‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 23 sur 263 · II. — HÉPATITE DIFFUSE AIGUË ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

II. — HÉPATITE DIFFUSE AIGUË ALCOOLIQUE

La description de cette forme se confond avec celle des ictères graves.

C’est Leudet? qui a le premier insisté sur ces cas d'intoxication suraiguë par l’alcool etles a rapprochés de l’intoxication phosphorée.

1. LEUDET, Étude sur l’ictère déterminé par l’abus des liqueurs alcooliques (Mém. de la Soc. de biologie, 1860).

2. LEUDET, ibid., et Clinique méd. de l'Hôtel-Dieu de Rouen, 1874.

On la trouve d'habitude chez des individus déjà préalablement alcoolisés, après qu’ils se sont livrés à des excès inaccoutumés. Tel le malade de Leudet qui prend un grand verre de trois-six qu’il croyait être du vin blanc; il tombe presque immédiatement dans un état d'ivresse profonde qui ne dure pas moins de trois jours. Puis, pendant quatre jours, anorexie complète, intolérance gastrique, vomissements aqueux ou bilieux, douleur diffuse dans le ventre. L’ictère apparaît au septième jour, et va en s’accentuant pendant le huitième et le neuvième jour, où survient la mort dans l’adynamie. L’hypochondre droit était douloureux, mais le foie ne dépassait pas le rebord des fausses côtes. La langue était humide, un peu rouge, la soif incessante, les vomissements continus. Il n’y eut pas d’élévation de la température.

On voit que ce tableau symptomatique est calqué presque trait pour trait sur celui de l’ictère grave phosphoré; les hémorrhagies, le délire s’y retrouvent également. À l’autopsie, le foie est diminué de volume, mou, décoloré, parsemé par places de taches jaunes; les cellules du foie présentent la série des lésions dégénératives, depuis l’état trouble et l’infitration biliaire jusqu’à la fragmentation.

Dans cette forme, qui apparaît au cours des intoxications lentes, le début est insidieux; les malades présentent de l’inappétence, des digestions lentes et pénibles; les garde-robes sont grisâtres, tantôt diarrhéiques, d’autres fois solides. La sécrétion biliaire est manifestement troublée ; il est fréquent de rencontrer une teinte subictérique des téguments; dans ce cas, on ne retrouve pas les pigments biliaires dans l’urine; c’est l’ictère hémaphéique de Gubler, ictère urobilinique d’'Hanot, ictère bilirubidinique de Chauffard.

Nous ne nous étendrons pas ici sur les troubles de la nutrition, de la sécrétion biliaire, de l’excrétion urinaire, etc., qui font partie du tableau clinique décrit à propos de la Congestion du foie (p. 28). L'évolution de l’hépatite subaiguë, tantôt apyrétique, tantôt fébrile avec accès rémittents, l'existence de douleurs sourdes avec hépatomégalie, les hémorrhagies fréquentes, l’épistaxis surtout, les troubles gastro-intestinaux, l’ascite qui survient dans quelques cas et paraît être la conséquence d’une inflammation péritonéale ne nous retiendront donc pas plus longtemps.

Mais il importe que nous mettions en relief ce fait important : c’est après une ou plusieurs poussées d’hépatite subaiguë que l’on

assiste à l’évolution de l’hépatite scléreuse avec HYPERTROPHIE DU FOIE que nous allons étudier; après chacune de ces poussées, les accidents aigus disparaissent, le foie se rétracte, mais sans retrouver son volume primitif. L’hépatite congestive n’est que le premier stade de la cirrhose. :

Nous étudierons sous le nom d’hépatites chroniques les lésions du foie où le tissu de sclérose a eu le temps de s’organiser; cette édification du tissu fibreux est en général lente ; ce n’est qu'après des années d'intoxication alcoolique que les malades arrivent à présenter les foies indurés. Il ne faut cependant pas ignorer que dans quelquesuns des cas publiés, cette transformation scléreuse à paru se faire en quelques mois; il est possible que dans ces cas le foie fût déjà touché par quelque intoxication ou quelque infection antérieure; peut-être aussi la lésion évoluait-elle chez un. de ces arthritiques, dont le tissu conjonctif est toujours prêt à réagir, Suivant la remarque de M. Hanot, ou encore chez un goutteux, suivant la remarque de Hamilton.

