules se sont développées sur la peau érythémateuse (Thibierge).
Les éruptions brightiques décrites par Quinquaud, Duval, Merklen sont des exanthèmes rubéoliques passagers, qui n’ont pas la valeur séméiologique du précédent, encore que celui-ci soit d’une excessive rareté.
L’urticaire a été rencontrée au cours des néphrites chroniques; elle est peu fréquente et n’accompagne qu’exceptionnellement le prurit.
Le purpura s’observe surtout à la période cachectique de la néphrite interstitielle ; coïncidant parfois avec des épistaxis, il est plus souvent localisé aux membres inférieurs.
TROUBLES SENSORIELS. — 4. Troubles oculo-pupillaires. — Les troubles de la vue sont extrêmement importants. On observe fréquemment de la diplopie, de l’hémiopie, de l’héméralopie; mais surtout de l’amblyopie et de l’amaurose.
L’amaurose survient brusquement ou peu à peu; elle mérite bien le nom d’amaurose urémique par ce fait qu’elle ne s’accompagne pas de lésions du fond de l’œil appréciables à l’ophtalmoscope, et par son évolution, qui — de même que les autres troubles de nature urémique — est soudaine, intense, transitoire; ceci la disfngue des amauroses liées à la rétinite, qui sont incomplètes, lentes et progressives. Enfin, cette amaurose se caractérise encore par la conservation de l’activité pupillaire, malgré l'abolition des sensations de lumière. Elle serait, pour beaucoup d’auteurs, un phénomène cérébral.
L'état des pupilles est très variable; tantôt c’est du myosis que l’on constate, tantôt de lamydriase, sans qu’on puisse établir aucune relation entre l’état de la pupilleet la forme clinique de l’intoxication. On peut affirmer cependant que le myosis est le phénomène le plus constant aux périodes avancées de l’urémie chronique.
b. — Parmi les troubles de l’ouïe, il en est quelques-uns que l’on rencontre plus fréquemment ; mais ce sont des phénomènes moins souvent observés et qui paraissent d'intérêt plus secondaire.
On trouve mentionnées, tantôt la surdité, tantôt l’hyperesthésie auditive ; d’autres fois, on signale les bourdonnements, les sifflements d'oreille; et ici, comme dans toute l’histoire de l’urémie, on peut reconnaître les phénomènes toxiques à ce fait qu’ils sont transitoires, brusques, momentanés, à l’inverse des troubles auditifs provoqués par des lésions locales de l'oreille ou de ses annexes.
HémorrHAGIES. — L’épistaxis est la plus commune des hémorrhagies qui dépendent de la toxémie urémique (Todd, Roger). Cette variété d’hémorrhagie se rencontrerait surtout dans les cas où l’encéphalopathie urémique s’accompagne de dyspnée. Quelques auteurs la donnent comme un phénomène prodromique important; ceci est exact, mais elle existe tout aussi bien dans l’urémie chronique, surtout au cours de la néphrite interstitielle.
Les autres hémorrhagies, métrorrhagies, hémoptysies, hématémèses, mélæna, purpura, hématurie, relèvent de conditions multiples et n’appartiennent pas en propre à l’urémie; lintoxication n'entre plus que pour une part, souvent minime, dans leur production; l’artério-sclérose généralisée et les altérations vasculaires, au contraire, en sont les conditions déterminantes les plus probables.
© ÉTAT DE LA TEMPÉRATURE. — L'étude de la température dans l’urémie en est certainement l’un des points les plus intéressants; car, si l’on pouvait s’en tenir aux conclusions formulées par M. Bourneville, qui le premier attira l’attention sur ce sujet et fit de l’hypothermie un signe important de l’urémie, on aurait là un symptôme d’une très haute haute valeur au double point de vue du diagnostic et du pronostic".
M. Bourneville faisait cependant exception, dès ce moment, pour les cas d’éclampsie puerpérale dans lesquels le thermomètre peut atteindre 40 et 41 degrés. Mais encore, hormis ce fait, la loi formulée par cet auteur, si elle s'applique à la majorité des faits, et surtout des faits d’urémie lente, est en défaut dans d’autres cas et les observations sont multiples à l’heure actuelle qui signalent l’hyperthermie au cours de l’intoxication urémique.
Il y a, en résumé, des conditions qui déterminent l’abaissement de la température et d’autres qui produisent son élévation, des faits d’hypothermie et des faits d’hyperthermie, d’où deux chapitres distincts à étudier.
1. «L'urémie, quelle que soit sa forme, donne lieu à un abaissement progressif et considérable de la température centrale; cet abaissement s’accuse de plus en plus à mesure que la maladie approche d’une terminaison fatale. »
À. Hypothermie!. — L’hypothermie peut être très marquée dans l’'urémie. C’est ainsi que souvent on voit le thermomètre descendre jusqu’à 30°,1; plus couramment sont notés les chiffres de 35°,2, 34°,4, 33 degrés, 31 degrés (Merklen). Souvent l’abaissement thermique persiste jusqu’à la mort; dans d’autres circonstances, on remarque que le thermomètre remonte avant la mort jusqu’à atteindre 36 et 39 degrés.
D'une façon générale, l’hypothermie s’observe surtout dans les affections prolongées des reins qui aboutissent à la cachexie, et on peut, à cet égard, accepter les conclusions de Mac Bride, reprises par MM. Lecorché et Talamon.
On la rencontre :
1° Dans les affections rénales consécutives aux maladies des voies urinaires ;
2° Dans l’urémie survenant chez les personnes âgées ;
3 Dans l’urémie consécutive à une affection rénale très ancienne avec complication de vomissements, de diarrhée et d’hémorrhagie ; 4 Dans l’urémie liée à la cachexie cancéreuse avec marasme.
D'ailleurs, peu importe la forme que revêt l’urémie chez ces malades; la température reste basse parce que la nutrition est fortement troublée, parce que les oxydations sont ralenties. « L’excrétion des matériaux de désassimilation ne se fait pas, disait Vulpian?, et la nutrition souffre parce que la rétention des produits désassimilés l’entrave. » C’est la même explication qu’adoptent MM. Debove et Dreyfous* quand ils disent : « Si dans un foyer les cendres ne sont pas enlevées, la combustion sera ralentie. Il en est de même del’urée, produit de combustion des matières albuminoïdes. Le ralentissement des combustions se traduit par un abaissement de température. »
B. Hyperthermie. — M. Bourneville avait déjà remarqué que sa loi ne pouvait s'adapter aux cas d’éclampsie puerpérale; mais l’hyperthermie peut s’observer dans d’autres cas d’urémie aiguë, en dehors de tout phénomène convulsif; des faits d’urémie fébrile ont été rapportés au cours de néphrites épithéliales ou intersti-
4. D’après M. HüTiNEL (Thèse d’agrégation, 1880), on peut classer chronologiquement ainsi qu’il suit les auteurs qui ont tour à tour observé et décrit l’abaissement de la température. En 1865, Kien note les chiffres de 36°,4, 36,8, à la fin d’une néphrite interstitielle. Roberts cite, en 1868, un fait où la température oscilla entre 34 degrés et 35 degrés; puis vinrent d'autres observations isolées de Hirtz, Demarquay, Hutchinson. Le travail de M. Bourneville (1872) marque une importante étape dans cette histoire. Ses conclusions sont admises par Béhier, Liouville, Hanot, Lacombe.