Quoi qu’il en soit, l'hépatite chronique peut se présenter sous deux aspects. Tantôt le foie est gros, hypertrophié; tantôt il est atrophié; d’où la division en cirrhose alcoolique atrophique (cirrhose de Laennec) et cirrhose alcoolique hypertrophique. Si nous admettons ces deux formes de l’hépatite alcoolique chronique, c’est moins en nous fondant sur l’anatomie pathologique que sur la clinique. Au point de vue anatomique, elles diffèrent bien peu; sous le microscope la distinction est souvent impossible. Aussi a-t-on pu soutenir longtemps que la cirrhose athrophique commençait par être hypertrophique; mais l’observation clinique permet aujourd’hui de se prononcer; des observateurs aussi autorisés que M. Hanot, M. Rendu, dont l’attention est attirée sur ce point depuis plus de vingt ans, n’ont jamais vu nettement une forme hypertrophique alcoolique devenir atrophique ou bien la cirrhose atrophique commencer par une période d'hypertrophie.

C’est à MM. Hanot et Gilbert! que l’on doit d’avoir bien mis en relief les particularités cliniques qui séparent ces deux formes : début, évolution, pronostic diffèrent de l’une à l’autre.

1. HANOT et GILBERT (Soc. clinique, 14 février 1889; Gaz. hebdomad., 19 avril 1890; Soc. méd. des hôp., 23 mai 1890). — Thèse de DOUARRE, Paris, juillet 1890.

À. — Cirrhose hypertrophique alcoolique.

C’est une maladie de l’âge adulte ; on la rencontre en général chez des hommes de trente à soixante ans; les femmes n’en sont pas indemnes quand elles remplissent les mêmes conditions étiologiques que les hommes. rs

Tableau clinique. — Le péBur, nous l’avons déjà décrit en traçant l’esquisse de l'hépatite subaiguë; les troubles digestifs ouvrent la scène; le malade se plaint de pesanteur après le repas, surtout après celui du soir. La constipation alterne avec la diarrhée. L’hypochondre droit est le siège d’une douleur sourde, avec exacerbations à certains jours et irradiations dans l’épaule droite. Les téguments pendant les poussées douloureuses prennent une teinte subictérique en même temps que le foie augmente notablement de volume. Puis les phénomènes s’amendent, le foie se rétracte, sans cependant reprendre ses dimensions primitives, l’appétit renaît, le malade se croit guéri et reprend ses habitudes d’intempérance jusqu’au moment où une ou plusieurs de ces poussées l’ont amené à la phase confirmée de la maladie.

La maladie, au lieu de se constituer par à-coups successifs, peut débuter avec un appareil fébrile et s’installer d’un seul coup.

D’autres fois l’ascite semble le premier phénomène par où se révèle l’état pathologique du foie et du péritoine; mais sans doute les commémoratifs fournis par les malades sontinsuffisants dans ces cas; chez beaucoup d'ouvriers, durs à eux-mêmes, quelques malaises passent facilement inaperçus. Dans toutes les observations très détaillées, on est frappé de constater que déjà bien avant les premiers signes de la maladie actuelle, le patient a eu une attaque de jaunisse ou était sujet à des épistaxis. L’œdème prétibial et périmalléolaire, survenant après une journée de fatigue, est également noté assez souvent !.

PÉRIODE D'ÉTAT. — L’ascite constitue le phénomène le plus marquant de cette période. Comme dans la cirrhose atrophique, l’ascite s’installe rarement d'emblée. D’autres fois, elle ne survient jamais. Le plus souvent elle est précédée par une période de tympanisme abdominal. L’abondance du liquide épanché est variable.

Les cirrhoses à gros foies s’accompagnent d'ordinaire de peu de liquide.

Ce n’est qu'après la ponction pratiquée — et celle-ci est souvent rendue urgente par la dyspnée qu’entraîne la distension énorme de

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